Julien BalboniJournaliste judiciaire / chef d'édition21 juillet 2026Aujourd'hui à 15:43Propice aux fraudes massives, ultrasubsidié, parfois mal fléché, le secteur des titres-services, véritable mastodonte économique, est à la croisée des chemins.Les titres-services ont 22 ans et plus vraiment toutes leurs dents. C'est un peu la réflexion qui se fait corps, alors que ce système d'aide au nettoyage à domicile, presque unique au monde et souvent envié, couine de tous côtés. Selon les rapports de l'Inspection régionale de l'emploi à Bruxelles, une entreprise de titres-services sur cinq est en infraction, alors que se développent les prestations fictives, coûtant cher à la communauté.Le développement de la fraude ne signifie pas qu'il faille jeter le bébé avec l'eau du bain. Mais ce point doit être le pivot d'une grande réflexion, à la lumière de celle actuellement menée en Wallonie, qui entend réaliser des économies dans ce secteur ultrasubsidié et particulièrement cher. C'est simple: environ deux tiers du coût d'un titre-service est supporté par la collectivité. Toutes ces dépenses sont-elles justifiées? Certaines d'entre elles mériteraient d'être mieux fléchées. Pourquoi des particuliers à hauts revenus bénéficient-ils de titres-services très peu chers quand ils ont recours à des aides ménagères? On rappelle que celles-ci sont très faiblement payées: 15 euros brut de l'heure, sans prise en compte du déplacement et sans possibilité de prester un temps plein, vu la pénibilité de ce métier.De la même manière, n'est-il pas temps d'explorer la manière dont les grandes entreprises de ce secteur en pleine consolidation bénéficient d'une telle manne d'argent public? Certaines de ces entreprises emploient plus de 10.000 aides ménagères, de véritables géants d'un secteur au poids considérable, avec un total de plus de 150.000 emplois en Belgique, presque autant que le domaine de la construction.Il n'est pas ici question de faire table rase du passé. L'invention du titre-service a produit d'immenses bénéfices. Il a permis à tout un public - généralement composé de femmes plutôt âgées, d'origine étrangère, très éloignées du monde du travail - d'avoir accès à un métier déclaré et couvert. Auparavant, le monde du nettoyage à domicile était une foire au travail au noir, dans lequel les aides ménagères ne cotisaient pas pour leur retraite et n'étaient pas couvertes en cas de maladie du travail - on rappelle qu'après quinze ans de métier, une aide ménagère sur cinq est en arrêt de longue durée.Il semble aujourd'hui temps de réfléchir à une véritable réforme du système, avec un meilleur ciblage. Attention cependant à enfiler ses gants blancs quand il faudra ouvrir le capot: augmenter fortement le prix du titre-service signifiera mécaniquement une hausse du travail au noir. C'est une véritable quadrature du cercle que les Régions doivent résoudre.