Quand Pierre Corbeil fonde le Festival international de films Fantasia, en 1996, avec ses amis Martin Sauvageau et André Dubois, il s’attend à attirer environ 25 000 personnes en un mois au cinéma Impérial, à Montréal, qu’il loue pour l’occasion. Ce sont plutôt 55 000 curieux qui découvrent cet événement inusité pour l’époque, alors exclusivement consacré au cinéma asiatique, surtout hongkongais. Même des films de vedettes comme Jackie Chan, Jet Li ou John Woo étaient encore peu présentés au Québec.« Presque toutes nos projections ont attiré des centaines de spectateurs, raconte M. Corbeil, qui est toujours à la barre de l’événement. On savait dès la première année qu’on tenait quelque chose. » Aujourd’hui, Fantasia continue d’être l’un des festivals de cinéma les plus courus au pays. L’organisme franchit la barre des 80 000 participants depuis 2024 et compte, selon son fondateur, atteindre cet objectif de nouveau.
« Notre marché Frontières est aussi devenu le plus grand marché de coproduction consacré au cinéma de genre en termes de rayonnement des projets, affirme quant à elle Tania Morissette, directrice adjointe et programmatrice de cinéma québécois. On se produit à Cannes depuis plusieurs années et, pour la première fois, en 2026, on a coprésenté un événement dans le cadre de l’European Film Market de Berlin. Nous développons également des partenariats avec le Festival international du film de Toronto et d’autres événements d’importance. »Écosystème médiatiqueSi une part de la croissance actuelle du festival est due au soutien de plus en plus important des organismes subventionnaires, alors que les 10 premières éditions ont été pratiquement autofinancées, Fantasia jouit aussi désormais d’un contexte particulièrement favorable au cinéma de genre, estime Pierre Corbeil.« Une chose qui nous aide à nous faire connaître à l’international, c’est la présence, désormais assurée chaque année, des principales publications trade américaines, comme Variety et The Hollywood Reporter, précise-t-il. En même temps, on observe une explosion en ce moment du nombre de publications numériques spécialisées en genre. Ça s’inscrit dans un engouement actuel pour ces formes artistiques là, qu’on essaie de montrer dans toute leur diversité. »Tania Morissette renchérit en rappelant que « certains des titres les mieux reçus à Cannes dernièrement relevaient de l’horreur, du thriller ou de la science-fiction ». « On sent là-bas un réel emballement, qui percole ensuite ici. »Cinéma québécoisLe Devoir avait entamé sa couverture de la 29e édition de Fantasia en soulignant le désir du festival de mettre en avant une sélection de cinéma d’ici plus vaste et plus généraliste. Cette ambition se poursuit, assure Tania Morissette, ou plutôt, les genres continuent d’évoluer, de se mêler, de se confondre. La programmatrice ajoute vouloir se tourner davantage vers le cinéma jeunesse. Un long métrage québécois, Romin, d’Anthony Dionne et Jassen Charron, reflète cette initiative.L’une des propositions québécoises les plus attendues cette année reste sans doute Someone’s Daughter, de Wiebke von Carolsfeld, notamment en raison de la participation de François Arnaud, vedette de la série Heated Rivalry, et de Pascale Bussières, qui n’avait pas joué dans un long métrage québécois depuis Se fondre, de Simon Lavoie (2024). On y suit une avocate poussée à ses limites après avoir été kidnappée et emmenée rejoindre en forêt un ancien client autrefois accusé d’agression sexuelle.






