La comédienne et directrice de la compagnie Théâtre P.A.F, Gabrielle Lessard, deviendra fin juillet la nouvelle directrice artistique et codirectrice générale de l’Espace libre. Mme Lessard succédera au metteur en scène Félix-Antoine Boutin, qui tenait depuis 2023 les rênes artistiques du théâtre fondé en 1979 par Omnibus, le Nouveau Théâtre expérimental et Carbone 14.Gabrielle Lessard a assuré la codirection artistique du Jamais lu en 2023. Elle a aussi signé la pièce Judy, entre autres, et a présenté à l’Espace libre ICI et La blessure, en 2019 et en 2022.Sa vision ? Comme l’Espace libre est « un théâtre ancré dans son quartier », Mme Lessard veut travailler à l’ancrer davantage encore « à échelle humaine, en proposant des sujets à échelle humaine ».« Je veux amener sur scène des sujets qui portent ces réalités, qui parfois n’ont pas les espaces pour être poétisées. » Comme la réalité des soignants, donne-t-elle comme exemple, ou celle des personnes sans domicile fixe. Elle souhaite aussi en parler « à partir de leur perspective, en les magnifiant dans des écrins artistiques forts ».« Comme un théâtre communautaire qui ne fera aucun compromis sur la qualité artistique de ses propositions », précise-t-elle.Gabrielle Lessard a l’espoir, par cette voie, « d’aller chercher des maillages qui permettent de décloisonner les formes de financement et les modes de production, mais en n’oubliant jamais que c’est « la responsabilité des conseils des arts de financer les productions ».Le théâtre, espace démocratiquePour Gabrielle Lessard, les théâtres, en cette époque de radicalisation et de fragmentation, ont un important rôle « de trait d’union » à jouer.« Je te donne un exemple vraiment concret : l’Espace libre est dans le Centre-Sud, un quartier de 40 000 citoyens, où 76 % d’entre eux sont locataires. D’ici les cinq prochaines années, il va y avoir de 15 000 à 20 000 nouveaux résidents — c’est presque 50 % de plus… — qui seront propriétaires. »Lorsque seront terminés les tours de condominium de l’ancienne Radio-Canada, de l’usine Molson, et les logements de l’Esplanade Cartier, « il va y avoir un changement démographique drastique », prévoit la créatrice.L’Espace libre se trouvera alors « géographiquement à la lisière de ces deux futures réalités. On a vraiment la responsabilité de prendre en compte les aspects communautaires et sociaux, dans ce lieu où on peut présenter les différentes réalités, sans moralisation, sans politique directe, en passant par la beauté et la rencontre entre humains, par l’ouverture à l’autre par l’art ».« Il y a une atomisation de la société, en ce moment. Peut-être que l’art doit être un plus au service de la démocratie ? » demande celle qui signera sa première saison en 2027-2028.Gabrielle Lessard, après avoir honoré ses contrats en cours, entend mettre de côté, au moins un temps, ses propres créations. « Pour moi, la direction artistique, c’est se mettre un peu de côté. J’ai tellement de choses à apprendre, je ne pense pas que c’est le bon moment pour faire mes propres créations. »La direction artistique s’accompagne, pour elle, de grandes responsabilités, « et je veux être dans une grande ouverture. Je veux que le milieu vienne à ma rencontre, et je vais être là pour consolider les propositions avec lui ».« Tellement d’artistes sont nés à l’Espace libre. Moi, c’est ici que j’ai fait mes premières armes. Comme Catherine Chabot, et Dominique Leclerc, et [la compagnie de théâtre] Pleurer dans’ douche. C’est une force de ce lieu. Je peux être bold dans mes choix, vraiment audacieuse, programmer de la relève. Je n’ai pas d’abonnés à ne pas décevoir, pas la même pression, peut-être, que d’autres institutions théâtrales », estime-t-elle.Gabrielle Lessard formera, avec Gwenaëlle L’Heureux-Devinat, directrice administrative et codirectrice générale, la première direction entièrement féminine à la tête de l’établissement du Centre-Sud.