Le savoureux film de 2001, dans lequel une bimbo blonde prouve son intelligence en intégrant la fac de droit de Harvard, n’a pas si mal vieilli. Bien avant “Barbie”, et la visée commerciale en moins, il tentait avec humour de réconcilier féminisme et féminité. Elle Woods, incarnée par Reese Witherspoon dans « Legally Blonde », rayonnait de drôlerie, de blondeur et d’altruisme. MGM Par Caroline Veunac Publié le 07 juillet 2026 à 19h00 La Revanche d’une blonde revient sous la forme d’une série (Elle, sur Prime Video). En 2001, le film d’origine, l’histoire d’une poupée californienne prétendument écervelée briguant la fac de droit de Harvard pour gagner en respectabilité aux yeux du goujat qui lui a préféré une brune BCBG, était passé pour un petit pavé pop-féministe. Une révolution #MeToo plus tard, on s’attendait à ce que ce manifeste rose bonbon ait pris un méchant coup de vieux. Que nenni : à la revoyure, l’épopée d’Elle Woods, incarnée par la vrombissante Reese Witherspoon, dont la plasticité faciale concurrence celle de Jim Carrey, atomise en drôlerie et en sincérité le récent Barbie, sa pâle et réfrigérante copie. Savoureux, le film de Robert Luketic (disparu des radars, la mise en scène n’étant pas la matière forte de cette éloquente satire estudiantine) est innervé par l’humour potache de la comédie américaine des années 2000. Comment résister à la scène où Elle, pour prouver sa maîtrise du jargon juridique, répond doctement « I object » au dragueur lourd qui vient de la siffler ? Ou au fameux « courbé, cambré », savante contorsion physique, transmise de mère en fille pour hypnotiser ces poissons rouges de garçons ? « Si je veux devenir sénateur, je ne peux pas rester avec une Marilyn, il faut que je trouve ma Jackie », se justifie le lâcheur, lourdant notre héroïne au nom de la malédiction sexiste qui prête à la blondeur une crédibilité intellectuelle inversement proportionnelle au pouvoir sexuel dont elle est investie. Renvoyant dos à dos ce mépris anti-blondes, qui régnait à l’époque dans les blagues de comptoir, et l’intériorisation par la jeune femme elle-même du stéréotype de la ravissante idiote, le film, comme celui de Greta Gerwig, s’évertue dès lors à trouver le juste endroit de réconciliation entre féminité et féminisme. Gentillesse naturelle Pimpante anomalie sur un campus peuplé de poseurs blafards, Elle essaye de se fondre dans le décor en troquant son look de bimbo contre des gilets en laine. Mais c’est finalement sur des talons de 12 et fraîchement manucurée qu’elle triomphera, déployant dans un tribunal la supérieure intelligence qu’elle a faite sienne comme on apprivoise un superpouvoir. Et qui n’est pas qu’une affaire de Q.I. : Elle désarme ses adversaires parce qu’elle est équipée d’un cerveau… et d’un cœur. Contrairement à l’empowerment matérialiste et programmatique de l’égérie Mattel, le sien naît d’une gentillesse naturelle. Si le film est daté sur les questions de diversité et d’inclusivité, l’altruisme de cette chic fille entrouvre la voie. Elle déjoue les hiérarchies de classe en se liant d’amitié avec son esthéticienne (Jennifer Coolidge pré-White Lotus) ; la rivalité annoncée avec la simili-Jackie (Selma Blair évidemment) fond comme neige au soleil de son sourire ; et elle use de sa blonde influence pour redorer aux yeux des autres filles le sex-appeal d’un camarade un peu pataud… La Revanche d’une blonde préfigure la revanche des blondes, dont le succès de Taylor Swift est aujourd’hui la manifestation. Son héroïne au cœur d’or invite aussi tout un chacun à se laisser gagner par l’absence de cynisme de sa blonde intérieure. La revanche d’une blonde, sur Prime Video. Découvrir la note et la critique On a revu “She-Devil, la diable”, sur Amazon Prime… et sous la satire était caché un féminisme mordant Cinéma Cinéma américain Comédie Comédie romantique Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus Pour soutenir le travail de toute une rédaction, abonnez-vous Pourquoi voyez-vous ce message ? Vous avez choisi de ne pas accepter le dépôt de "cookies" sur votre navigateur, qui permettent notamment d'afficher de la publicité personnalisée. Nous respectons votre choix, et nous y veillerons. Chaque jour, la rédaction et l'ensemble des métiers de Télérama se mobilisent pour vous proposer sur notre site une offre critique complète, un suivi de l'actualité culturelle, des enquêtes, des entretiens, des reportages, des vidéos, des services, des évènements... Qualité, fiabilité et indépendance en sont les maîtres mots. Pour ce faire, le soutien et la fidélité de nos abonnés est essentiel. Nous vous invitons à rejoindre à votre tour cette communauté en vous abonnant à Télérama. Merci, et à bientôt. S’abonner