Contrairement à Washington, qui verse actuellement dans le protectionnisme et l’autoglorification, les Canadiens jugent de plus en plus sévèrement leur voisin américain et ont résolument adopté le libre-échange. Préférablement avec les États-Unis. Mais pas seulement. Ni à tout prix.Comme prévu, Donald Trump a fait savoir, la semaine dernière, que les termes actuels de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) — qu’il avait lui-même réclamé, signé et qualifié de « meilleur accord commercial de tous les temps », il y a seulement six ans — ne lui convenaient plus. Selon les règles de l’entente, un compte à rebours de dix ans vient de commencer durant lequel le traité continuera de s’appliquer et les trois pays pourront continuer de chercher un terrain d’entente qui permettrait sa reconduction pour une autre période de 16 années.« Je préférerais ne pas avoir cet accord, mais je pourrais le signer », a expliqué le président américain le mois dernier. « Nous n’avons besoin de rien de ce que possède le Canada, nous n’avons besoin de rien de ce que possède le Mexique, mais eux ont besoin de tout ce que nous avons. Et ils devraient nous traiter mieux. »De son côté, Mark Carney fait celui qui n’est pas pressé. « Nous sommes prêts à continuer les discussions là-dessus, mais ça va prendre plus de temps, c’était évident depuis longtemps », a déclaré le premier ministre canadien la semaine passée. Le ton est posé, prudent et poli, mais froid.Plus critiques à l’égard de ses voisinsDire que les Canadiens portent moins les États-Unis dans leur cœur, ces temps-ci, est un euphémisme. Cela a été le cas toutes les dernières fois que leurs voisins ont porté au pouvoir un président républicain, mais la deuxième mouture du gouvernement Trump remporte vraiment la palme du désamour à cause de ses tarifs commerciaux, ses menaces d’annexion et autres outrances.La perte de popularité des États-Unis au Canada semble toutefois remonter à plus loin et dépasser les effets de la conjoncture. Dans les années 1980 et 1990, la proportion de Canadiens qui exprimaient une opinion favorable à l’égard du géant américain était toujours supérieure à 70 %, selon le centre canadien de recherche et de sondages Environics Institute. Aujourd’hui, c’est moitié moins.
Le cœur des Canadiens à l’envers
Le Canada est passé d’une confiance envers les États-Unis et d’une méfiance à l’égard du libre-échange à leur contraire.






