La semaine dernière, une nouvelle œuvre d’art sauvage a fait son apparition à Washington.Installée à quelques pas du monument honorant la mémoire de Martin Luther King Jr., à un jet de pierre du bassin réfléchissant du National Mall, l’installation de trois mètres de haut représente un « trophée de participation » remis symboliquement à Donald Trump dans le cadre de la guerre lancée par les États-Unis en Iran.« Nous décernons par la présente au président Donald J. Trump ce trophée de participation pour son implication enthousiaste dans la guerre contre l’Iran », résume la plaque posée au pied de ce trophée surdimensionné. « Alors que plusieurs se préoccupent de stratégie militaire, de diplomatie ou de résultats mesurables, le président Trump a fait preuve de courage en y participant sans égard à son résultat final. »
La formule reprend celle servie aux athlètes amateurs arrivant en dernière place d’une compétition. Elle est signée « Secret Handshake », un collectif d’artistes anonymes qui sévit depuis plusieurs mois dans la ville.La capitale américaine est à la botte de Donald Trump depuis sa reprise brutale du pouvoir en janvier 2025. En témoigne la multiplication des affichages de son visage et de son nom sur les bâtiments publics. Mais ces appels forcés à la gloire du républicain s’accompagnent aussi d’une nouvelle forme de résistance : l’art de rue subversif qui s’exprime parallèlement dans les rues de Washington.Des artistes inspirésLe collectif avait déjà sévi, en mars dernier, en posant devant le mémorial de Lincoln une toilette en or, composant d’une installation artistique intitulée A Throne Fit for a King (« Un trône digne d’un roi »). Elle raillait l’attitude souvent monarchique du populiste en poste à la Maison-Blanche, tout comme le grotesque et l’impulsivité délétère de plusieurs de ses politiques.Deux statues en mousse, bois et résine qui représentent Donald Trump et Jeffrey Epstein ont été érigées dans les alentours du Congrès des États-Unis alors que le passé criminel du pédophile ami des riches et célèbres s’invitait une nouvelle fois dans la vie politique américaine. La première, baptisée Why Can’t We Be Friends? (« Pourquoi ne pouvons-nous pas être amis ? ») et installée à la fin de 2025, montre les deux hommes guillerets, main dans la main. Elle rappelle l’amitié passée entre eux, que le président américain cherche désormais à balayer sous le tapis. La deuxième, rendue publique début 2026, nommée King of the World (« Le roi du monde »), les met en scène, enlacés tels les deux protagonistes sur l’image culte du film Titanic.Et, chaque fois, la critique portée par l’absurde qu’adressent tous ces monuments sauvages finit par faire beaucoup de chemin, dans la ville comme ailleurs dans le monde.« Si l’on étudie les régimes répressifs dans le monde, on constate que l’art peut être un outil efficace de résistance », résume en entrevue Steven Lambert, professeur à l’Université d’État de New York et codirecteur du Centre pour l’activisme artistique, un institut de recherche et de formation qui aide les gens à utiliser leur créativité pour exercer un pouvoir. « L’art agit souvent sur un plan affectif et émotif plutôt que littéral. Là où l’action ouvertement politique risque d’échouer, l’art permet d’arriver à un autre résultat par la surprise et la dissonance cognitive. »L’artiste visuel Robin Bell en a récemment fait l’expérience. En avril dernier, alors que le gouvernement Trump commençait à s’enliser dans un affrontement militaire avec l’Iran, il s’est associé au célèbre artiste américain d’origine polonaise Krzysztof Wodiczko pour projeter les images d’une exposition imaginaire intitulée Art of Ending War (« L’art de mettre fin à la guerre ») sur les murs de l’aile est de la National Gallery of Art, le long de la Pennsylvania Avenue. L’installation éphémère mélangeait des peintures pacifiques emblématiques, des commentaires sur l’horreur de la Première Guerre mondiale, des mots qualifiant le coût humain de la guerre, l’œuvre au pochoir Bomb Love de Banksy… L’ensemble visait à faire réfléchir les passants sur les incohérences et l’hypocrisie d’une équipe qui a fait campagne en s’opposant à la guerre et qui, une fois en place à la Maison-Blanche, est devenue incroyablement belliqueuse.







