Publié le 29/06/2026 20:06
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Agnès Buzyn, ancienne ministre des Solidarités et de la Santé, présidente d’Evidences, est l’invitée de "Tout est politique", lundi 29 juin.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.L'ancienne ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, est l'invitée de Tout est politique, lundi 29 juin. Elle revient notamment sur l'épisode caniculaire qui vient de frapper la France. Franceinfo : Agnès Buzyn, vous êtes notre invitée ce soir, ancienne ministre de la Santé. Sébastien Lecornu a pris la parole tout à l'heure en ouverture du nouveau comité interministériel de crise. Il a fait une sorte de bilan de l'épisode caniculaire que nous venons de traverser : 11 jours de canicule, qu'il a comparée avec la canicule de 2003. (...) Les Ehpas ont tenu et il y a une surmortalité à domicile. Pour vous, est-ce que c'est une des premières conclusions que l'on peut tirer déjà ce soir, après cet épisode caniculaire ?Agnès Buzyn : Je n'ai pas évidemment les chiffres du ministère de l'Intérieur ou du ministère de la Santé, n'étant plus en fonction. Effectivement, les Ehpad ont tiré la leçon de 2003. La loi les oblige à avoir une pièce climatisée pour rafraîchir et refroidir les résidents toute la journée. Ils sont mis dans cette pièce, qui est souvent le restaurant ou la salle d'événements, et qui leur permet de ne pas passer toute la journée avec des températures très élevées. Or, évidemment, ces mécanismes de climatisation, nous ne les avons pas à l'échelle individuelle. Or, la population française a vieilli. Tout le monde souhaite vieillir à domicile, au maximum. Les gens sont de plus en plus isolés, les familles sont loin. En réalité, il y a cette démographie française qui fait qu'il y a de plus en plus de personnes âgées, isolées et au domicile. Et c'est là où, quelque part, c'est les limites de l'action de l'État, je dirais. Il faut que les collectivités, les voisins, tous, nous, citoyens, nous ayons un geste de solidarité. Parce que certes, nous souffrons tous à l'échelon individuel, mais les personnes vulnérables, les personnes isolées, les personnes à mobilité réduite qui ne peuvent pas descendre des escaliers, aller faire leurs courses, se rafraîchir dans une boutique, elles vont accumuler, jour après jour, ce réchauffement et risquent de mourir à domicile. C'est ce que dit Sébastien Lecornu.Mais comment expliquer, puisque vous dites que les leçons de 2003 ont été tirées dans les Ehpad, sachant qu'il y a 10% des plus de 75 ans qui sont en Ehpad seulement. Comment expliquez-vous qu'on ait le réflexe que pour 10% de la population, et qu'il n'y ait pas eu une espèce [de plan], comme il n'y a pas de plan sur la grande dépendance, comme il n'y a pas de prévision, alors que vous venez de le dire, on le sait, on connaît la démographie (...). C'est parce qu'on a si peu d'argent depuis si longtemps ?Il y a eu, au-delà évidemment de la climatisation des Ehpad, une mobilisation tous les étés dans les ministères, avant chaque été, pour mobiliser tous les acteurs, que ce soient la Croix-Rouge, les caisses d'action sociale, les collectivités territoriales, les SAMU. (...) Les collectivités sont censées, notamment les mairies, avoir le nom des personnes âgées isolées. Mais bon, à l'échelle d'une ville comme Paris, on voit bien la limite, en fait, de ces dispositifs. Ça va dans des villages... Moi-même, j'ai vécu un certain nombre de canicules en étant ministre de la Santé. Je me suis déplacée avec les agents associatifs, les agents de mairie qui allaient donner des bouteilles d'eau à domicile. Ça existe, mais face à un épisode caniculaire qui va en plus s'accélérer et augmenter en intensité, on a un enjeu de gérer les crises collectivement.Mais c'est colossal, en fait, parce qu'on voit bien que là il y a un certain nombre de personnes. Alors, on n'a pas encore le chiffre ce soir, on va l'avoir dans les jours ou les semaines qui viennent. Mais ce sont des gens, pour un certain nombre d'entre eux, qui ne peuvent pas se mouvoir, qui vont être âgés, à mobilité réduite ou handicapés, etc., qui sont dans leur logement. On appelle ça des bouilloires thermiques, et le terme est à peine exagéré, puisque ce sont des appartements où il a fait plus de 35 degrés, et où il y a des gens qui sont morts chez eux parce qu'il fait trop chaud. Et on peut leur apporter des bouteilles d'eau, je ne sais pas si ça aurait changé grand-chose... Vous avez raison, et c'est monstrueux. C'est abyssal, l'angoisse que ça procure, parce qu'on sait bien qu'en fait, on n'est pas face à une crise climatique, on est face à un changement climatique profond. On n'est pas dans une crise parce qu'on ne va pas revenir à l'état antérieur. Le retour à l'état antérieur aujourd'hui paraît impossible. Et donc, on est face à ce changement climatique qui chapeaute notre société et qui entraîne, en fait, des crises multiples. Aujourd'hui, c'est la canicule. Mais on voit bien qu'on peut avoir des crises alimentaires, que ça va avoir un impact sur l'agriculture. On voit bien que ça entraîne des crises migratoires, que ça a un impact également en termes de crises politiques, que ça met en tension les réseaux EDF. On a une électricité décarbonée, certes, mais on a un réseau qui souffre de la chaleur. La fibre souffre de la chaleur. Nos trains souffrent de la chaleur. Donc, en réalité, ça entraîne une crise systémique qui va bien au-delà simplement de la gestion des personnes âgées à domicile. On est face à un enjeu de gestion d'une crise bien plus large, sur une durée qui va évidemment être prolongée, puisque le changement climatique ne va faire qu'augmenter, au moins dans les dizaines d'années qui viennent. Et donc comment, face à ce qu'on appelle un système de multi-crises qui s'auto-alimentent les unes les autres, en réalité, qui sont interconnectées, un gouvernement fait face, comment une société fait face, comment on construit collectivement une résilience ? C'est ça, l'enjeu.






