Publié le 26/06/2026 20:08
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Jérôme Guedj, député PS de l’Essonne et candidat à la présidentielle, est l’invité de "Tout est politique", vendredi 26 juin.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.Jérôme Guedj, candidat à la présidentielle et député PS de l’Essonne, est l’invité de Tout est politique, vendredi 26 juin. Il réagit à l'actualité Franceinfo : (...) Jérôme Guedj, vous êtes député socialiste de l'Essonne et candidat à la présidentielle – via une primaire ou pas, on n'y comprend plus rien – mais heureusement, Antoine Oberdorff qui suit mieux que moi toutes ces questions pour l'opinion, va vous poser toute une série de questions sur 2027. Mais d'abord cette canicule : 5 700 morts, on s'en souvient, à l'été 2025, lors de la précédente vague de chaleur. Tout le monde évidemment redoute une surmortalité. Vous, qu'est-ce que vous voyez chez vous, dans l'Essonne ? J'imagine que vous avez fait le tour des Ehpad, des hôpitaux dans votre circonscription. On a vraiment l'impression qu'on est presque au-delà de la saturation, qu'on est dans la submersion.Jérôme Guedj : Moi, je vais vous dire, mon inquiétude, elle s'appuie sur le traumatisme que j'ai vécu en 2003, la première canicule, celle qui nous est tombée dessus par surprise, parce que des réflexes d'évidence aujourd'hui : s'hydrater, parce qu'on sait que notamment chez les plus vulnérables, chez les personnes âgées, le réflexe de satiété n'existe pas. Mon inquiétude, c'est quand on va rouvrir des portes et de savoir si, comme en 2003, où c'était principalement à domicile, les choses se sont mal passées.La ministre de la Santé l'a dit, elle redoute, elle anticipe déjà.Parce que s'il y a une chose qui s'est considérablement améliorée, vous parliez des Ehpad, les Ehpad aujourd'hui n'ont rien à voir avec la situation de 2003.Ça, c'est le gros progrès qu'on a fait depuis 20 ans ?Ça s'est incontestablement amélioré, il y a eu de la rénovation bâtimentaire. Il y a eu un peu plus de personnel dans les Ehpad...Ils ne sont pas tous climatisés ? Non, ils ne sont pas tous climatisés. Il y a, par contre, tous, normalement, des pièces rafraîchies. Mais aujourd'hui, je suis moins inquiet. Ce qui m'inquiète, c'est des patients fragiles qui vont décompenser et qui, à leur domicile, vont avoir une rupture dans l'accompagnement en termes de soins, etc. Donc ça, c'est le drame de l'isolement. On avait eu une alerte au moment de la crise Covid, où on s'est tous rendu compte, puisqu'on était tous confinés, des ravages de l'isolement. Et mon "énervement", je le dis avec des guillemets, ma colère par moments, c'est qu'on n'a pas changé de braquet dans une politique ambitieuse de prévention et de lutte contre l'isolement des plus vulnérables.La mobilisation générale qui est sonnée, vous avez vu, la protection civile est mise à contribution, les postiers sont mis à contribution, on a interdit l'alcool, on a interdit les manifestations, le Solidays, la marche des fiertés, on dit il faut aller voir ce qui se passe chez le voisin. Est-ce que c'est un sursaut salvateur de fraternité ou l'aveu d'impuissance d'un gouvernement ?D'abord, il y a deux sujets dans votre question. D'abord, ne pas saturer le système hospitalier et c'est de bonne intelligence, même si c'est un crève-cœur. Mon fils n'est pas content parce qu'il m'a dit : "Je ne peux pas aller à Solidays, papa." Oui, mais on ne peut pas prendre le risque de saturer les lignes hospitalières. Il fallait le faire. Après, il y a le sujet en amont qui est la manière dont la société intègre les enjeux de soins, de la bienveillance, du care, etc. Si à chaque fois on compte sur des réflexes spontanés, c'est ce qui s'est passé au moment de la crise Covid. L'inquiétude que j'ai mentionnée tout à l'heure, en 2003, quand j'ai travaillé sur la crise Covid, mon inquiétude c'était : "Il y a des gens qui vont rester sur le carreau." Il y a eu des solidarités spontanées qui ont fonctionné. Et le drame, c'est qu'on ne les a pas structurées au lendemain de ça. Je vais vous prendre deux exemples. Aujourd'hui, vous avez mentionné la ministre, je parlais avec elle tout à l'heure, je suis dans l'hémicycle sur le texte sur la fin de vie, et je parle avec la ministre en charge sur la perte d'autonomie, elle lui dit : "Oui, en effet, on va mobiliser les postiers." Ça fait des années qu'on demande, que moi je demande avec d'autres, j'ai déposé une proposition de loi, qu'on confie par la loi, aux postiers, la mission de repérage des fragilités. L'ancien directeur de la Poste, Philippe Wahl, défendait cette idée, que ce soit une des missions obligatoires de la Poste que de faire ce fameux "aller-vers" et d'aller au contact. Deuxième acteur qui n'est pas encore mobilisé : les gardiens d'immeuble. Il y a 70 000 gardiens d'immeuble au moment de la crise Covid sans que ce soit prévu par quoi que ce soit. Spontanément, ils ont fait le boulot. Si aujourd'hui, on n'intègre pas qu'il y ait des gens qui sont en première ligne, mais dont on doit assurer la pérennité de la mission. Mais c'est ce qui est fait quand même, c'est l'élan qui est donné.Mais attendez, c'est un élan dans l'urgence. On n'a pas structuré, je vais vous le dire, alors je plaide pour ma boutique : à l'issue de la crise Covid, j'ai remis un rapport à l'époque à Olivier Véran pour construire une politique pérenne de lutte contre l'isolement. Je me rends compte d'ailleurs que dans le débat présidentiel, il y a plusieurs acteurs qui s'emparent, Marine Tondelier a bien fait d'en parler, François Hollande fait bien d'en parler, les communistes en parlent, etc. C'est un fléau social et ce n'est pas un problème de solidarité familiale. Parfois, elles n'existent pas. Donc, ça nécessite une politique publique. Et une politique publique, c'est une impulsion, c'est un plan d'action, etc. Il n'existe pas. J'illustre ça par un exemple. Depuis la canicule de 2003, on s'était rendu compte justement des personnes isolées, et une loi en 2004 a obligé les communes à avoir ce qu'on appelle un registre canicule, c'est-à-dire des personnes qui spontanément viennent s'inscrire pour qu'en période exceptionnelle, les services de la ville, les appellent, aillent les voir. Au moment de la crise Covid, je me suis rendu compte que ces registres n'étaient pas assez alimentés puisque ceux qui vont s'inscrire, d'une certaine manière, ce sont ceux qui ont déjà l'habitude de fréquenter les services publics. Donc j'avais suggéré une idée qui n'était pas révolutionnaire : ceux qui connaissent des gens qui sont fragiles, il faut qu'ils partagent l'information. Qui connaît les gens fragiles ? Les départements. Les départements versent des prestations, l'allocation personnalisée autonomie, 800 000 personnes à domicile, la prestation de compensation du handicap. Ce sont des gens qui ont besoin d'accompagnement, parce qu'ils sont en perte d'autonomie. On a fait voter en 2024 dans la loi Bien Vieillir, c'est un amendement que j'avais déposé, la mesure pour que les départements soient obligés de partager les fichiers avec. Mais le décret d'application n'a pas été pris. C'est-à-dire que c'est un truc qui, depuis le Covid-2020, tout le monde était d'accord pour dire que c'est du bon sens, il faut qu'on puisse alimenter ces registres canicules pour que les communes puissent mobiliser la protection civile, les pompiers, les associations, les gardiens d'immeuble, les facteurs avec la liste des personnes qui sont vulnérables.Et c'était qui le Premier ministre à l'époque qui l'a pas signé ce décret ? La faute à qui ?La loi a été prise en 2024. Les ministres successifs, c'est une sombre histoire de CNIL, de partage d'informations, etc. Mais vous voyez bien qu'on a là un outil de bon sens qui ne coûte pas un kopeck. Je ne veux pas jeter la pierre, ce que je veux dire, c'est que si on n'a pas une politique ambitieuse de lutte contre l'isolement, de mobilisation de tous les acteurs, pardon, vous avez évoqué ma candidature à l'élection présidentielle. Ça, c'est des sujets dont on parle en situation de crise. La question des vulnérabilités et de la dignité de l'accompagnement des personnes vulnérables, pour moi, c'est un sujet qui est au cœur d'un projet de présidentielle. Voilà, je veux le porter et pas uniquement parce qu'il y a une crise sanitaire en ce moment, mais on devrait l'évoquer toute l'année. Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité






