Le comédien Marc Messier, l’un des trois piliers de la mythique pièce de théâtre Broue, nous a quittés. Celui qui a aussi marqué l’imaginaire québécois au petit et grand écran en lançant « la dureté du mental » dans Les Boys et en enfilant un autre uniforme de joueur de hockey dans Lance et compte avait 78 ans.L’agence Goodwin a annoncé sa mort mardi par voie de communiqué.Si certains ont fait la connaissance de l’acteur et de son emblématique ton pince-sans-rire sur des patinoires et vestiaires à l’écran alors qu’il se transformait en Marc Gagnon (Lance et compte) et en Bob Chicoine (Les Boys), d’autres l’ont connu alors qu’il incarnait Réjean Pinard dans La petite vie. À l’écran, il a aussi notamment joué dans le film de Denys Arcand Jésus de Montréal (1989), dans la série Omertà II : La Loi du silence (1997) et dans les séries et le film Grande Ourse (2004, 2005 et 2009). Le tout sans compter ses participations aux Bye Bye de 1978 à 1981, de 1984 et 1985, puis finalement de 2018.Mais c’est indéniablement sur scène que Marc Messier a fait sa marque, et pas n’importe comment. En lançant Broue, la série de sketches ayant comme décor une taverne, au Théâtre des Voyagements en 1979 avec ses acolytes Michel Côté et Marcel Gauthier, Marc Messier — de son propre aveu dans des entrevues à travers les époques — ne s’attendait pas à un tel succès.Succès est d’ailleurs peut-être un terme léger pour décrire la pièce de théâtre qui est depuis devenue la plus applaudie de l’histoire du Québec. En 2006, Broue a même été récompensée d’un record Guinness comme elle est la pièce ayant eu le plus grand nombre de représentations avec la même distribution. Le trio a livré sa dernière performance de la pièce en 2017, après 38 ans et 3322 représentations.Au-delà de BroueSi son portfolio de rôle au théâtre est moins garni que celui au cinéma et à la télévision, sans doute en raison du temps que lui prenait Broue, il est tout de même de la distribution de la pièce culte Les voisins (1982) écrite par Claude Meunier et Louis Saia, un de ses grands amis et collègue de longue date qui a notamment cosigné Broue. Il est aussi de la partie pour l’adaptation en téléfilm de 1987.En 2017, Marc Messier troque l’humour pour le drame le temps de spectacle avec La mort d’un commis voyageur où il incarne un vendeur désabusé du rêve américain. Ça faisait partie de sa bucket list théâtrale post-Broue, tout comme la création d’un spectacle comique qu’il livrerait seul.Ce désir, il le concrétise en 2021 avec Seul… en scène !, un monologue où le comédien raconte sa vie et sa relation avec son ego, à mi-chemin entre spectacle d’humour à proprement parler et théâtre. Le comédien signe les textes du spectacle en étant épaulé par Louis Saia et Mani Soleymanlou, qui se chargeait également de la mise en scène.Né en août 1947 à Granby, Marc Messier aime le hockey et le baseball en étant plus jeune, mais tombe amoureux du jeu sur scène lors d’un cours au collège Monseigneur Prince où son professeur d’anglais demande aux élèves d’apprendre un monologue d’Hamlet.« J’avais récité ça devant les gars de la classe, dans un anglais laborieux, une petite récitation très scolaire, mais… j’ai comme perdu mon couvert ! Je m’étais lancé à genoux, j’étais là, en souffrance devant eux. Je suis parti dîner et j’avais l’impression d’avoir pogné quelque chose. Ce n’était pas tant le théâtre [qui le bouleversait à ce point] que de pouvoir sortir de moi-même, ce qui ne t’arrive pas souvent à 15 ans », racontait-il au Devoir à l’occasion du rodage de Seul… en scène !.Il réalise ses études en interprétation au Cégep de Saint-Hyacinthe. En 2010, l’institution collégiale lui décerne un diplôme honorifique pour souligner sa carrière.Au cours de cette grande carrière, Marc Messier a notamment été récompensé par des Prix gémeaux en 1987 (pour le Bye Bye 85), 1988 (pour Les voisins et la deuxième saison de Lance et compte), 1989 (pour la troisième saison de Lance et compte) et 2003 (pour souligner tous les comédiens de La petite vie).Il reçoit aussi la médaille d’honneur de l’Assemblée nationale en 2009 et est nommé officier de l’Ordre du Canada en 2023.