La saucisse est juteuse et savoureuse, mais le petit-déjeuner dans son ensemble n’a rien d’exceptionnel. Quant au menu étoilé avec accord mets-vins, il coûte tout de même 520 dollars (soit 448 euros), hors pourboire.Je déguste le croissant et la pâtisserie à la cardamome le soir même, face au lac Michigan, près de Promontory Point, sous un ciel que le soleil couchant incendie de reflets orangés. À la mention de la truffe noire, j’ai d’abord pensé au chocolat, mais c’est bien du champignon qu’il s’agit. Marié à une garniture à la crème aigre, il confère à cette gourmandise une élégance inattendue. Dommage que les nombreuses perles de sucre qui la parsèment viennent quelque peu déséquilibrer l’ensemble.3 | EverUn fan de métal étoilé au MichelinL’excellence poussée jusque dans les moindres détails: le restaurant étoilé Ever a prêté son cadre à «Forks», l’épisode culte de «The Bear».© Anthony Tahlier / Courtesy of EVERD’après la base de données consacrée au cinéma et aux séries IMDb, l’épisode «Forks» est le mieux noté de la série. On y suit Richie, le cousin de Carmy, qui effectue un stage dans le restaurant de la cheffe incarnée par Olivia Colman. Ce restaurant n’a rien de fictif: il porte, comme dans la série, le nom d’Ever. Ouvert il y a à peine six ans, il s’est vu décerner deux étoiles Michelin dès sa première année d’activité.Les plats de l’épisode «Forks» de «The Bear» sont l’œuvre du chef et copropriétaire Curtis Duffy. Passionné de musique métal, il pousse sa fascination jusqu’à façonner, pour plaisanter, une motte de beurre en forme de tête de mort. Le passé du chef est, quant à lui, bien plus sombre: son père s’est suicidé après avoir assassiné sa femme.Dans l’épisode de «The Bear», il est surtout question d’attention aux détails, de service et de timing. «Every second counts» («chaque seconde compte») est une devise que Richie y apprend, et elle se vérifie aussi chez Ever. En guise de souvenir supplémentaire, je reçois la «time sheet» de ma table, où sont consignées, plat par plat, les minutes exactes du service ainsi que les pauses que j’avais demandées.Tout commence par un verre de chartreuse jaune -la version V.E.P., plus longuement vieillie et produite en quantité limitée- avant l’arrivée du premier plat: une généreuse portion de caviar sur du panais. Le ton est donné. Avec le deuxième service, je brise une fine couche de sucre, qui se mêle au crabe royal et au consommé de concombre. Lorsque le serveur m’explique l’intention derrière cette association, je lui réponds que leur chef doit être un «savant fou». Contre toute attente, le mariage fonctionne à merveille. Avec une soupe crémeuse à la noix de coco, un nouveau rituel s’impose: je dois racler le riz soufflé croustillant collé aux bords pour que les saveurs fusionnent.J’opte pour un nombre limité de vins et me laisse guider par le sommelier, dont les piercings d’oreilles sont aussi larges qu’une pièce de deux euros. Un grand enthousiaste qui me confie que sa femme le supplie parfois de parler un peu moins de vin. Mais à ce stade, nous sommes déjà devenus complices, surtout lorsqu’il me présente son Château Rauzan-Gassies et que je vante sa belle structure et son élevage en fût de chêne. Mon bavardage joyeux semble tant lui plaire qu’il m’offre spontanément un verre supplémentaire. Arrivent ensuite des joues de porc, accompagnées de quelques touches acidulées et de menthe, puis du wagyu à la fine croûte croustillante. Et le dessert? On a l’impression d’avoir cinq assiettes en une, tant les saveurs et les textures se multiplient à chaque bouchée.Quelques mois plus tôt, j’avais déjà versé un acompte conséquent lors de la réservation. Une fois le solde réglé, je bénéficie, en tant que dernier client du restaurant, d’une visite des cuisines et du remarquable aménagement intérieur, avec ses portes dérobées permettant d’isoler les grandes tablées du reste de la salle. Comme ma table se trouvait juste à côté des cuisines pendant le dîner, j’entendais la brigade lancer en chœur «GB!» chaque fois qu’un client revenait des toilettes. «GB» signifie «guest back». Cela m’a rappelé le retentissant «Hands!» de Carmy ou Sydney dans «The Bear», ce jargon de cuisine qu’ils utilisent lorsqu’un plat est prêt à être servi.À côté du restaurant se trouve le bar After, où la musique rock résonne dans les haut-parleurs. Ensemble, ils forment donc «Ever After». À la brigade en cuisine, je lance: « Vous avez assuré le «ever after», et cela m’a rendu «happily» pour la soirée.» Dans les contes anglophones, «happily ever after» est la formule consacrée qui correspond à notre «ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Emporté par mon enthousiasme, j’ajoute encore: «Chaque jour, à chaque heure, vous rendez les gens heureux.» L’une des cheffes me répond que c’est précisément pour cela qu’elle se lève chaque matin avec plaisir.4 | Pequod’s PizzaTrois kilomètres à pied pour une «deep dish»La pizza «deep dish» de Pequod’s tient la vedette dans l’une des scènes les plus mémorables de «The Bear», consacrée à l’art du service parfait.© ShutterstockÀ Chicago, le débat fait rage depuis longtemps: la célèbre «deep dish» est-elle vraiment une pizza ou plutôt une tarte salée? Quoi qu’il en soit, on en trouve à chaque coin de rue, y compris dans les restaurants italiens traditionnels. Pourtant, cela vaut la peine de faire un sérieux détour pour se rendre chez Pequod’s Pizza, l’établissement qui a érigé la «deep dish» en référence absolue. Le restaurant, réparti sur deux étages et doté d’une salle à l’arrière, est bondé. J’ai de la chance: comme je suis seul, le personnel peut me placer bien plus facilement que les groupes en attente. Je peux ainsi m’asseoir immédiatement parmi les clients surexcités.La pizza de base se compose d’une épaisse croûte garnie de couches de fromage et de sauce tomate. Chez Pequod’s, cette croûte est en outre caramélisée et particulièrement croustillante. Je fais agrémenter la mienne de basilic frais, de boulettes de viande, d’oignons et de pepperoni. Un régal! À tel point que l’établissement et sa pizza figurent eux aussi dans «The Bear».Dans une scène devenue culte, le restaurant étoilé fictif où le cousin Richie effectue son stage souhaite surprendre un groupe de touristes, en leur offrant la grande fierté culinaire de Chicago. En costume et chaussures de ville, Richie se rend lui-même chez Pequod’s pour aller chercher une «deep dish». La série prend ici quelques libertés avec la géographie de Chicago: la pizzeria et Ever sont en réalité situés à plus de trois kilomètres l’un de l’autre.Au restaurant, un cuisinier découpe la pizza en portions cylindriques et l’accompagne d’une sauce supplémentaire au gel de basilic. Une scène remarquable qui illustre parfaitement jusqu’où ils sont prêts à aller dans leur quête du service ultime et leur désir de satisfaire leurs clients.5 | AvecDes dattes et un effiloché de bœufSpécialisé dans la cuisine méditerranéenne, Avec est devenu une véritable institution à Chicago.© Keni Rosales / Courtesy of Avec restaurantSpécialisé en cuisine méditerranéenne, Avec compte désormais trois établissements à Chicago et, après deux décennies d’existence, est devenu une véritable institution. Son propriétaire, Donnie Madia, a d’ailleurs directement servi de modèle à Uncle Jimmy, le financier de «The Bear». Dans la deuxième saison, Sydney vient y puiser de l’inspiration et reçoit de précieux conseils de Madia lui-même ainsi que du chef Dylan Patel.Dans l’établissement du quartier de West Loop, je parviens à décrocher une place sans réservation au long comptoir qui traverse le restaurant de part en part. Après un gin tonic infusé au cumin et à la coriandre, j’opte pour deux assiettes à partager: les plus grands succès de la carte, qui apparaissent eux aussi dans la série. D’abord, les dattes medjool farcies au chorizo, enroulées de bacon et servies dans une sauce tomate au piment piquillo. C’est un festival de saveurs sucrées et salées, relevé d’une touche épicée. Je l’accompagne d’un verre de vin orange, le Navarrsotillo espagnol, issu de la Rioja, qui contrebalance parfaitement la sauce relevée. Je poursuis ensuite avec une pita cuite au four à bois, garnie de houmous de pois chiches, de tahini et de «short rib» glacé au sumac. Une véritable bombe de saveurs, aux textures soyeuses et à la viande cuite à la perfection jusqu’à devenir fondante et effilochée.Cette cuisine aux épices multiples rappelle un peu celle de Humm, sur la Dageraadplaats à Anvers, ou celle du restaurant Le Conteur, à Bruxelles.6 | KumikoL’adresse préférée du castingLe bouquet final de cette escapade gastronomique: une visite chez Kumiko, l’adresse de prédilection du casting.© Courtesy of KumikoÀ peine un pâté de maisons plus loin qu’Avec se trouve Kumiko. L’établissement n’apparaît pas lui-même dans «The Bear», mais aussi bien l’équipe de production que les conseillers culinaires et les acteurs de la série recommandent ce bar-restaurant japonais comme une adresse incontournable. Kumiko sert exclusivement des cocktails élaborés à partir d’ingrédients japonais du shochu à la citronnelle -le negroni le plus épicé que j’aie jamais bu- aux whiskys japonais qui vous transportent instantanément dans les bars de Tokyo.Le bar est le bébé de Julia Momosé: mixologue, cheffe et propriétaire, née à Nara, au Japon. En 2025, Kumiko a été sacré meilleur bar à cocktails du monde lors des Spirited Awards. Cette même année, Momosé a repris la cuisine d’un chef étoilé Michelin afin d’y proposer ses propres créations. Mais malgré tous les éloges et distinctions, je me contente ce soir de quelques cocktails pour terminer la soirée.Verre après verre, ce sont des réussites. À une exception près, peut-être: un cocktail qui manque un peu de caractère, mais se boit avec une telle élégance qu’on croirait un foulard de soie glisser le long de mon œsophage.Avec chaque verre vient une histoire fascinante sur l’alcool japonais qui lui sert de base, comme s’il s’agissait d’un plat dans un restaurant étoilé. Une fin en apothéose.La cinquième et ultime saison de «The Bear» est désormais disponible en streaming sur Disney+.Lire plusLes meilleures tables de LondresParis à table : nos adresses favoritesLes adresses qui font le goût de Bruxelles