Publié le 02/07/2026 10:34

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Jeudi 2 juillet, Sandrine Rousseau était l'invitée politique de franceinfo. La députée écologiste dit redouter un bilan de 10 000 morts causés par la canicule. Alors que son parti a déposé une motion de censure pour faire tomber le gouvernement de Sébastien Lecornu, elle considère notamment que depuis le premier pic de chaleur en mai, rien n'a été fait pour soutenir les Français.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.Alix Bouilhaguet : Sandrine Rousseau, vous faites partie de ceux qui ont évoqué un bilan de 10 000 morts dû à la canicule que nous venons de traverser. Est-ce que c'est une provocation puisque ces chiffres, à ce stade, n'existent pas ?Sandrine Rousseau : Tout porte à croire que le pic caniculaire que nous avons vécu et que nous allons continuer à vivre dans les jours qui arrivent sera supérieur à celui de 2003.Sauf qu'en 2003, Santé publique France avait mis plus de deux mois avant de parler de 15 000 morts. Là, à ce stade, ils ne parlent que d'un millier de morts, même si c'est effectivement un bilan provisoire.Absolument, mais dans deux ou trois mois, on verra quel est le bilan. Et ce que j'ai dit, c'est que je craignais, que ça atteigne 10 000 morts et je pense que ces craintes sont fondées. Mais j'espère avoir tort. Je ne sais pas comment vous le dire autrement. J'espère que ça n'atteindra pas ce chiffre. Ce que j'observe, c'est qu'on n'a eu aucune espèce d'annonce ni d'aménagement pour le premier pic caniculaire en mai. On n'en a pas eu davantage la semaine dernière. Et là arrive un nouveau pic et on n'a toujours pas d'annonce. On n'a toujours pas de décret permettant de modifier les horaires de travail pour que ce soit plus tôt le matin. On n'a toujours pas d'éléments sur les volets, même une cartographie des espaces frais et climatisés dans lesquels pourraient aller les personnes vulnérables. En fait, on n'a rien là. Donc, on va encore être dans le chacun pour soi et dans le système de la débrouille. Mais les gens sont vraiment à bout.Il ne faut pas spéculer sur le bilan, c'est ce qu'a dit hier Sébastien Lecornu. En affichant 10 000 morts, quel est votre objectif ?D'alerter sur la gravité de la situation, parce que je n'ai pas annoncé 10 000 morts, j'ai dit je craignais qu'on arrive à 10 000 morts. Je ne sais pas quels sont les chiffres que nous atteindrons à la fin. Mais je voudrais quand même dire à quel point la gravité de ce qu'on est en train de vivre me semble être complètement broyée par cette parole du Premier ministre. Le même Premier ministre qui n'a pas eu un mot d'empathie pour les Français, le Premier ministre qui n'a pas eu une mesure de protection, ce même Premier ministre qui est le Premier ministre d'un Président qui, lui non plus, n'a pas pris la parole en pleine crise sanitaire majeure. Les urgences sont débordées, les hôpitaux craquent, les personnes isolées sont en train de mourir.C'est pour ça que les écologistes ont déposé des motions de censure pour faire tomber le gouvernement. Vous n'êtes que 38 députés écologistes à l'Assemblée nationale. Il faut 58 députés pour pouvoir déposer une motion de censure. 13 députés insoumis seulement ont dit oui. Est-ce qu'ils vous lâchent sur ce sujet-là, les insoumis ?Non, j'ai eu la présidente de notre groupe, Cyrielle Chatelain, qui m'a dit que les signatures avaient été atteintes.Donc c'est-à-dire que vous pouvez dire, vous avez vos 58 députés, vous pouvez déposer cette motion de censure ?Oui, je ne vais pas regarder la liste en détail, mais on a de quoi déposer cette motion de censure, donc elle sera déposée.Elle sera déposée, donc débattue la semaine prochaine ?Probablement, oui.Le Rassemblement national a lancé un grand plan clim. D'abord, sur le principe, Marine Tondelier, la patronne des écologistes, affirme désormais que ce n'est ni un tabou, ni la solution à tout. Ça signifie que les Verts, sur cette question, ont fait un virage à 180 degrés ?Il faut arrêter avec ça. Là, on est dans un réchauffement climatique d'une ampleur, d'une rapidité que les pires prévisions avaient anticipée, mais qui est due à notre comportement, à notre incapacité à changer notre mode de consommation et de production. Et là, la seule réponse que nous avons est une réponse magique. On appuie sur le bouton de la climatisation et ça va. Mais il faut bien comprendre que là, dans le pic caniculaire que nous venons de vivre, il y a eu plus de 1 000 % de mortalité chez les poules dans les élevages. Plus, je crois que c'est 200 % parmi les élevages porcins. Il y a eu un effet sur la biodiversité absolument majeur, parce qu'il y a plein d'oisillons dans les nids, il y a plein de petits partout.Ce que j'ai compris, c'est que les écologistes ne sont plus désormais totalement hostiles à la climatisation, par exemple, dans les écoles. À Tours, le maire écologiste, Emmanuel Denis, a dû fermer des écoles malgré un plan de rénovation à 150 millions d'euros. Il a lui-même reconnu que 80 % des écoles ne sont pas adaptées aux vagues de chaleur. Ça veut dire quoi ? Parce que normalement, quand on est maire, on est en charge de rénover ces écoles.C'est dingue. On est en train de se dire que là, ce sont les écologistes le problème. Ça me terrifie sur notre analyse collective de la situation. C'est le capitalisme le problème, c'est le productivisme le problème, c'est la consommation de masse, c'est la production de masse. Alors oui, que le maire de Tours n'ait pas rénové les écoles d'une manière où on prévoit un pic de chaleur c'est possible, je n’en sais rien, je n’ai pas vu ces écoles-là. Mais en fait, le sujet, il est bien autrement que juste qu'est-ce qu'a fait le maire de Tours qui, par ailleurs, a quand même fait 150 millions d'euros pour rénover les écoles, ce qui n'est pas le cas de l'ensemble des maires de France. Et oui, nous sommes tous un peu dépassés de voir à quel point cette vague caniculaire met en danger toutes nos infrastructures. Le directeur d'EDF a dû gérer des pannes géantes dans le Sud-Ouest et dans l'Est. Le directeur de la SNCF qui a dû gérer des problèmes sur ses rails et qui annonce que les trains ne circuleront pas normalement la semaine prochaine. Donc oui, ça met tout notre système en tension. Alors oui, dans les écoles, il va sans doute falloir, quand il n'y a pas d'autres solutions, mettre quelques climatiseurs. Oui, sans doute. Parce qu'évidemment qu'on ne va pas laisser les enfants mourir de chaud. C'est évident. Mais le sujet, c'est véritablement un système capitaliste qui préfère un euro d'argent à la vie des humains. C'est ça le sujet aujourd'hui qui est face à nous et c'est un sujet majeur vertigineux.Vous avez surpris tout le monde en appelant les militants écologistes à ne pas voter le 1er juillet pour que Marine Tondelier, qui je le rappelle est la patronne de votre mouvement, soit la candidate du parti à la présidentielle. Vous appelez même les vôtres à "stopper le délire" avec elle.Non, le délire des candidatures à gauche. J'ai appelé à stopper le délire des candidatures à gauche. Je pense que dans un moment comme celui-ci, et je vais vous dire dans le désespoir qui est le mien, je vois aussi l'incapacité de la gauche à présenter une union qui serait à la hauteur de l'enjeu politique de 2027. Je parlais de cette espèce de consultation que nous avons en interne, où il n'y a qu'une seule réponse quasiment et c'est "oui" à la question : "Est-ce que vous voulez que Marine Tondelier continue ?" Et je dis aux militants et militantes de dire "non", pour qu'il y ait une espèce de réveil dans ce parti et qu'on envisage les choses autrement par des négociations et par une construction vraiment très importante de l'union avec tous les partenaires de gauche. LFI, comme le PS, mais aujourd'hui on s'enferme dans un tête-à-tête avec le PS.Mais on sent bien dans ce que vous dites que pour vous, le meilleur des candidats à gauche, c'est Jean-Luc Mélenchon.Aujourd'hui, regardez les sondages, il est en premier. Mais surtout, pour moi, il y a autre chose. C'est que malgré les désaccords que je peux avoir avec lui sur la politique étrangère par exemple, il y a chez lui une volonté de rupture d'avec ce système productiviste qui aujourd'hui nous envoie à la mort, à une vitesse qui défie l'entendement. Et nous, nous sommes une espèce qui ne réagit pas face à cela parce que nous préférons nos modalités de réalisation de profit, à tout autre chose. Je ne sais pas comment nos enfants regarderont cette période, mais sans doute nous accuseront-ils quand même d'avoir été incompétents et inconséquents dans la période.Vous dites que vous ne partagez pas tout avec Jean-Luc Mélenchon. Il est visé par une plainte pour apologie du terrorisme. Il y a plusieurs victimes franco-israéliennes qui l'accusent d'avoir banalisé les massacres du 7 octobre en contestant leur qualification d'acte terroriste. Est-ce que ça, ce n'est pas un frein pour vous ?Je l'ai dit à chaque épisode. J'ai dit que je désapprouvais la manière dont on parlait du 7 octobre et des paroles qui ont blessé et qui ont été vraiment compliquées pour toutes les personnes juives qui se sentent agressées et véritablement discriminées dans ces paroles. Je le redis ici. Pour moi, ça fait partie des choses sur lesquelles on doit discuter, bien entendu.Mais ça reste le meilleur candidat à vos yeux ?Dans mon parti, il y a eu des affaires de violences sexuelles et ça n'a pas du tout été correctement géré. Au Parti socialiste, on a fait l'histoire du retour et de la double peine. On a des problèmes sur les valeurs que nous affichons et nous avons chacun des arrangements avec ces valeurs qu'il va falloir poser sur la table. Donc, je ne vois pas pourquoi il y a cette espèce de concentration sur toute parole, sur tout geste de Jean-Luc Mélenchon, mais qu'on pardonne tout le reste.En tout cas, vous ne comptez pas aller au bout de la logique et quitter les écologistes pour rallier les insoumis ?Moi, je veux que le parti des écologistes parle avec les insoumis pour trouver un accord comme on parle avec le PS. Maintenant, je vais vous dire, si c'est impossible, je prendrai mes responsabilités.Ça veut dire quoi ?Ça signifie que je voudrais qu'il y ait un vote de la base des écologistes.Ça veut dire quitter les écologistes ?Aujourd'hui, la seule chose qu'il y a sur la table, c'est une motion visant à me virer moi, ce qui est quand même incroyable. Me virer parce que j'aurais dit qu'il fallait revoir la stratégie des écologistes. Donc non, je ne vous annonce pas mon départ des écologistes aujourd'hui. Je vous dis juste que je voudrais que les écologistes soient à la hauteur de la situation et que nous discutions avec tous les membres de la gauche.Marine Le Pen a estimé qu'il ne serait pas possible pour elle de faire campagne avec un bracelet électronique. Est-ce que ça vous aurait choquée si elle l'avait fait en cas de décision de la cour d'appel qui lui permettrait naturellement de se présenter à l'élection présidentielle ?Ce qui me choque, c'est qu'on envisage même la possibilité qu'il y ait une candidature avec un bracelet électronique, c'est-à-dire avec une peine qui, normalement, est d'emprisonnement, qui a été commuée en peine avec bracelet électronique, suite à des détournements massifs et majeurs d'argent public, donc de nos impôts, et que cette personne puisse être un jour Présidente de la République.