Indigné par l’intrusion politique dans le découpage de la carte électorale du Québec, un membre de la Commission de la représentation électorale (CRÉ) a démissionné de son poste mercredi.« Moi, je juge que c’est inacceptable et que ça nécessite une démission », a déclaré Kevin Bouchard au Devoir, au lendemain de sa démission.Il dit avoir eu « la conscience lourde », entre autres parce que l’implication de la classe politique dans ce dossier ouvre la porte à certains risques, dont les plus frappants s’observent aux États-Unis, où le « gerrymandering » (un découpage électoral partisan) se fait au bénéfice de partis ou de candidats.
« On ne devrait pas banaliser ce qui est en train de se passer. Parce que même si on se compare encore favorablement aux États-Unis, ce qui est arrivé, c’est grave. On a franchi une ligne et ce sont les premiers pas vers une intervention politique dans la délimitation des circonscriptions », plaide M. Bouchard, qui est professeur adjoint à la Faculté de droit de l’Université Laval.« La carte qui est dictée par les élus »Pour rappel, l’Assemblée nationale a adopté le 12 juin un projet de loi qui fait passer le nombre de circonscriptions québécoises de 125 à 127.La décision va à l’encontre des conclusions de la CRÉ. Celle-ci avait conclu, au terme d’une tournée de consultations, que les changements démographiques commandaient le retrait d’une circonscription en Gaspésie et d’une autre à Montréal, pour garder le nombre total de circonscriptions à 125.Les élus de l’Assemblée nationale ont plutôt choisi de conserver les deux circonscriptions, mais d’en ajouter deux nouvelles, pour faire passer le total d’élus à 127.De l’avis de M. Bouchard, le projet de loi « force » la CRÉ « à publier la carte qui est dictée par les élus » et « qui ne correspond pas à la représentativité effective ». « Il y a quelque chose là-dedans qui me rendait profondément mal à l’aise, de publier une carte injuste », ajoute-t-il.Dans la lettre de démission qu’il a fait parvenir mercredi à la présidente de l’Assemblée nationale, Nathalie Roy, il écrit que la nouvelle loi « enfreint d’abord le principe selon lequel les élus ne devraient pas être juge et partie dans la délimitation des circonscriptions électorales ». La loi rejette, en outre, l’indépendance de la CRÉ par rapport aux pressions externes et donne plutôt « préséance à une volonté politique », poursuit le commissaire démissionnaire.







