Faut-il y voir un des effets de l’affaire Lyhanna, qui a ému le pays et amené le ministre de la Justice à imposer aux procureurs une revue des quelque 70 000 dossiers, concernant des agressions sexuelles et viols sur des mineurs ? La semaine dernière, on apprenait qu’un vaste coup de filet avait permis aux forces de l’ordre de placer en garde à vue onze jeunes pour des faits de viols en réunion ayant eu lieu en 2023.On sait désormais ce que ces jeunes, tous mineurs à l’époque, sont devenus. Nés entre 2006 et 2009, en grande majorité résidant à Créteil ou Bonneuil, dix d’entre eux ont été déférés devant un juge d’instruction et sont mis en examen, indique au Parisien ce vendredi 19 juin le parquet de Créteil. Huit sont ressortis libres sous contrôle judiciaire, et deux ont été placés en détention provisoire.Le ministère public a ouvert une information judiciaire pour viol en réunion, agression sexuelle en réunion, enregistrement, fixation et diffusion d’image à caractère pornographique d’un mineur de 15 ans.L’ex-petit ami aurait filmé la victime pour la menacerParmi les deux aujourd’hui en prison, les « auteurs principaux », d’après une source policière, se trouve l’ex-petit ami de la victime. Elle l’accuse de l’avoir entraînée dans ce que les enquêteurs qualifient de « tournante », des viols collectifs, qu’il aurait filmés pour pouvoir ensuite la menacer et l’y contraindre de nouveau à plusieurs reprises tout au long de l’année 2023. Suite aux faits, l’adolescente, âgée de moins de 15 ans à l’époque, avait eu 30 jours d’ITT.Sur les dix prévenus, « certains admettent des relations sexuelles, mais pas de viol », indique une source proche du dossier. Qui poursuit : « Dans la plainte, il y avait 25 personnes initialement, c’était quasiment tout un quartier. Les enquêteurs notent eux-mêmes dans leur procès-verbal des contradictions dans les auditions de la victime. Pour autant, c’est indéniable, il y a un vrai traumatisme. »L’enquête de la Sûreté territoriale, ouverte suite à la plainte de la victime qui avait fini par confier son calvaire à sa mère, va se poursuivre. Les investigations devront déterminer le rôle de chacun pour établir les responsabilités.1 641 dossiers à examiner à CréteilUne chose reste certaine : l’inventaire réclamé aux parquets généraux par le garde des Sceaux a joué. « L’affaire Lyhanna a accéléré ce dossier, estime la même source. La plainte date de février, ils ne se sont pas trop excités pendant plusieurs mois, et d’un coup, à six heures du matin, ils débarquent chez eux. »Ce lundi soir, lors d’une réunion publique organisée au tribunal, le procureur, Damien Savarzeix, a indiqué que cette revue représentait à Créteil la nécessité de reprendre 1 641 dossiers en trois semaines, « dont 300 pour lesquels l’auteur est identifié et 100 dans lesquels il a des antécédents ».Huit magistrats y sont dédiés à temps plein, sur les 37 en poste dans le cinquième parquet français. Contraignant le procureur à « prioriser » et « suspendre l’activité ailleurs ».