Le parquet général de la Principauté de Monaco a annoncé jeudi avoir identifié un suspect en lien avec l’explosion qui a blessé un magnat d’origine ukrainienne proche de la Russie et des membres de sa famille lundi.« Un mandat d’arrêt a été émis contre le suspect, lequel fera l’objet d’une notice rouge Interpol dès ce soir », a annoncé le parquet. Selon Le Figaro et BFMTV, l’individu qui a été vu sur les caméras de surveillance posant le colis piégé à l’origine de l’explosion serait une femme.Une conférence de presse aura lieu vendredi à 11 h 30 (5 h 30, heure de Montréal), donnée par le procureur général de Monaco, Stéphane Thibault.Un colis piégé posé à l’entrée d’un immeuble de Monaco a explosé lundi soir autour de 21 h, au moment où Vadim Ermolaev entrait dans le vestibule en compagnie de son fils et de sa conjointe. Sévèrement blessée, cette dernière est toujours dans un état critique. Le riche homme d’affaires et son fils de 13 ans ont aussi été touchés, mais leur vie n’est pas en danger.

Des rumeurs persistantesLes rumeurs se multiplient depuis lundi sur les motifs du suspect, plusieurs internautes évoquant notamment l’implication du gouvernement ukrainien dans la tentative d’assassinat.Une hypothèse que ne partage pas d’emblée Dominique Arel, professeur de politique à l’Université d’Ottawa et titulaire de la Chaire d’études ukrainiennes. « Ce n’est pas dans le modus operandi des services secrets ukrainiens », observe-t-il. Ces derniers ont déjà été impliqués dans des attentats punitifs contre des collaborateurs, mais ils étaient limités à la Russie, « ou dans les territoires occupés ». Pas dans un territoire comme la Principauté de Monaco.Le fait de s’en prendre en même temps aux proches d’Ermolaev lui semble aussi surprenant : « Ça détonnerait vraiment de la pratique des dix dernières années. Lorsque des attentats sont perpétrés contre des militaires ou des collaborateurs, c’est rarement, sinon jamais, [en impliquant] des dommages collatéraux, des civils. »Le « bataillon de Monaco »Vadim Ermolaev faisait partie de ce que les Ukrainiens appellent par dérision le « bataillon de Monaco », soit un groupe d’oligarques du pays qui ont fui au moment de l’invasion russe, en 2022, plutôt que de participer à l’effort de guerre.Blâmé par le gouvernement ukrainien pour ses liens persistants avec la Russie malgré la guerre, Vadim Ermolaev faisait depuis 2023 l’objet de sanctions promulguées par le Conseil national de sécurité (NSDC), suivant une décision du président Volodymyr Zelensky. « Il a commis, selon la loi ukrainienne, des crimes très graves, [soit] de collaboration avec l’ennemi, de continuer à faire affaire avec un des chefs de l’occupation », souligne Dominique Arel.Selon Le Figaro, ce sont surtout les investissements de Vadim Ermolaev dans le commerce d’alcool en Crimée qui lui ont attiré les foudres du gouvernement Zelensky. La loi ukrainienne interdisant l’importation de produits provenant des zones occupées, Ermolaev avait eu recours à un réseau de prête-noms et à des montages financiers illégaux pour poursuivre ses activités, collaborant activement avec Moscou.