Publié le 26/06/2026 22:19
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France Télévisions
Vendredi 26 juin, Jean-Marc Jancovici, ingénieur président de "The Shift Project", était l'invité du 20h de France 2.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.Laurent Delahousse : Jean-Marc Jancovici, qu'avons-nous été pendant des années ? On a été sourds, on a été un petit peu lâches aussi ?Jean-Marc Jancovici : À mon avis, il y a eu deux choses qui se sont passées. La première, c'est qu'on est tous un peu comme Saint Thomas. C'est très difficile d'avoir peur de quelque chose qui ne s'est jamais produit. On peut avoir peur d'un incendie, on a déjà vu. On peut avoir peur d'une chute, on a déjà vu. Un climat qui se réchauffe de façon globale, on n'avait jamais vu, donc c'est difficile d'en avoir peur. Et le drame de cette affaire, c'est que ce qui cause actuellement nos malheurs, c'est ce qui a fait notre bonheur avant, c'est les fameux combustibles fossiles qui ont fait notre pouvoir d'achat, la société de consommation, la liberté de se déplacer. Et c'est compliqué, tant qu'on n'a pas vu les conséquences, de renoncer à ça. Donc, c'est ça qu'on est en train de voir en ce moment.On vit aujourd'hui quoi ? La pire des projections que vous aviez envisagées ?Moi, je n'avais envisagé aucune projection parce que je ne suis pas climatologue. Les spécialistes ont toujours dit qu'ils étaient capables de caractériser la tendance. Maintenant, à quel moment précisément on aura une vague de chaleur, ça, ils ne sont pas capables de le dire parce que le système est trop chaotique pour ça. On est plutôt dans le haut de la fourchette actuellement en termes de vitesse de réchauffement. Mais malheureusement, ce qu'il faut comprendre, c'est que demain, ça sera encore plus chaud.Ça veut dire que je dis quoi à ma fille qui a 10 ans ce soir ? Je lui dis : "Écoute, la planète elle est foutue, mais on peut faire quelques efforts pour lui limiter le pire qui arrive quand même" ?Pardonnez-moi d'être un peu taquin, mais à votre fille vous pouvez lui dire : "Tu sais, papa va se mettre à parler un peu plus du sujet, de telle sorte qu'on s'en occupe un peu plus".On en parle beaucoup en tout cas, et notamment en magazine, mais vous avez probablement raison, peut-être qu'on devrait encore en parler plus.Oui. Et puis vous savez, à la fin de ce journal, vous allez parler de quelqu'un qui va faire découvrir l'avion. L'avion est un contributeur aux émissions. Juste avant le journal, il y a eu une fenêtre publicitaire. La publicité nous encourage à consommer.Vous pensez sincèrement que depuis quelques années la prise de conscience médiatique, journalistique, elle a été pas inflationniste par rapport à cette crise ?Le journalisme nous ressemble quelque part. Donc il porte nos contradictions. Et vous voyez, en une heure de temps, on va avoir nos contradictions. Consommer plus, mais quand même, on va avoir les canicules avec. Mais quand même, l'avion, c'est sympa. C'est ça le drame de cette affaire. Alors, il y a quand même des gens qui, eux, sont chargés de démêler un petit peu nos contradictions normalement. C'est les gens à qui on donne les clés du pouvoir.Est-ce que c'est la fin, selon vous, comme c'est véritablement sous nos yeux, la fin d'un déni d'une partie de la classe politique ? Depuis quelques jours, on entend une forme de radicalité. C'est le tout climatisation d'un côté. Et l'autre côté, on entend également, et notamment du côté de LFI, qu'il faut arrêter le nucléaire. Est-ce que ça se passe comme ça ? Est-ce que c'est une vision populiste ou finalement réductrice ?Ça illustre aussi nos contradictions. D'un côté, on n'a pas compris que l'énergie, c'était le pouvoir d'achat. Donc on pense qu'on peut favoriser à la fois le pouvoir d'achat et sortir du nucléaire. Et de l'autre côté, on pense qu'on va pouvoir climatiser les nids d'hirondelles, les arbres, les fleuves, les champs de blé et les infrastructures et les rails qui se tordent et les machines qui déraillent en ce moment parce qu'il fait trop chaud. Non, on ne peut pas tout climatiser, donc évidemment que ça fait partie des solutions, qu'il y a un certain nombre d'endroits où la question ne se pose pas. Comme vous l'avez très bien montré juste avant dans vos sujets, on peut faire moins de climatisation à l'électricité en faisant plein d'autres choses : les volets, les films, peindre les toits en blanc, etc. Il n'y a pas de petits projets. Tous les petits gestes peuvent s'accumuler ?Ce qui est très difficile pour nous aujourd'hui, c'est de comprendre que le monde est fini, et donc il va falloir qu'on accepte des limites collectivement, et savoir ce qu'on décide collectivement sur la façon de s'organiser, qui doit prendre quelle part à l'effort, qui doit recevoir quoi. Il faut qu'on accepte de mettre ce système, le fait qu'on vit sur une planète finie, profondément ancré dans nos programmes pour l'avenir.Les Français ont compris qu'il n'y avait pas que la France, que la crise actuelle, elle était planétaire. Si les scientifiques les plus puissants de la planète prennent leur téléphone, ils appellent aujourd'hui Xi Jinping, Donald Trump, le Premier ministre indien, et qui leur disent : "Écoutez, il faut faire quelque chose". Ils ne seront pas entendus, ils ne sont pas entendus. On ne peut pas réagir, nous, et laisser finalement les autres continuer à faire brûler la planète.Il y a deux choses qu'on peut faire dans ce pays. La première qu'on doit faire, c'est déjà devenir plus robuste face à un climat qui va changer de toute façon, qui a déjà changé et qui va continuer à changer. Ça, c'est ce qu'on appelle l'adaptation. Et c'est partout. Donc effectivement, c'est un peu de clim, c'est beaucoup d'autres choses. Il faut revoir nos infrastructures, il faut revoir nos installations productives, il faut revoir nos modes de déplacement, il faut revoir notre agriculture, etc. Donc ça, ça va demander un effort constant, ça va demander des moyens.Que nous n'avons plus. Si, on en a. On les affecte à autre chose. En ce moment, on affecte des moyens à d'autres projets. On pourrait éventuellement changer les arbitrages. Ça s'appelle de la politique. Et puis par ailleurs, il va falloir diminuer les émissions. Et il se trouve qu'en Europe, on a malheureusement une très bonne raison de le faire, c'est qu'on est dos au mur sur la consommation de combustibles fossiles, qu'on importe en totalité, et qu'ils vont devenir de moins en moins disponibles pour nous. De toute façon, c'est déjà le cas. Rappelez-vous du détroit d'Ormuz, c'est un petit avant-goût de ce qui, de toute façon, est inscrit dans la géologie. Donc nous, on n'a pas le choix, mais il y a une très bonne nouvelle pour notre pays, c'est qu'on est dans un pays créatif, et donc l'adversité, historiquement, il y a des fois où ça nous a plutôt réussi.Je parlais de nous, mais je vous parlais des autres. La Chine, les États-Unis, ils s'en foutent complètement actuellement ?Le débat existe chez eux comme chez nous. Donc ça dépend du locataire du moment. Cela étant, la Chine a un plan de long terme. On peut les critiquer sur beaucoup de plans, mais ils ont des plans de long terme et ils s'y tiennent. Donc aujourd'hui, c'est le premier pays qui développe le solaire, le premier pays qui développe l'éolien, le premier pays qui développe les modes de transports électriques, le premier pays qui développe le nucléaire, le premier pays qui développe l'hydroélectricité, avec quelquefois quelques petits dégâts environnementaux collatéraux. Mais ils avancent. Et aux États-Unis, vous avez plein d'investissements aussi dans la décarbonation qui ont survécu à l'arrivée de Trump.J'ai consulté ChatGPT. Quand on pose la question sur cette fin du monde à l'IA, et qu'on lui pose cette question, de savoir ce que doit faire l'humanité finalement pour s'assurer un futur sur la planète, la réponse est de passer d'une logique de domination à une logique de cohabitation. Ce n'est pas trop tard ?Ou de coopération. Non, il n'est jamais trop tard. Pour prendre un parallèle médical, qui vaut ce qu'il vaut : si vous avez fumé vingt ans, c'est toujours le bon moment de vous arrêter de fumer. Donc non, il n'est pas trop tard. Oui, aujourd'hui, les temps sont difficiles, mais on a encore beaucoup de choses à faire pour que demain ce soit quand même plus sympathique.






