A en croire les professionnels - banquiers, gérants, assureurs… -, les Français manqueraient cruellement de culture financière. Si le constat n’est pas totalement erroné, il est parfois utilisé comme un mantra pour alimenter les intérêts des sociétés financières davantage que ceux des épargnants. Le Français n’est peut-être pas très féru d'intérêts composés mais il dispose d’un certain bon sens. Après s’être vu vendre des supports bilanciels pour renforcer les fonds propres des banques, des produits structurés frelatés pour doper les commissions des conseillers ou encore des assurances-vie ultra-chargées pour faire vivre les banques privées, il ne sait plus à quel sein se vouer. A défaut, il préfère se reporter sur le livret A, fiable et sans (mauvaise) surprise à défaut d’être performant. L’éducation financière se fera par un discours de vérité, des pratiques professionnelles et des placements de qualité, ou ne se fera pas.Heu?reka, Mounir Laggoune, Matthieu Louvet, Guillaume Simonin ou Hasheur… Ces noms ne vous disent rien ? Ces influenceurs de la finance, aussi appelés finfluenceurs, sont pourtant suivis par des centaines de milliers de personnes sur les réseaux sociaux. Ils expliquent comment investir 10 000 euros de manière intelligente ou les erreurs à éviter quand on achète ses premiers bitcoins. S’informer sur les réseaux sociaux est devenu commun, et les sujets liés aux finances personnelles n’échappent pas au phénomène. D’après un sondage Opinion Way pour Nalo d’avril 2026, 60 % des Français, dont 91 % des jeunes de 18 à 24 ans, consultent au moins un réseau social pour s’informer sur les sujets liés à l’argent. Ils citent en priorité YouTube (46 %), Facebook (42 %) et des sites et des blogs spécialisés (42 %).Est-ce pour autant une bonne idée ? Côté pile, vous développez votre culture financière. Côté face, vous risquez d’être exposé à de fausses informations, voire à une arnaque pure et simple lorsqu’une personnalité mal intentionnée incite ses followers à ouvrir un compte auprès d’un acteur frauduleux. L’Autorité des marchés financiers (AFM) multiplie les actions de sensibilisation auprès des influenceurs afin de les alerter sur les bonnes pratiques à respecter. Ils doivent fournir une information claire, exacte et non trompeuse sur les investissements, incluant les risques. Toute rémunération liée à la promotion d’un placement ou d’une plateforme d’investissement doit être clairement mentionnée. La star de la télé-réalité Nabilla Benattia-Vergara a d’ailleurs été condamnée à 20 000 euros d’amende pour pratiques commerciales trompeuses en 2021 pour avoir fait la promotion d’un site de cryptos sans indiquer qu’elle était rémunérée pour le faire.Des pratiques de plus en plus encadréesUne centaine d’influenceurs ont obtenu un "certificat de l’influence commerciale responsable", option "publicité financière", délivré par l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité en partenariat avec l’AMF. "Ce certificat n’autorise pas à donner des conseils financiers, rappelle France Mayer, directrice des relations avec les épargnants et de leur protection au sein de l’Autorité des Marchés financiers (AMF). Seuls les prestataires de services d’investissements agréés et les conseillers en investissements financiers (CIF) sont autorisés à le faire". A l’inverse, pas besoin de bénéficier d’un agrément pour proposer de l’éducation financière. "Mais il faut rester dans le cadre de la loi du 9 juin 2023 visant à encadrer l’influence commerciale et à lutter contre les dérives des influenceurs sur les réseaux sociaux", poursuit France Mayer.Malgré tous ces garde-fous, la balle reste dans le camp du grand public qui doit conserver son esprit critique et s’assurer que les influenceurs qu’ils suivent connaissent vraiment les thématiques qu’ils abordent. "Le charisme et le savoir-faire digital ne suffisent pas ! Il faut vérifier leur formation et leur parcours professionnel, afin d’être certains qu’ils maîtrisent leur sujet", recommande Gauthier Haem, directeur du développement de Yomoni. Cet expert est d’ailleurs l’un des chroniqueurs présents sur Les Financiers, l’initiative du média Le Crayon autour de l’éducation financière.Le défi posé par les outils d'IALes outils d’intelligence artificielle sont-ils plus fiables que les influenceurs ? Ils s’invitent massivement dans la relation entre les clients et les conseillers en gestion de patrimoine. "Nos clients nous challengent régulièrement en nous posant des questions qu’ils ont formulées grâce à l’IA", confirme Emmanuel Hardy, le président d’Inovéa. Si la pratique permet aux épargnants de mieux comprendre certaines notions, elle n’est pas sans risque. "Il n’y a pas de recette miracle : personne, y compris les outils pilotés par l’IA, ne peut garantir le succès d’un investissement en Bourse", rappelle France Mayer. De l’importance de varier ses sources d’information.
Epargne : peut-on vraiment faire confiance aux réseaux sociaux ?
De plus en plus d’épargnants s'y informent mais encore faut-il séparer les influenceurs sérieux des amateurs, voire des charlatans.









