Enfants Pour Gérald Darmanin, le réexamen des dossiers de violences sexuelles sur mineurs est un succès. Mais cette recension nécessaire intervient sans vraiment prendre en compte les manquements du système judiciaire dans son ensemble. Des manifestants rassemblés devant le ministère de la Justice, à Paris, le 29 juin 2026, pour rendre hommage à la jeune Lyhanna et réclamer une loi intégrale contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants. Photo Laurent Demartini/Hans Lucas Par Julia Vergely Publié le 17 juillet 2026 à 16h16 Le 8 juin dernier, dans le sillage de l’affaire Lyhanna, Gérald Darmanin demandait aux procureurs généraux de réexaminer « l’intégralité des plaintes qui touchent les enfants » avant le 14 juillet. Six semaines pour reprendre ce qui était alors estimé à 70 000 dossiers. Certains s’étaient élevés contre ce délai jugé bien trop court pour pouvoir traiter correctement les dossiers, sans moyens supplémentaires. Mercredi 15 juillet, le garde des Sceaux a fait le bilan de cette opération inédite devant l’Assemblée nationale. « Certains ont affirmé qu’ils n’y parviendraient pas et je veux ici, devant la représentation nationale, les faire mentir, a déclaré Gérald Darmanin. Exactement 69 626 dossiers relatifs à des affaires criminelles et délictuelles connues des parquets ont été réétudiés. Il s’y ajoute 15 000 plaintes découvertes — si j’ose dire — dans les services enquêteurs auprès desquels des plaintes ont été déposées. » Car ce sont finalement 85 047 plaintes qui ont été recensées dans les parquets de la République. Défaillances systémiques Et le garde des Sceaux de détailler : « Dans 83 % des affaires, les auteurs ont été identifiés et dans 91 % de ces cas, non seulement ces auteurs connus n’ont malheureusement fait l’objet d’aucune condamnation antérieure mais, pour trois quarts d’entre eux, font partie du cercle intime et familial des enfants. » Il s’est ensuite félicité de l’opération, qui a permis l’ouverture de 1 350 informations judiciaires, « soit une hausse de 309 % pour des crimes et des délits de nature sexuelle sur mineur », et l’incarcération de 675 personnes, « soit une hausse de 173 % ». Dans un communiqué, le ministère de la Justice a souligné l’importance de pouvoir enfin « disposer d’une vision précise du stock de procédures afin d’identifier les situations les plus sensibles, de mieux protéger les victimes et de mettre hors d’état de nuire les auteurs les plus dangereux », ajoutant que les résultats « de cette revue exceptionnelle » démontraient « l’utilité d’un pilotage national resserré ». On s’étonne néanmoins que cette recension, essentielle, cruciale pour définir une politique publique efficace et adaptée, ait dû attendre une affaire — alors considérée, par sa gravité, comme une anomalie — pour être mise en place. Que des victimes voient enfin, à la demande du ministre, leur dossier soudainement avancer est une bonne chose. Mais le bilan dressé par Darmanin souligne surtout l’ampleur des manquements judiciaires en matière de violences sexuelles commises sur les enfants. Les défaillances ne sont pas l’affaire d’une juridiction précise, comme le ministre a pu le penser, elles sont présentes sur tout le territoire, et à tous les échelons de la justice. À lire aussi : Pédocriminalité : “On n’a aucune politique de fond qui pourrait aboutir à un résultat efficace” Le caractère systémique des dysfonctionnements devrait alerter davantage le gouvernement. Les associations ne cessent de l’exprimer. La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) n’a cessé de le faire savoir. Un bilan dressé par la Commission le mois dernier soulignait encore le « décalage majeur entre l’ampleur des violences et la faiblesse de la réponse pénale, voire civile », décalage « intolérable », qui « témoigne d’un dysfonctionnement systémique de notre appareil judiciaire ». Les préconisations faites par la Ciivise en 2023 n’ont été que très peu suivies d’effets. Donner des moyens à la justice Au début de l’affaire Lyhanna, le ministre a déclaré à plusieurs reprises que « nous n’avons pas besoin de nouvelle loi sur ce cas précis. Nous n’avons pas besoin non plus de davantage de moyens ». Il apparaît aujourd’hui urgent de donner des moyens à une institution judiciaire à bout de souffle. Car, dans le même temps, le projet de loi sur la protection des enfants est discuté à l’Assemblée. Hier soir, les députés ont voté en faveur de l’imprescriptibilité des crimes sexuels commis sur les mineurs, répondant ainsi à une préconisation de la Ciivise et à un souhait depuis longtemps exprimé par les associations. Néanmoins, Gérald Darmanin, qui y est favorable, a rappelé la possibilité que l’amendement se heurte à une inconstitutionnalité. Car la question de l’imprescriptibilité est complexe. Aujourd’hui, l’issue pénale des affaires de violences sexuelles sur mineurs judiciarisées est faible : seulement 3 % des agresseurs sont condamnés (1 % en cas d’inceste), et plus de six plaintes sur dix sont classées sans suite. Donner la possibilité aux victimes de porter plainte tout au long de leur vie est louable, le faire sans donner davantage de moyens à la justice est une chimère. À lire aussi : Imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs : un débat juridique autant qu’un choix de société Enfants Société Justice Violence Mineurs Violences sexistes et sexuelles Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus Pour soutenir le travail de toute une rédaction, abonnez-vous Pourquoi voyez-vous ce message ? Vous avez choisi de ne pas accepter le dépôt de "cookies" sur votre navigateur, qui permettent notamment d'afficher de la publicité personnalisée. Nous respectons votre choix, et nous y veillerons. 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Violences sexuelles sur mineurs : derrière les 85 000 dossiers, des défaillances à tous les niveaux
Pour Gérald Darmanin, le réexamen des dossiers de violences sexuelles sur mineurs est un succès. Mais cette recension nécessaire intervient sans vraiment prendre en compte les manquements du système judiciaire dans son ensemble.













