L’histoire que raconte cet été au théâtre du Bic l’autrice de La Mitis Stéphanie Pelletier, vastement active sur la scène littéraire de sa région, est d’abord née sous la forme d’un slam, est devenue un conte — « Annabelle et la bête », que l’on trouve dans le livre-balado Ce qui brûle bien, publié chez Planète rebelle en 2022 —, puis a failli se transmuer en roman pour enfin prendre la forme d’une pièce chorale. Or, dans une sorte d’effet miroir, la polymorphie de l’œuvre en reflète le propos. Car la protagoniste s’y scinde en deux, se prêtant ainsi à deux fatums distincts, le tout empreint d’un brin de réalisme magique.Un chasseur (incarné par Éric Robidoux), qui agit à titre de narrateur, guide les spectateurs à travers ces deux récits, celui d’une femme (Julie Roussel) qui décide d’aller à l’épicerie pour acheter les victuailles nécessaires à la confection d’un souper pour elle et son amoureux, et celui de la même femme (Anne Trudel) qui opte plutôt pour la réalisation d’un repas vide-frigo à l’intention de sa famille. Les deux parcours seront, chacun à leur façon, irrigués de questionnements existentiels touchant notamment la parentalité et l’accomplissement de soi. Autour d’elles évoluent aussi un jeune écoanxieux ainsi qu’un vieillard cherchant à se sentir pleinement vivant.