Il y avait bien Madonna, BTS, Chris Martin, Justin Bieber et Shakira. Mais le concert grotesque donné dimanche soir à New York lors de la mi-temps d’Espagne/Argentine n’a honoré ni la musique ni les valeurs du sport. Madonna entre Ronaldinho et Ronaldo, au New York New Jersey Stadium, le 19 juillet. Un concert de mi-temps comme au Superbowl, mais en tellement moins bien... Photo Catherine Ivill/AMA/Getty Images Par Odile de Plas Publié le 20 juillet 2026 à 16h54 Dans la longue liste des « plus jamais ça » qui nous vient, alors que se referme la pire Coupe du monde de foot avant la prochaine, figure en bonne place — juste après l’ingérence de Donald Trump pour le carton rouge de Folarin Balogun et juste avant les pauses fraîcheurs en stades climatisés —, le premier halftime show de cette compétition, lors de la finale Espagne/Argentine. Vous pensiez avoir touché le fond musical habituel avec Dai Dai, l’hymne de Shakira ? Ce dimanche soir, Chris Martin, leader de Coldplay, le groupe le plus consensuel du monde, téléguidé par le sournois « service de marketing expérientiel de la Fifa » (oui, il existe pour de vrai) a réussi à faire pire durant cet interminable spectacle à mi-chemin entre la kermesse d’école friquée et la soirée Stars 90, comme une insulte à tous les amateurs de foot. Ce devait être l’équivalent du halftime show du Super Bowl, grand-messe de l’usine pop américaine — mais qui n’a pas réussi pour autant à convertir le reste du monde au football américain. Ce fut sa version minable et grotesque. Une succession sans queue ni tête d’artistes davantage venus vendre leur dernier album que célébrer les valeurs du sport. De ce long cauchemar qu’aucun pincement n’a pu arrêter nous restent quelques flashs douloureux : Madonna en corset violet, perchée sur une voiture buggy conduite par Ronaldinho et Ronaldo, le regard vide, en survêts mous. Nos idoles d’enfance du Muppet Show (que sont allés faire Animal (le batteur fou) et Miss Piggy dans cette galère ?) jouant Seven Nation Army, des White Stripes, dirigés façon Rondò Veneziano par le chef Gustavo Dudamel. BTS en play-back de retour du Stade de France où ils jouaient encore la veille. Résultat ? Ils ont juste eu le temps de prendre un pot de gel pour les cheveux et un vieux tube (Dynamite). À lire aussi : BTS au Stade de France : le groupe de K-pop assure son fan service et surfe sur la nostalgie Cinq minutes se sont écoulées. On se dit que la fin est proche. C’était moche, mais au moins c’était court. Raté : voilà Justin Bieber, chasuble kaki semi-guenille sur le dos, guitare en bandoulière, déterminé à nous donner la chair de poule. Il en fait des tonnes Justin, et comme notre Vianney national lors de la réouverture de Notre-Dame, il est habité par la foi. Mais au Hallelujah de Leonard Cohen, Justin préfère ses propres textes. Résultat ? « C’est la Coupe du monde, hallelujah », répété comme un mantra, avec la mine plombée d’un moine doloriste qui se flagelle avec des rameaux. Vingt-huit minutes interminables Comme pour se venger de toute la méchanceté du monde, Chris Martin décide alors de submerger le stade de joie avec Shakira, en costume de vahiné, prête à dégainer son légendaire déhanché aux côtés de Burna Boy, d’une sobriété tout à son honneur. Ne manque plus que la chorale d’enfants de toutes les couleurs. La voilà elle aussi, cœur avec les doigts, petites voix faussées par l’émotion qui dégouline de partout mais sonne atrocement faux au milieu ce match âpre et fermé où les coups bas ne se comptent plus. Dans cette finale violente où l’Argentine récoltera deux cartons rouges, dont un, c’est rare, après le match pour avoir voulu transformer la victoire espagnole en baston générale… Le premier halftime show de la Coupe du monde de football aura finalement duré vingt-huit minutes, pub, montage et démontage compris. C’est quinze de plus que ne l’autorisent les règles du foot. On imagine la tension des équipes au vestiaire, rongeant leur frein avant de reprendre l’affrontement ; celle des supporteurs dans le stade. Mais qui se souciait de foot à part les joueurs et les spectateurs, dimanche ? Ce halftime show n’avait rien de sportif, rien de musical, rien de généreux. Il ne fut que la preuve de l’américanisation aux forceps d’une compétition tellement gangrenée par l’argent qu’elle est prête à se dissoudre dedans. Heureusement que Donald Trump n’a pas demandé à changer le ballon rond pour un ballon ovale, Gianni Infantino, le président de la Fifa, aurait été capable de dire oui. À lire aussi : “J’ai dit tant de fois : le football, plus jamais” : des écrivains racontent leur relation au foot et à la Coupe du monde Musique Coupe du monde de football Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
Le “halftime show” de la finale de la Coupe du monde ? Une insulte aux amateurs de football
Il y avait bien Madonna, BTS, Chris Martin, Justin Bieber et Shakira. Mais le concert grotesque donné dimanche soir à New York lors de la mi-temps d’Espagne/Argentine n’a honoré ni la musique ni les valeurs du sport.










