Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Nouvelle-Calédonie Nouvelle-Calédonie Nouvelle-Calédonie Éditorial Le Monde Les Loyalistes, d’un côté, les indépendantistes du FLNKS, de l’autre, sont sortis confortés des élections provinciales dans l’archipel, dimanche. Deux ans après l’insurrection, c’est comme si les barricades l’avaient emporté, empêchant le territoire de se projeter dans l’avenir. Publié aujourd’hui à 11h00 Temps de Lecture 2 min. Après une campagne morose, le triste résultat est là. Les élections provinciales en Nouvelle-Calédonie ont conforté, dimanche 28 juin, les deux blocs politiques, dont la lutte, aussi radicale que scénarisée, empêche le territoire de se projeter dans l’avenir. D’un côté, les Loyalistes, alliés à la droite républicaine, qui vont continuer de diriger la riche province Sud ; de l’autre, le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), qui veut conserver la direction du mouvement indépendantiste. Deux ans après l’insurrection qui a mis le territoire à genoux, c’est comme si les barricades l’avaient emporté. Incapables de s’unir, les modérés, indépendantistes ou non, ont été laminés. Les 192 500 électeurs néo-calédoniens se sont fortement abstenus (36,3 %) dans ce scrutin pourtant décisif – il en découle le Congrès et le gouvernement local. La politique « bloc contre bloc » ne pourra résoudre l’exceptionnelle crise économique et sociale de la Nouvelle-Calédonie, ni conduire le territoire français, inscrit sur la liste des pays à décoloniser de l’Organisation des Nations unies, à forger son nouveau statut. Partenaire du processus de décolonisation en cours, l’Etat peut ainsi reprocher aux acteurs néo-calédoniens leur incapacité à s’élever à la hauteur des enjeux, alors que leurs aînés ont signé les accords de Matignon, en 1988, et de Nouméa, en 1998, pour un « destin commun ». Peur, lassitude, colère Mais, en enchaînant erreurs et partis pris, en laissant flou le but à atteindre, le président de la République, Emmanuel Macron, a contribué à rendre le compromis impossible. Au soir du référendum sur l’indépendance fin 2021, il déclarait : « La France est plus belle car la Nouvelle-Calédonie a choisi d’y rester. » Mais les électeurs du FLNKS n’avaient pas voté. Le premier ministre, Edouard Philippe, préconisait de différer la consultation, décidée par le ministre des outre-mer, Sébastien Lecornu. Et le subtil accord de Nouméa ne concluait ni à l’indépendance ni à la Nouvelle-Calédonie française, à l’issue des référendums prévus, mais à une réunion des partenaires pour « examiner la situation ». La nécessaire impartialité de l’Etat est rompue quand Sonia Backès, cheffe des Loyalistes de Nouméa, devient secrétaire d’Etat à la citoyenneté en 2022. Et la crise annoncée, quand, en 2023-2024, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, pousse le projet cher à la droite de dégeler le corps électoral spécial calédonien. Hors de tout accord politique, dans cette ancienne colonie de peuplement, cela revient à déclarer la guerre aux Kanak. L’arrivée du texte à l’Assemblée sert de détonateur aux violences, à Nouméa, le 13 mai 2024. Une fois le dialogue renoué en 2025, après avoir laissé le ministre des outre-mer, Manuel Valls, travailler sur une perspective d’Etat associé, Emmanuel Macron lui reproche d’aller trop loin, cédant à la droite, une nouvelle fois. Le chef de l’Etat, souhaitant boucler le dossier avant 2027, va à l’inverse qualifier trop vite d’« accord historique » le compromis arraché en juillet 2025 à Bougival (Yvelines). Ce projet de nouvel Etat dans la République devait pourtant être précisé. Le FLNKS l’a refusé. Le gouvernement l’a maintenu, jusqu’à son rejet au Parlement. La peur a motivé, dimanche, l’électorat loyaliste, traumatisé par les violences de 2024. Tout aussi mauvaises conseillères, la lassitude ou la colère expliquent l’abstention. Le gouvernement peut toujours afficher son volontarisme, la confiance est rompue. Et c’est un risque de reprise de la violence que pourrait affronter le prochain locataire de l’Elysée. Le Monde
Nouvelle-Calédonie : les périls d’une politique « bloc contre bloc »
ÉDITORIAL. Les Loyalistes, d’un côté, les indépendantistes du FLNKS, de l’autre, sont sortis confortés des élections provinciales dans l’archipel, dimanche. Deux ans après l’insurrection, c’est comme si les barricades l’avaient emporté, empêchant le territoire de se projeter dans l’avenir.














