Professeur à l’université Paris VIII / Vincennes, Yves Lacoste a notamment publié “La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre” en 1976. Lacoste Yves en juin 2010. Photo Olivier Roller/Divergence Par Télérama, avec AFP Publié le 22 juin 2026 à 15h41 Le géographe Yves Lacoste, considéré comme le père de l’école française de géopolitique, est décédé samedi à l’âge de 96 ans, a appris l’AFP lundi auprès de Béatrice Giblin, directrice de la rédaction de la revue Hérodote, fondée par Yves Lacoste. Il s’est éteint à son domicile des Hauts-de-Seine, entouré des siens, a-t-elle précisé, confirmant une information du Monde. « C’était une personne exceptionnelle, d’une grande humanité, quelqu’un de profondément généreux », a souligné Béatrice Giblin, dont Yves Lacoste a été le directeur de thèse. Ce dernier « a rendu un service immense à la géographie en réintégrant le politique dans le champ de la géographie et en étant à l’origine d’une géopolitique française que j’appelle démocratique et citoyenne », a-t-elle ajouté. À lire aussi De NTM à PNL : ce que la géographie nous apprend de l’histoire du rap français C’est son ouvrage intitulé La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre, publié en 1976 chez l’éditeur François Maspero (réédité en 2012 aux éditions de la Découverte), qui a posé les jalons de ce renouveau. « Il était géographe. Il ne se définissait jamais comme géopolitologue, mais comme un géographe spécialiste de géopolitique », souligne Béatrice Giblin. Agrégé de géographie, professeur à l’université Paris VIII / Vincennes, adepte du travail de terrain, en Afrique du Nord et au Vietnam notamment, Yves Lacoste a dynamité cette discipline, selon elle : « Il a su faire cette géopolitique géographique, ou cette géographie géopolitique, c’est ça qu’il faut mettre en avant. » Membre du PCF et partisan de l’indépendance de l’Algérie La sortie de son ouvrage phare (il en a publié une vingtaine d’autres dont un Que sais-je sur « Les pays sous-développés » en 1959) avait provoqué à l’époque de nombreuses critiques de ses collègues géographes « orthodoxes » outrés par ce qu’ils considéraient comme une déclaration de guerre à « la géographie des professeurs », cantonnant leur discipline à la seule étude de la géographie physique. Yves Lacoste, né au Maroc le 7 septembre 1929, qui avouait s’être « profondément embêté » durant ses cours de géographie au lycée Lakanal de Sceaux a réconcilié la géographie et l’histoire. La géographie, estimait-il, doit d’abord aider à penser le politique, les conflits et les rapports de pouvoirs entre États ou zones géographiques. Un temps membre du PCF (jusqu’à l’invasion de la Hongrie par les Soviétiques en 1956), partisan de l’indépendance de l’Algérie, Yves Lacoste s’était intéressé ces dernières années aux questions d’identité. À lire aussi : Trump, l’Ukraine, Gaza… Les collégiens posent des questions, les enseignants leur répondent Société Livres Idées Géopolitique Disparition Géographie Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus