Influencée par l’art lyrique, la chanteuse originaire de Caracas mêle rock, baroque et musiques populaires d’Amérique du Sud. Le 10 juillet, dans le cadre du festival Rhizomes, l’artiste enflammera les arènes de Montmartre pour un rituel collectif. Née dans une famille mélomane, la musicienne a baigné dans le flamenco, la salsa, la chanson latine et le rock anglophone des années 1970. Photo Anne-Laure Etienne Par Anne Berthod Publié le 10 juillet 2026 à 10h30 De son étonnant showcase marseillais à Babel Music XP, au printemps dernier, on a gardé le souvenir d’une musique sud-américaine à l’esthétique chambriste, d’une voix de soprano capable de parler aux oiseaux comme de reprendre un chant de Henry Purcell (1659-1695), d’un onirisme dont la véhémence le disputait à la ferveur. Avec le répertoire syncrétique de Río abajo, premier album sous son nom, la charismatique Rebecca Roger Cruz recompose le sacré entre rock, baroque et folklore de son Venezuela natal. La chanteuse et percussionniste de 34 ans commence d’ailleurs tous ses concerts par le même chant, qui dans son pays ouvre les festivités de la Saint-Jean (le solstice d’été). « Une façon de m’ancrer dans une tradition qui mêle le païen et le religieux, nous dit-elle. Mes concerts sont pensés comme des moments de cérémonie collective, et quand je reprends ce chant, j’entre dans un état proche de la transe. » Quel que soit le projet, je cherche à bâtir des ponts entre musique populaire et musique savante. La chanteuse Rebecca Roger Cruz Ayant grandi à Caracas dans une famille mélomane, elle a baigné dans le flamenco, la salsa, la chanson latine et le rock anglophone des années 1970, mais c’est le chant lyrique qu’elle a choisi au conservatoire. « Ma voix de soprano, sans doute, m’y prédestinait. » Tombée amoureuse de l’opéra et des musiques anciennes, elle a ainsi intégré, à 17 ans, l’Ensemble de musiques anciennes de Caracas. « Dans les monodies galiciennes et le répertoire médiéval de la péninsule ibérique, j’ai retrouvé des thématiques communes avec notre folklore de la côte caribéenne : les femmes, la mer, l’océan. » À Lyon, où elle est venue ensuite étudier la musicologie (avant d’emménager récemment à Rennes), elle a cofondé de nombreux groupes, tels que Trobaïridz, trio avec théorbe et viole de gambe, ou Parranda La Cruz, quartet vocal survolté, mélangeant musique de la côte caribéenne du Venezuela et maloya réunionnais. « Quel que soit le projet, je cherche à bâtir des ponts entre musique populaire et musique savante. » À lire aussi : La saison des festivals de musique se poursuit : voici ceux qui nous enthousiasment le plus Les résidences de Souffle collectif, cette compagnie friande de performances improvisées et pluridisciplinaires, ont également contribué à débrider sa créativité. « J’y ai rencontré des artistes qui m’ont poussée à me mettre à nu et à écrire mes propres chansons. » Au passage, elle a aussi appris à manier les appeaux, afin d’imiter les oiseaux d’Amazonie. Sur Río abajo, ces pépiements tropicaux sont en phase avec l’esprit organique des maracas et des percussions boisées. Rebecca Roger Cruz, elle, joue des quitiplas, bambous frappeurs du Barlovento, une région entre terre et mer caribéenne où a vécu la plus importante communauté d’esclaves du pays. À la fois chamane et passionaria, influencée par l’héritage africain du Barlovento autant que par les chanteuses protestataires des années 1970, elle cultive une approche expérimentale. Qu’elle revisite un chant baroque, esquisse un pas de tango ou vilipende l’homophobie dans une tarentelle rock’n’roll, elle orchestre une jungle embrasée, dont la touffeur trouvera dans le parc verdoyant des arènes de Montmartre un écho parfait. Le 10 juillet, 19h, aux arènes de Montmartre, 25, rue Chappe, Paris 18e. Dans le cadre du festival Rhizomes (du 5 au 26 juillet). REBECCA ROGER CRUZ EN CINQ DATES1991. Naissance à Caracas.2012. Arrivée à Lyon.2018. Création du groupe Parranda La Cruz.2021. Première résidence au sein de la compagnie Souffle collectif.2025. Sortie de l’album Río abajo.