Mardi soir, le présentateur de “Quotidien” assurait que nous sommes tous égaux face à la canicule, milliardaires compris. C’est faux, ainsi que le rappelle Manuel Domergue, de la Fondation pour le logement des défavorisés. Yann Barthès sur le plateau de « Quotidien » (TMC), mercredi 24 juin 2026. Capture d’écran TMC Par Johanna Seban Publié le 25 juin 2026 à 17h10 Dans une chronique qu’il voulait probablement drôle, l’animateur de Quotidien Yann Barthès a assuré, mardi soir, que nous étions tous égaux face à la canicule. La chaleur écrasante, soutient-il, toucherait de la même manière Bernard Arnault, les ministres que notre voisin du dessus… Seule une partie de la population serait plus sensible à la hausse des températures. « Il y a cette catégorie de personnes qui est plus concernée que tous les autres. Il y a ceux qui vivent sous les toits. Et ils le précisent. […] Tout le monde s’en fout ! » Ces propos, prononcés habillé d’une chemise à manches longues depuis le plateau climatisé de l’émission, ont rapidement été fustigés sur les réseaux sociaux. Ils ne sont pas très drôles, certes. Mais surtout ils ne correspondent absolument pas à la réalité, commente Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le logement des défavorisés, qui, puisqu’on parle d’hébergement, rappelle que nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne face aux fortes chaleurs. Qu’avez-vous pensé de la chronique de Yann Barthès dans laquelle il assure que nous sommes tous égaux face à la canicule ?Je vois cela comme une blague qui est un peu tombée à l’eau. Elle touche d’autant plus les gens que ce n’est vraiment pas drôle, en ce moment, d’habiter au dernier étage… En tout cas, l’idée qui consiste à dire que tout le monde est touché de la même manière par la canicule est extrêmement fausse. Le revenu, l’âge, la santé, l’orientation de son logement, sa qualité, l’étage où il est situé, tous ces critères sociaux et générationnels changent la situation. Donc non, les milliardaires ne vivent pas du tout la canicule de la même manière que les autres. Il y a aujourd’hui beaucoup de gens qui se plaignent sur TikTok de vivre au dernier étage, mais on ne peut pas considérer cela comme « une trend un peu marrante ». Les gens souffrent vraiment, mentalement et physiquement. Près de cinq mille sept cents personnes sont mortes à cause de la chaleur l’été dernier. Le chiffre pourrait monter à dix mille en 2026. Quand on fait des blagues dans ce contexte, la chance de tomber à côté est élevée. De quels avantages bénéficient les populations aisées face au réchauffement climatique ?D’abord parce qu’elles ont un grand logement, avec plus de hauteur sous plafond et souvent traversant. Cela permet à la chaleur de monter, et cela lui permet de sortir la nuit. On n’y vit par ailleurs pas les uns sur les autres. Or les êtres humains émettent aussi de la chaleur… Tout cela peut faire une différence de 10 degrés avec les logements bas de plafond, en surpeuplement et au dernier étage. L’autre différence forte, c’est la climatisation : elle est très mise en œuvre par les classes supérieures, beaucoup moins par les autres. Et plus répandue quand on est propriétaire de son logement. Par ailleurs, lorsque arrivent les chaleurs de l’été, les catégories supérieures et les cadres partent davantage en vacances dans des lieux de villégiature frais, des résidences secondaires. Et lorsqu’ils travaillent, c’est souvent dans des bureaux climatisés, et pas pour un travail physique. Or retourner chez soi après avoir passé la journée sur un chantier sous 45 degrés, ce n’est pas la même chose qu’après une journée à faire des visios dans un local climatisé. L’état de santé n’est pas le même pour tous non plus. On ne peut pas généraliser en disant que les riches sont en bonne santé et les pauvres, non. Mais quand on fait du sport toute l’année, quand on est bien nourri, on affronte beaucoup mieux la canicule que lorsqu’on a du diabète, qu’on est en surpoids et qu’on mange de la junk food parce qu’on n’a pas les moyens de faire autrement. Yann Barthès cible les personnes qui se plaignent de vivre sous les toits. En quoi est-on plus impacté quand c’est le cas ?Si on ne dispose pas de protection solaire, de brasseur d’air ou de volets, on a très peu de moyens de se défendre face au soleil qui tape directement. Lorsque les toits sont peu ou pas isolés, lorsque les logements sont petits, comme les chambres de bonnes, la situation peut devenir infernale. Un Collectif du dernier étage s’est d’ailleurs créé il y a quelques mois pour se faire entendre. Il a été initié par Alexandre Florentin, un ancien élu au Conseil de Paris (Génération Écologie) qui avait lancé la mission « Paris à 50 °C », il y a deux ans. Le ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun, a annoncé la semaine dernière des mesures pour faciliter l’adaptation des logements aux canicules, que vous avez décrites comme des « mesurettes cosmétiques ». Pourquoi ?Parce que ce qu’il a annoncé, c’est vraiment très peu. Surtout au regard du fait que notre Fondation a écrit une proposition de loi sur le sujet il y a un an, qui a été déposée par cent cinquante députés et que le ministère a admirablement snobée. Certaines mesures annoncées existent déjà, comme une proposition de loi, à notre initiative, qui a été adoptée en première lecture il y a un mois : elle facilitera les votes lors des AG de copropriété pour installer des protections solaires. En revanche, le ministère bloque sur les droits des locataires de demander à leur bailleur d’installer des brasseurs d’air et des protections solaires, ou encore sur notre souhait que l’Anah, l’Agence nationale de l’habitat, aide les ménages modestes à s’équiper. Ils assurent qu’ils le font déjà, mais c’est dans le cas de travaux de rénovation performante à 50 000 euros ! Il ne faut pas attendre des rénovations à 50 000 euros, il faut que les gens aient des volets. Ça coûte 1 000 euros, et ça peut sauver des vies. Or on sait que 40 % des logements en France exposés sud-est et sud-ouest n’en ont pas. Télévision Société Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus