Indochine, Eddy de Pretto… Dans “Music Queer”, série de vingt pastilles animées à voir sur Arte.tv, Rebecca Manzoni et Émilie Valentin racontent comment la culture queer a irrigué la musique populaire. Le groupe Frankie goes to Hollywood, parfaitement « relax », illustré par Leslie Plée. ARTE France/La Generale de Production/Radio France/Foliascope/XBO Films /Auvergne-Rhone-Alpes Cinema Par Thomas Richet Publié le 13 juillet 2026 à 14h00 Après les reines, l’arc-en-ciel. Dans leur première série Music Queens, diffusée en 2023, Rebecca Manzoni et sa coautrice Émilie Valentin racontaient une histoire des icônes féminines de la musique pop. Avec Music Queer, elles se penchent cette fois sur l’apport de la culture LGBT+ dans des chansons que nous connaissons tous. Vingt pastilles de moins de trois minutes — la durée de tout bon tube qui se respecte —, illustrées par les dessins animés de Leslie Plée, qui retracent les dessous de morceaux comme Smalltown Boy, de Bronski Beat, 3ᵉ Sexe, d’Indochine, ou Kid, d’Eddy de Pretto. Avec pour objectif, explique Rebecca Manzoni, de « montrer à quel point les références et icônes queer sont patrimoniales. La question des fiertés est certes très contemporaine, mais elle existe depuis toujours. Elle n’est pas woke, réac ou progressiste, elle fait partie de notre histoire commune. » Dans la série des « Music Queer » coréalisée par Amandine Fredon et Rebecca Manzoni, illustrée par Leslie Plée : les Bronski Beat. ARTE France/La Generale de Production/Radio France/Foliascope/XBO Films /Auvergne-Rhone-Alpes Cinema L’idée de la première série s’était imposée à elle quand elle façonnait son émission Pop N’Co sur France Inter (2014-2019). « Une nouvelle génération de chanteuses est arrivée : Angèle, Pomme, précédées évidemment de Christine and the Queens. Et là-dessus a surgi #MeToo, en 2017. » La suite avait, elle aussi, tout de l’évidence. « La promesse de ma chronique était d’évoquer la musique qui raconte l’époque. La question des fiertés était donc souvent abordée. » L’éternelle icône Gloria Gaynor par Leslie Plée. ARTE France/La Generale de Production/Radio France/Foliascope/XBO Films /Auvergne-Rhone-Alpes Cinema Les épisodes balaient un siècle de chansons, des années 1920, avec la blueswoman Ma Rainey, à aujourd’hui. Le sujet a en effet toujours irrigué les musiques populaires, parfois en toute clandestinité : Le Jardin extraordinaire de Charles Trenet est ainsi l’allégorie des rendez-vous clandestins d’hommes gay dans le jardin des Tuileries. Quant au Relax de Frankie Goes to Hollywood, la journaliste rigole : « J’ai hurlé dessus sans savoir que c’était un hymne à l’orgasme gay. » « Pour ces questions politiques et sociales, cette musique est essentielle, poursuit-elle. Elle façonne notre culture musicale, autant que nos imaginaires. La pop, ce sont des messages passés en contrebande, et en plus, on danse. » « Le dessin permettait d’aborder la sexualité sans être pornographique », selon Rebecca Manzoni. Ici, Little Richard. ARTE France/La Generale de Production/Radio France/Foliascope/XBO Films /Auvergne-Rhone-Alpes Cinema Finalement, le plus difficile pour les autrices aura été de choisir quels artistes évoquer. « Cette histoire est tellement riche, explique Émilie Valentin. Il fallait trouver une diversité de genres musicaux, de périodes et de thématiques. Mais le choix s’est également fait en fonction des droits musicaux. » Les titres étant joués dans leur totalité, ou presque, l’accord des ayants droit était nécessaire. Avec au final quelques absents et regrets de taille pour les deux autrices : « Nous n’avons pas obtenu l’autorisation pour Lou Reed, David Bowie ou Queen, alors que ce sont de grandes balises de l’histoire des fiertés », déplore Manzoni. Heureusement, le dessin est là pour combler les trous — on aperçoit Bowie au détour d’une affiche — et épouser toute la richesse de ces destinées. Car si l’histoire de la musique queer est celle d’une libération, elle est également jalonnée de tragédies, en premier lieu l’apparition du sida, dans les années 1980. Les Village People... et le pape. ARTE France/La Generale de Production/Radio France/Foliascope/XBO Films /Auvergne-Rhone-Alpes Cinema « La simplicité du trait de Leslie Plée permet la variété de ton. Il est très rond, mais aussi cash et cru », apprécie Émilie Valentin. Rebecca Manzoni abonde : « Avec l’animation, on est totalement libre. Beaucoup d’épisodes abordent la sexualité et le plaisir sexuel frontalement. Le dessin permettait de raconter ça de façon explicite sans être pornographique, en apportant pas mal de drôlerie. » La pop, décidément, est libératrice. Sur Arte.tv jusqu’au 28 février 2031. Sur Arte le 13 juillet à 0h17, 1ᵉʳ épisode : Smalltown Boy, de Bronski Beat. Les autres épisodes seront diffusés aléatoirement. Lire la critique “Music Queer” sur Arte.tv : une odyssée pop et futée À lire aussi : Mois des fiertés : les meilleurs films LGBT+ qui parlent d’amour aux couleurs de l’arc-en-ciel Télévision Musique Société Arte et Arte.tv Homosexualité Pop Animation Plateformes Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus