Jusqu'à 5 millions de dollars. C'est le montant des subventions que le département d'État américain se dit prêt à allouer pour financer deux ou trois groupes européens proches du mouvement Maga (Make America Great Again), révèle le Financial Times. Au nom, apprend-on, de la lutte contre la "censure" et contre l'immigration, et du renforcement des "liens civilisationnels" entre les États-Unis et le Vieux continent. Sont entre autres éligibles des organisations caritatives, des think-tanks, des structures éducatives, mais aussi des particuliers. Chaque groupe choisi pourra prétendre à une enveloppe pouvant aller jusqu'à 3 millions de dollars.Dans un communiqué, le département d'Etat américain a donné plus d'informations sur les raisons de cette annonce. "L'Europe est victime d'une dérive bureaucratique supranationale" qui "concentre le pouvoir entre les mains d'institutions technocratiques moins responsables devant les choix démocratiques", stipule le texte. Qui ajoute : "le lawfare (soit la manipulation des systèmes juridiques à des fins politiques, Ndlr) est devenu un outil majeur de répression de la liberté d'expression et de l'engagement civique".Subventions colossales à des groupes européens conservateursCette annonce n'a en soit rien de vraiment surprenant. En février déjà, le Financial Times rapportait que la Maison-Blanche envisageait de réaffecter des fonds destinés à l'aide internationale à des groupes proches du mouvement Maga en Europe. Depuis, des représentants du département d'Etat américains ont entre autres rencontré Toby Young, fondateur de l'organisation britannique "Free Speech Union". Le Guardian a d'ailleurs révélé hier que le département d'Etat américain comptait débloquer 12 millions de dollars pour des organisations britanniques conservatrices, dont 5 millions pour Free Speech Union International.Des manœuvres qui inquiètent de ce côté de l'Atlantique, particulièrement en Allemagne, où l'AfD, le parti d'extrême droite en tête des sondages au niveau national, a une chance réaliste d'accéder au pouvoir pour la première fois dans le Land de Saxe-Anhalt, dans l'est de l'Allemagne en septembre. Le chancelier Friedrich Merz a déjà déclaré mercredi qu'une ingérence américaine dans les élections régionales serait illégale. "Pour notre part, nous ne nous ingérons pas dans les élections américaines", a-t-il ajouté, appelant les Etats-Unis à en faire autant. Selon d'anciens responsables américains, interviewés par le Guardian, ce programme de subventions ne serait qu'un avant-goût d'une plus longue liste de mesures envisagées par le département d'Etat pour allouer davantage de fonds aux groupes d'extrême droite européens, et potentiellement aux partis politiques d'extrême droite en Europe. L'administration américaine a régulièrement accusé l'Europe d'étouffer la liberté d'expression en cherchant à réglementer les discours haineux en ligne et en tentant de neutraliser les expressions de souveraineté nationale. En décembre, une nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine affirmait par ailleurs que l'Europe était confrontée à un "effacement civilisationnel" et saluait l'influence croissante des "partis patriotiques européens", les appelant à "cultiver la résistance" face à la trajectoire du Vieux continent.L'administration Trump veut regagner le soutien de l'extrême droite européenneMais jusqu'à présent, le soutien américain aux partis conservateurs a donné des résultats mitigés. En témoigne la visite du vice-président américain J.D. Vance en Hongrie en avril. Malgré le soutien apporté à l'ancien premier ministre Viktor Orban, allié de longue date de Donald Trump, quelques jours avant des élections très suivies, ce dernier a été largement battu dans les urnes.En Europe, la guerre en Iran, qui a fait flamber les prix de l'énergie et pesé sur le pouvoir d'achat des plus modestes, a en outre conduit de nombreux dirigeants nationalistes à reconsidérer leurs relations avec l'administration américaine. Même la première ministre italienne Giorgia Meloni, longtemps interlocutrice favorite du président américain, s'est brouillée avec Donald Trump après avoir refusé l'accès d'une base en Sicile aux avions de combat américains. Autre signe que le vent commence à tourner : le Rassemblement national s'est bien gardé de réagir au tweet du milliardaire Elon Musk cette semaine, qualifiant Marine Le Pen de "dernier espoir pour la France".