Publié le 26 juin 2026 à 07:30.

6 min. de lecture

Quand le numérique devient un moyen de pression

En février 2025, un décret présidentiel américain place sous sanctions Karim Khan, procureur de la Cour pénale internationale, pour avoir autorisé l’émission de mandats d’arrêt contre des responsables israéliens. Les conséquences ont dépassé le cadre diplomatique: dans les semaines qui suivent, il perd l’accès à sa messagerie Microsoft. En août, les sanctions sont étendues à plusieurs responsables de la Cour, dont le juge français Nicolas Guillou. En quelques jours, l’essentiel de sa vie numérique s’effondre: ses cartes de paiement, ses plateformes de réservation, ses services numériques et ses comptes en ligne, tout est suspendu.A la suite de ces épisodes, en octobre 2025, la Cour pénale internationale annonce remplacer Microsoft 365 par une suite open source pour ses 1800 postes de travail.Le mécanisme qui a frappé ces magistrats menace n’importe quelle entreprise de la même façon: se retrouver exposé aux décisions arbitraires d’un dirigeant ou d’une administration capable, pour des raisons politiques, idéologiques ou économiques, de couper l’accès à des services devenus essentiels.En juin 2026, c’est l’IA qui est visée. Le gouvernement américain a ordonné à Anthropic, l’un des leaders mondiaux du secteur, de réserver ses deux modèles les plus puissants aux seuls ressortissants américains, au nom de la sécurité nationale. Incapable de trier ses utilisateurs par nationalité, l’entreprise a dû désactiver purement et simplement ces modèles, trois jours seulement après leur lancement.