Quentin JorisResponsable du service Économie/politique19 juin 2026Aujourd'hui à 19:01Certains veulent croire à un retour à la normale au Moyen-Orient. En réalité, la guerre a profondément modifié les équilibres régionaux et a créé une instabilité appelée à durer.L’encre du protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran pour mettre fin à la guerre n’est pas encore sèche mais les nuages s’amoncellent déjà autour des futurs pourparlers. Le vice-président américain JD Vance a décalé vendredi son départ pour la Suisse, où devaient se tenir les discussions, tandis qu’Israël pilonnait à nouveau le sud du Liban.Un départ peu encourageant. Même Donald Trump, pourtant friand de déclarations tonitruantes, tempère désormais les attentes : "Si ça marche, j’en réclamerai le mérite. Si pas, je dirai que c’est la faute de JD."Un (rare) éclair de lucidité de la part du locataire de la Maison-Blanche qui vient de confier une mission particulièrement complexe à son dauphin potentiel. Pour atteindre une paix durable, ce dernier devra, entre autres, parvenir à conclure un accord satisfaisant sur le nucléaire iranien en 60 jours, là où les négociations de l’accord de Vienne de 2015 en avaient nécessité plus de 600. Superman a beau être américain, il n’est pas interdit de mettre en doute les chances de succès de Vance.Pas un statu quo, mais bien une dégradationBien que le pessimisme soit légitime, un accord solide reste toutefois préférable à la poursuite d’une guerre qui ressemble de plus en plus à un fiasco pour les États-Unis. Et pour cause: après trois mois de conflit, des milliers de victimes en Iran et au Liban, mais aussi une cinquantaine en Israël et 15 dans les rangs de l’armée américaine, certains estiment que nous sommes revenus à la case départ. Ils ont tort: ce que nous observons aujourd’hui n’est pas un statu quo ante, mais bien une dégradation structurelle de la situation au Moyen-Orient.Donald Trump n’en a probablement cure, obnubilé qu’il est par le prix actuel du gallon d’essence et la bonne santé affichée par les indices boursiers. Ces indicateurs sont cependant trompeurs: de nombreuses installations pétro-gazières du Golfe ayant été touchées et l’Iran ayant pu tester – avec succès – son pouvoir de nuisance sur le commerce mondial, la perspective de voir les cours de l’or noir s’emballer et les bourses décrocher au moindre soubresaut est prégnante.Les assureurs et les armateurs n’auront pas le choix, ils devront assimiler ce nouvel état de fait, autrement dit s’habituer au caractère instable de la route commerciale du détroit d’Ormuz, comme le devront l’ensemble des entreprises qui recourent à leurs services.Des conséquences lourdesSoyons clairs: l’absence de vision de l’administration américaine, son imprévisibilité et son incapacité à envisager un scénario défavorable ont plongé le Moyen-Orient dans une ère d’instabilité accrue et durable. Les entreprises américaines et européennes, mais aussi les consommateurs, n’en sortiront pas indemnes.Les conséquences de cette instabilité ne se mesureront toutefois pas qu’en dollars ou en barils. Les manifestants iraniens continueront également à payer le prix fort. Ceux à qui Trump avait promis un soutien, ceux qu’il avait appelés à œuvrer au renversement des mollahs, sont désormais bien seuls. Le régime autoritaire, qui n’a pas hésité à procéder à l’exécution de 2.159 personnes pour écraser toute contestation en 2025 – selon Amnesty –, ne desserrera pas son étau. Pour ces hommes et ces femmes, les perspectives sont aussi bien plus sombres.