Le produit "d'ambitions irréalistes pour une guerre intenable" : c'est ainsi que The Guardian qualifie, ce jeudi 18 juin, le protocole d'accord conclu par les Etats-Unis avec l'Iran. Les présidents américain et iranien ont signé, la veille, un document de 14 points pour mettre fin au conflit au Moyen-Orient."Le protocole accomplit tous les objectifs que nous nous étions fixés et plus encore", avait assuré auparavant Donald Trump depuis le sommet du G7 à Évian, en France. Une déclaration loin d'être convaincante, tant les résultats divergent des multiples objectifs annoncés par le locataire de la Maison-Blanche au long du conflit : fin du programme nucléaire iranien, destruction de son stock de missiles balistiques ou encore arrêt des subventions aux groupes armés dans la région. La chaîne MS Now, traditionnellement très critique envers Donald Trump, ne mâche pas ses mots : "La Maison-Blanche a accepté cette prolongation du cessez-le-feu qui ne répondait à aucun de ses objectifs d'avant-guerre, tout en accordant d'énormes concessions financières à Téhéran. Aujourd'hui, l'administration tente désespérément de se justifier. En clair, Donald Trump s'est fait berner par les Iraniens, et personne ne croit à ses mensonges"."Les États-Unis offrent beaucoup en échange de si peu""Donald Trump en ressort avec la promesse de l’Iran de ne pas fabriquer de bombe et de poursuivre les discussions sur le nucléaire, sans aucune mention écrite du programme de missiles balistiques, tandis que le Hezbollah célèbre le cessez-le-feu au Liban avec Israël", relève également le Guardian."Il est frappant de voir à quel point les États-Unis offrent beaucoup en échange de si peu", en rajoute pour sa part le diplomate américain Brett McGurk, dans un article publié sur le site de CNN. "Ce document se distingue par le fait qu'il accorde à l'Iran une grande partie de ce qu'il a exigé par le passé - et rarement obtenu".L'accord prévoit entre autres la réouverture du détroit d'Ormuz, à savoir la fin du blocus américain sur les ports iraniens, et l'engagement de la part de Téhéran de retirer les obstacles à la navigation, à commencer par les mines, en l'espace d'un mois. Avec une nouveauté de taille : l'Iran s'engage à assurer la gratuité de la circulation pendant 60 jours seulement - alors même que le pays n'imposait pas de droits de passage avant la guerre. "Autrement dit, la libre circulation pourrait prendre fin. Cela contreviendrait à l'un des principes fondamentaux énoncés par le secrétaire d'État Marco Rubio : le retour du commerce à son niveau d'avant-guerre", remarque le New York Times, qui note aussi que "les Iraniens ont non seulement survécu à leur confrontation avec la première puissance militaire mondiale, mais en sont en plus sortis avec de nombreuses raisons de se réjouir".Autre point de fait très critiqué : la proposition d'un plan de 300 millions de dollars destinés à l'Iran, pour sa reconstruction et son développement, qui doit être discuté avec les acteurs de la région, sans que l'on sache encore si les Américains y participeront. "Trump avait déclaré que les États-Unis ne verseraient aucun argent à l'Iran. Il s'agit d'un point crucial pour le président, qui avait critiqué le versement de 1,7 milliard de dollars effectué par l'administration Obama à Téhéran en 2016", rappelle la BBC. Avec cet engagement, la Maison-Blanche pourrait bien se retrouver coincée. "Que ce soit clair - l’Iran n’acceptera aucun engagement nucléaire ni aucun autre engagement tant que ce fonds ne sera pas constitué", prédit Brett McGurk.70 milliards de dollars par an pour l'IranLa levée, à long terme, des sanctions économiques qui asphyxient l'Iran depuis plusieurs années, en commençant dès maintenant par des dérogations sur l'exportation de pétrole iranien, est une autre concession majeure de Washington. Certains experts en énergie estiment déjà que cette seule mesure rapporterait directement entre 60 et 70 milliards de dollars par an à l'Iran. Et ce "pour n'avoir rien fait d'autre que de rouvrir le détroit d'Ormuz, qui n'était pas fermé avant la guerre", résume CNN. 24 milliards de dollars d'avoirs iraniens doivent également être dégelés, et ce avant même d'attendre la seconde phase des négociations - une période de deux mois pour s'accorder sur les points les plus sensibles.Car le nœud des tensions entre les Etats-Unis et l'Iran, à savoir la question du programme nucléaire, n'est toujours pas résolu, et doit faire l'objet de négociations futures. Par le présent accord, la République islamique d'Iran réaffirme en effet qu'elle ne se procurera ni ne développera d'armes nucléaires, et s'engage à réduire le niveau d'enrichissement de son stock d'uranium hautement enrichi, sous la supervision de l'Agence internationale de l'énergie atomique. En somme, l'accord n'ajoute rien à ce qui avait déjà été discuté sous l'administration Obama.Enfin, en ce qui concerne "la fin des hostilités sur tous les fronts dans la région", l'accord ne mentionne pas les relations entre l'Iran et les autres milices armées, telles que le Hezbollah. "Difficile de savoir si Téhéran subira des pressions pour retirer son soutien à la milice libanaise ou à d'autres groupes armés régionaux lors des prochaines négociations", indique la BBC.60 jours pour négocier un accord finalMais alors comment expliquer un tel revirement de situation ? Pour Barbara Leaf, ancienne secrétaire d'État adjointe aux affaires du Proche-Orient, l'administration Trump a lancé la guerre sur "la base d'évaluations désastreusement irréalistes de la résilience du régime iranien", ainsi "que de la capacité de l'Iran à s'emparer du détroit d'Ormuz et à attaquer les installations américaines et étrangères dans le Golfe", cite le Guardian. Mais la préparation de l'Iran, bien plus importante qu'anticipé, et l'escalade rapide des tensions sur les marchés mondiaux de l'énergie ont rendu la situation intenable pour les Etats-Unis.Washington et Téhéran ont désormais 60 jours pour négocier les termes finaux de l'accord, et pour tenter de transformer ce protocole minimal en accord global sur le nucléaire. "Si l'administration Obama n'y est pas parvenue en 20 mois, l'administration Trump pourra-t-elle le faire en 60 jours seulement ?", s'interroge la BBC. Rien n'est moins sûr.
"Donald Trump s'est fait berner" : l'accord avec l'Iran vu de l'étranger
Présenté comme une victoire par la Maison-Blanche, l'accord conclu entre les Etats-Unis et l'Iran mercredi est vivement critiqué par les médias anglo-saxons, en raison des concessions faites à Téhéran.













