Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Le Monde des religions Le Monde des religions Tribunes Tribunes Tribunes Tribune Agnès Desmazières historienne Nicolas Guyard historien Les historiens Agnès Desmazières et Nicolas Guyard reviennent, dans une tribune au « Monde », sur l’histoire du secret de la confession, au moment où la levée de celui-ci a été retirée de la proposition de loi dite « Bétharram », destinée à prévenir les violences sexuelles à l’école et dans le périscolaire, et adoptée le 1ᵉʳ juin à l’Assemblée nationale. Publié aujourd’hui à 11h00 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés Ces dernières années, régulièrement, le secret de la confession fait les titres de l’actualité en France. Le sujet charrie son lot de représentations et de fantasmes. L’imaginaire collectif retient l’exemple du confesseur qui préfère se voir accusé, voire condamné, plutôt que de trahir son pénitent, illustré de manière magistrale, en 1953, dans La Loi du silence, d’Alfred Hitchcock. Ce secret de la confession a une histoire. Il apparaît progressivement à mesure que le sacrement de la pénitence, d’origine tardive, a commencé à s’imposer à partir du XIIIe siècle et, en particulier, du concile de Latran IV, en 1215. Si la notion ne figure pas dans les décrets du concile de Trente (1545-1563), trois siècles plus tard, elle demeure au centre de la pastorale postconciliaire, qui fait du sacrement de la pénitence un instrument majeur de disciplinarisation – notamment sexuelle – des fidèles catholiques face à la menace protestante. Le meuble du confessionnal, qui apparaît au XVIe siècle, joue alors un rôle majeur et ambivalent dans cette entreprise de contrôle de la population catholique. D’abord conçu pour protéger la confession d’oreilles indiscrètes ou malveillantes, il devient aussi, peu à peu, un lieu normalisé et structuré pour encadrer les relations entre les confesseurs et leurs pénitentes, dans une forme de prévention des agressions sexuelles. La confession, loin d’être toujours un moment de réconfort, a également été vécue par nombre de fidèles comme une intrusion dans l’intime du fait de questions déplacées, formulées dans le secret du confessionnal, et, plus grave encore, parfois comme une violation de son propre corps. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’Eglise a conscience de ces problématiques, et les nombreux manuels de confession incitent les prêtres à être « des lions en chaire, mais des agneaux dans le confessionnal ». Logique d’occultation A cette même époque, l’essor du secret de la confession s’inscrit dans une culture ecclésiale plus large du gouvernement par le secret. En 1709, le Saint-Siège érige le secret pontifical, conçu à l’exemple du secret de la confession, en principe de gouvernance. Cette perspective se trouve encore confirmée dans l’actuel code de droit canonique. De son côté, le Saint-Office, héritier de l’Inquisition et chargé de la disciplinarisation sexuelle du clergé, avait sa propre sphère de secret, la plus opaque, permettant la dissimulation de cette criminalité. Les victimes de violences sexuelles étaient tenues sous serment de garder le secret sur les faits qu’elles avaient dénoncés. Il vous reste 59.86% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.