La bassiste, figure de la scène underground de Los Angeles, a succombé à un cancer du cerveau. Sa formation a marqué le rock alternatif des années 1990 par son énergie punk et son engagement féministe. Jennifer Finch sur scène lors d’un concert des L7 au Hollywood Palladium de Los Angeles, le 4 janvier 2020. Photo Rich Polk/Getty Images/AFP Par Johanna Seban Publié le 20 juillet 2026 à 16h40 Jennifer Finch, bassiste du groupe de rock américain L7, est morte samedi à l’âge de 59 ans, après plusieurs mois de lutte contre une forme très agressive du cancer du cerveau. « Nous sommes anéanties par la disparition de notre sœur, amie et partenaire de scène Jennifer Finch. Son énergie sauvage, son humour et sa créativité sans bornes ont façonné L7 et transformé nos vies à jamais », ont écrit, sur les réseaux sociaux, ses anciennes complices Donita Sparks, Suzi Gardner et Dee Plakas, saluant « une artiste unique, qui a toujours vécu selon ses propres règles ». Il y a quelques jours, le groupe avait lancé une campagne de financement participatif destinée à couvrir les coûts liés à sa prise en charge médicale. Née le 5 août 1966 à Los Angeles, Jennifer Finch a grandi au sein d’une famille adoptive. Très jeune, elle se passionne pour la photographie et immortalise la scène punk californienne naissante, photographiant des groupes comme Bad Religion, Black Flag ou Dead Kennedys. Elle fait ses premières armes au sein de Sugar Babydoll, formation dirigée par Courtney Love (future chanteuse et guitariste de Hole). Détermination et forte personnalité En 1986, elle rejoint L7, fondé un an plus tôt par les guitaristes et chanteuses Donita Sparks et Suzi Gardner — la batteuse Dee Plakas, ancienne membre des Problem Dogs, complète bientôt la formation. Le groupe doit son nom à sa forme graphique : le « L » accolé au chiffre 7 dessine un carré (un « square » en anglais), surnom donné, dans l’argot américain, aux individus coincés et conformistes. Bien que Finch ne maîtrise pas encore véritablement la basse, ses partenaires sont séduites par sa détermination et sa personnalité. Et le large réseau dont elle dispose au sein de la scène underground de Los Angeles contribue bientôt à y renforcer son ancrage. Finch participe à l’enregistrement de quatre albums : L7 (1988), Smell the Magic (1990), Bricks Are Heavy (1992) et Hungry for Stink (1994). La formule du quatuor — énergie punk, humour corrosif et prises de position politique — impose alors L7 comme l’un des rares groupes féminins capables de rivaliser avec les formations de Seattle (Nirvana, Melvins, Mudhoney…). Le groupe est très engagé et fait de la défense des droits des femmes une composante majeure de son identité. En 1991, il participe à la création de Rock for Choice, une série de concerts organisés pour défendre le droit à l’avortement aux États-Unis. En 1992, le morceau Pretend We’re Dead, son plus gros succès commercial, dénonce les mécanismes politiques et sociaux qui marginalisent les femmes. La même année, lors du festival de Reading en Angleterre, Donita Sparks, excédée par les insultes machistes d’une partie du public, retire le tampon hygiénique qu’elle porte et le jette sur la foule, conviant cette dernière à « le manger ». Jennifer Finch quitte L7 en 1996 et multiplie les projets artistiques. Elle fonde les groupes The Shocker et OtherStarPeople, crée son propre label (Little Pusher Records) et développe une activité de photographe, d’écrivaine et d’artiste. Elle retrouve finalement ses anciennes partenaires en 2015 pour de nouveaux concerts et morceaux, dont le virulent Dispatch from Mar-a-Lago, qui cible Donald Trump. Le documentaire L7 : Pretend We’re Dead accompagne alors cette renaissance. Après Scatter The Rats, dernier album paru en 2019, Finch devait retrouver ses complices sur scène en octobre pour la tournée The Last Hurrah. À lire aussi : PJ Harvey, Liz Phair, les Riot Grrrls... Quand les filles du rock préparaient le “girl power” Musique Disparition Féminisme Rock Punk Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus