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RécitEn 2003, une vague de chaleur inédite frappe la France en plein mois d’août, alors que le gouvernement est en vacances. Elle fera 15 000 morts. Si ce choc sanitaire a transformé le système d’alerte et la prise en charge des maladies liées à la chaleur, la France n’en a pas tiré de leçons quant à sa nécessaire adaptation au changement climatique.

Vingt heures, lundi 11 août 2003. La chaleur écrase la France depuis une semaine, il fait 35 °C à l’ombre à Paris, et la température ne redescend plus beaucoup la nuit. Les hôpitaux sont débordés et les pompes funèbres ne vont pas tarder, elles aussi, à alerter : on leur amène des morts par centaines, en majorité des personnes âgées. Apparaît alors, au journal télévisé de TF1, une image qui incarnera la gestion politique de cette crise : le ministre de la santé, Jean-François Mattei, en polo noir froissé, est interrogé en duplex depuis le jardin arboré de sa résidence du Var. Tout le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin est en vacances : seule Roselyne Bachelot, la ministre de l’écologie, a été renvoyée à Paris le même jour.

Un polo peut-il suffire à décrédibiliser l’action gouvernementale ? L’image frappe en tout cas la presse, qui note le décalage entre l’allure décontractée du ministre et le fait que, depuis la fin de la semaine précédente, les médecins alertent sur l’engorgement des services d’urgence. « On n’a jamais vu ça ! », s’est écrié Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes hospitaliers de France, qui parle d’« hécatombe » dans l’édition du dimanche du Parisien. « Les plus fragiles tombent comme des mouches, ajoute-t-il, et les autorités sanitaires, direction générale de la santé [DGS] en tête, ne prennent pas la mesure de la gravité de ce qui se passe. » L’opposition, emmenée par le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, tape à bras raccourci, accusant le gouvernement d’être « passif et inerte ».