Le match entre l'Angleterre et l'Argentine qui se disputera ce mercredi 15 juillet, à 21 heures à Atlanta, s'annonce sous haute tension. Et pas seulement parce que l'enjeu est de rejoindre en finale l'Espagne, qui a disposé la veille des Français un jour de fête nationale. Mais aussi car cette rencontre risque de réveiller une rancœur vieille de 44 ans. Au centre de celle-ci : les Malouines, un territoire britannique d’outre-mer.Depuis toujours, l'Argentine revendique la souveraineté de ces îles de l'Atlantique Sud, qui abritent quelque 3 600 habitants et un million de manchots. En 1982, les troupes de Buenos Aires ont débarqué sur l'archipel. Une offensive qui s'est soldée par deux mois d'affrontements sanglants, coûtant la vie à 649 militaires argentins et 255 Britanniques. Aujourd'hui, le traumatisme est toujours profond en Argentine et le symbole fédère.Comme vous le racontait L'Express il y a quelques jours, les Malouines sont partout dans le pays d'Amérique du Sud : imprimées sur les billets de banque, tatouées sur les corps, et bien sûr, présentes sur les cartes officielles du pays... Et qui dit partout, dit aussi dans le foot, partie intégrante de la culture argentine. L'archipel n'a été oublié ni par les supporters, ni par les joueurs de l'Albiceleste. Quatre ans après la guerre, en 1986, la légende argentine du football, Diego Maradona, décrivait son célèbre but mis de la main comme "une revanche symbolique contre les Anglais".Preuve que les blessures sont encore vives, les arbitres anglais ont à ce jour interdiction de diriger l'Argentine en Coupe du monde, et réciproquement. De fait, les deux nations sont loin d'avoir tourné la page. Il y a une semaine, la polémique frappait encore lorsque, pour célébrer sa victoire contre l'Egypte, la sélection argentine entonnait une reprise du chant "Muchachos" dans son vestiaire. La vidéo, partagée sur les réseaux sociaux officiels de l'Albiceleste a offensé plus d'un Anglais. Car dans les paroles, les joueurs ont rajouté une référence aux Malouines : "Je suis argentin du berceau jusqu'à la tombe. Pour les Malouines, pour Diego (Maradona), pour la dernière de Léo (Messi). Argentine, je veux te voir championne une deuxième fois de suite." Une "chanson obscène", s'est agacé le média britannique The Guardian. Qui n'a pourtant entraîné aucune sanction contre l'Argentine, alors même que les règlements de la FIFA interdisent pourtant tout chant ou message à caractère politique à l'intérieur des stades qui abritent ses tournois. Quelques jours plus tard, interrogé à l'occasion d'une conférence de presse, le sélectionneur de l'équipe, Lionel Scaloni, a botté en touche. "Ce n'est qu'un match de foot, rien de plus. Point final"."Les Malouines sont une préoccupation quotidienne"Malgré cette tentative d'apaiser les tensions, la polémique s'est rapidement exportée hors des terrains de football. Comme l'a repéré Courrier international, le ministre des Affaires étrangères argentin, Pablo Quirno, est revenu à la charge dans les colonnes du quotidien La Nacion, le 11 juillet, soit quelques jours après le chant de l'Albiceleste. Contestant la légitimité du référendum de 2013, lors duquel 99,8 % des habitants de l’archipel ont voté pour rester sous giron britannique, le ministre a jugé que le Royaume-Uni s'était "artificiellement implanté" sur l'île. Et d'ajouter : "Les Malouines sont une préoccupation quotidienne. Et cette conviction guide chacune de nos actions en matière de politique étrangère". De leur côté, les vétérans argentins de la guerre des Malouines ont appelé à l'apaisement. Dans un communiqué, ils ont encouragé leurs compatriotes à soutenir l'Albiceleste "sans sombrer dans la xénophobie ni dans la haine, mais comme une expression vivante de mémoire et de souveraineté". Le "sport n’est pas la guerre", ont-ils souligné.
Angleterre-Argentine : quand la guerre des Malouines s'invite sur le terrain de foot
Ce mercredi soir, l'Albiceleste rencontrera l'équipe aux trois lions à Atlanta pour une place en finale. Un match qui risque d'alimenter des tensions vieilles de plus de 40 ans, sur fond de dispute territoriale.










