Une carte blanche de Frabrice Brion, CEO de la licorne wallonne I-Care.Le résuméFabrice Brion (I-care) critique l'idée d'inclure les actions d'entreprises dans la taxe sur le patrimoine proposée par Yvan Verougstraete.Il plaide pour augmenter les recettes publiques en stimulant la croissance, via une union entre politiques, recherche, finance et entrepreneurs.Pour lui, comme pour Fabien Pinckaers (Odoo), un fondateur de licorne peut être peu liquide, et une telle taxe pourrait les pousser à vendre leur entreprise ou à s'exiler.Nous sommes le 07 janvier 2020 et le covid n'est encore qu'une petite grippe au fin fond de la Chine. Je suis invité pour la première fois à participer à la cérémonie du Manager de l'année 2019. Dans le public bien sûr, pas sur la scène. Le vainqueur est Yvan Verougstraete. Un entrepreneur que j'admire. Ce soir-là, c'est lui qui m'a donné envie de devenir un jour manager de l'année.Retour en juin 2026. Je suis manager de l'année depuis le 07 janvier 2026. Yvan Verougstraete est député européen et président des Engagés. Je l'admire toujours. Je suis d'accord avec lui, les épaules les plus larges, manière polie de parler des riches, doivent contribuer à l'effort d'assainissement budgétaire. Mais je pense qu'il se trompe de cible en incluant les actions de sociétés dans la base d'imposition de sa proposition de taxe sur le patrimoine.Pour moi, il se trompe, au moins, à 3 niveaux:1) L'union fait la force.Pour maintenir notre modèle social, auquel je tiens par-dessus tout, l'État n'a pas d'autres choix que d'augmenter ses recettes. Or, les recettes de l'État représentent majoritairement un pourcentage des revenus. Des revenus des entreprises, des revenus des travailleurs, des revenus de la consommation (TVA). Je suis toujours effaré que, pour augmenter les recettes, le monde politique ne pense qu'à augmenter ce pourcentage. Je pense que nous atteignons aujourd'hui des niveaux qui sont difficilement augmentables."Un jour, je pense, I-care me rendra réellement riche (...). Et ce jour là, je serai d'accord de payer des impôts, et même beaucoup d'impôts."Fabrice BrionCEO d'I-CarePourquoi ne pas se concentrer sur l'augmentation des revenus par des mesures permettant de booster la croissance économique? La Pologne est à 3,6%. La Chine à 5,4%. Les USA à 2,4%. La Belgique péniblement à 1%. Je n'ai pas l'habitude de me mettre en avant, mais j'ai eu la chance de suivre un cursus de 2 ans du MIT consacré à l'accélération de la croissance.Ce que j'ai appris à Boston, c'est qu'il n'y a pas de croissance sans union. Union des politiques, du monde académique et de la recherche, du monde financier et du monde entrepreneurial (petites et grandes entreprises). Une union qui doit favoriser, par sa vision à long terme, l'émergence d'entreprises technologiques à forte croissance. Créant de la valeur, de l'emploi, des revenus et des recettes fiscales localement.Cette démarche a fonctionné, à Boston, transformant la ville d'une vaste friche industrielle au début des années 80, suite à la fermeture de l'industrie lourde, en une des zones les plus prospères et les plus entrepreneuriales de la planète. Être un entrepreneur c'est, aussi, pouvoir reconnaître qu'on se trompe et aller voir ailleurs ce qui fonctionne pour s'en inspirer.2) Règle d'or, simplifier d'abordAvant d'augmenter encore les impôts, supprimons toutes les niches fiscales et rendons-les plus lisibles. Un taux unique. Juste. Qui ne dépend pas de la qualité d'un comptable ou d'un fiscaliste. Simplifier l'État. La structure de notre état, politique et opérationnelle (intercommunales, asbl...) est trop lourde et trop complexe. Demandez aux fonctionnaires eux-mêmes et ils vous donneront des pistes pour économiser des milliards en frais de fonctionnement sans toucher à la qualité du service rendu.Par exemple, je connais de nombreux cas où un service public attaque un autre en justice. Cela fait des mois ou des années de procédure... où l'argent public est dépensé en même temps pour attaquer et défendre… tout en chargeant le système judiciaire qui, reconnaissons-le, n'en a pas besoin. Sans parler de la digitalisation, limitée, défaillante (I-police), quand elle n'est pas tout simplement absente (justice).3) Un éleveur de Licorne est-il riche?Aujourd'hui, je suis l'actionnaire principal du groupe I-care, qui est une licorne. Pourtant, je ne suis pas riche. Beaucoup de mes employés et de mes amis qui ont fait les mêmes études que moi ont plus de patrimoine, entre autres immobilier, que moi. "Aujourd'hui, le salaire que je m'accorde est largement inférieur à celui auquel je pourrais prétendre si je travaillais dans une autre entreprise."Fabrice BrionCEO de I-CarePourquoi? Parce que si I-care est devenu une licorne, c'est d'abord parce que je ne me suis pas payé de salaire pendant de nombreuses années. Parce que, encore aujourd'hui, le salaire que je m'accorde est largement inférieur à celui auquel je pourrais prétendre si je travaillais dans une autre entreprise. Parce que, à chaque augmentation de capital, "j'ai fait tapis", en réinvestissant toutes mes économies dans I-care group, pour montrer l'exemple, mais aussi et surtout pour éviter d'être dilué, pour éviter de perdre l'ancrage local.Un jour, je pense, I-care me rendra réellement riche. Soit en me versant des dividendes, soit parce que je revendrai des actions. Et ce jour là, je serai d'accord de payer des impôts, et même beaucoup d'impôts. Pour rendre à la Belgique ce qu'elle a donné à ma famille: passer en 2 générations de mineur réfugié de guerre polonais à fondateur de la 2ᵉ Licrone wallone.Mais aujourd'hui, ce n'est pas encore possible. Si la proposition d'Yvan Verougstraete venait à être votée, comme Fabien, je serais face à un dilemme: m'exiler ou vendre I-care.Je pense que je vendrais I-care, suivant ainsi l'exemple de trop nombreux entrepreneurs belges. Ce serait le meilleur choix pour moi. Mais sans doute le pire pour l'économie belge et pour I-care. Parce que I-care serait vraisemblablement rachetée par des investisseurs anglo-saxons. Sans racines ici.Et ils en optimiseraient les bénéfices, et les taux d'imposition, en délocalisant de nombreux emplois dans des pays plus compétitifs que la Belgique.Notre modèle social n'est tenable que si de nombreux Fabien Pinckaers voient le jour. Unissons nos forces pour y arriver. Pas pour les faire fuir.
Carte blanche de Fabrice Brion (I-care) | Il faut sauver le soldat Pinckaers
Une carte blanche de Frabrice Brion, CEO de la licorne wallonne I-Care.






