"En Italie aussi, la scène des voitures anciennes vieillit", confirme-t-il. "Mais on y travaille. Depuis trois ans, je fais partie ici du Public Junior Referendum, qui permet à l’organisation de faire évaluer les voitures du concours aussi par des jeunes." Lui-même a déjà passé d’innombrables jours de congé à bricoler sur la collection familiale. "La première voiture sur laquelle je suis monté quand j’étais enfant, c’était la Lamborghini 400", a-t-il un jour déclaré.Tout près se trouve une dynastie automobile belge: Thierry Dehaeck (72 ans) avec son fils Laurent (41 ans), qui cogère à Ypres l’immense collection. Ils participent avec une Maserati Ghibli Spyder de 1969. "Enfant, je voyais les Ferrari et les Lamborghini simplement garées dans l’allée", raconte Laurent. "J’y étais habitué, pour moi ce n’était pas exceptionnel. Mais j’allais toujours à Spa-Francorchamps, notamment avec la Ferrari 512 TR de 1993. Je me souviens encore que, dans cette voiture, il n’y avait qu’un seul CD. Entre-temps, j’ai le droit de la conduire moi-même. Aujourd’hui, ce sont des moments magiques, avec mon petit garçon Charles-Henry à côté de moi dans son siège enfant, fier comme un paon. Il sait déjà que la Jaguar XK 150 de 1958 est ma préférée. Lui-même a d’ailleurs déjà une demi-douzaine de voitures à pédales collectables."Lire aussiDans l’ombre de James BondLe lendemain matin, le jury inspecte les voitures et interroge leurs propriétaires. Le jury compte des figures légendaires comme Adolfo Orsi jr., petit-fils de la famille qui a contrôlé Maserati de 1937 à 1968. Dans leur sillage marche un jeune homme: Paris Brosnan, 25 ans. "Je suis ici pour la première fois", explique-t-il. "L’an dernier, j’ai visité BMW Group Classic — j’y traînais comme un enfant dans un magasin de bonbons. Helmut Käs, le patron de ce département et président du concorso, m’a aussitôt invité comme observer judge. Je suis sans doute le plus jeune jamais désigné. Aujourd’hui, je fais surtout la prise de notes, mais je marche surtout dans l’ombre des autres jurés. Pour devenir un juré à part entière avec droit de vote, j’ai encore beaucoup de devoirs à faire."Ses liens familiaux avec BMW remontent loin. Paris est le fils de Pierce Brosnan, l’acteur irlandais et cinquième interprète de James Bond. Dans GoldenEye (1995), il roulait en Z3; dans Tomorrow Never Dies (1997), en 750iL; et dans The World Is Not Enough (1999), en Z8. Les voitures Bond originales appartiennent à BMW, mais Brosnan a reçu, après chaque film, un exemplaire personnel en cadeau. "Elles sont encore dans la famille", dit Paris. "La 750iL, mon père l’a offerte à mon grand-père à l’époque. Il est entre-temps décédé et maintenant, c’est moi qui ai cette voiture. Je la restaure, et peut-être qu’un jour je la donnerai à mes enfants.""Entre-temps, j’ai six BMW, principalement des E30 (la Série 3 produite de 1982 à 1994, ndlr). Mais je ne me lasse pas non plus des modern classics comme mon E46 (la Série 3 de 1998 à 2007, ndlr). Mon daily, d’ailleurs, c’est une X6.""Bien avant les films Bond, ma mère roulait déjà en BMW; sa première voiture était une 2002. Mais j’ai aussi attrapé l’amour des voitures via la musique, le cinéma et la télévision. J’adore les voitures de DTM et les supercars comme les Bugatti, Pagani et Lamborghini des années 1980 et 1990, mais tout autant une BMW 507 des années cinquante."© Bert Voet"Ce qui joue aussi: on en voit tellement ici que, sur le plan émotionnel, on s’y habitue un peu", rit-il. "Ce qui reste spécial, c’est d’en croiser une dans la rue."BMW a aussi amené les voitures Bond originales à sa toute première expo au Drivers & Business Club de Munich. Brosnan jr. s’est fait un nom sur les catwalks internationaux, mais se consacre aujourd’hui aux arts plastiques, où des voitures sont souvent intégrées. Son travail est également exposé ce week-end sur le domaine de la Villa Erba, un peu plus loin, où se tiennent, en marge du concours, des événements plus accessibles. "J’aime aussi énormément les BMW Art Cars, peintes par des pointures comme Keith Haring, David Hockney et Jeff Koons", raconte-t-il. "Mon grand rêve serait de pouvoir un jour en concevoir une moi-même." Et son rêve automobile ultime? "Une BMW M1", répond-il. "Et une Lancia Delta Integrale."Lire aussi© Bert VoetÉchangée contre une LadaPlus tard dans la journée, les voitures paradent devant l’hôtel. La BMW 328 "Bügelfalte" — en allemand "pli de pantalon" — de 1937 sera désignée Best of Show. C’est l’une des plus importantes voitures de compétition d’avant-guerre survivantes de la marque, construite spécialement pour le rallye Mille Miglia de 1940. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la voiture est passée aux mains du ministre du Reich Albert Speer, avant d’être emportée comme butin de guerre vers l’Union soviétique. Là-bas, au début des années 1970, elle a — tenez-vous bien — été échangée contre une Lada flambant neuve.Après la chute du Mur, elle est revenue en Occident. "Look at the play of light over the bodywork as it drives by", songe Simon Kidston, l’un des plus influents marchands et historiens de voitures de collection au monde, et la voix du concorso depuis 2000. "Look at the dashboard, a thing of beauty in itself."Briquets et dynasties automobilesCette année, le plateau des participants compte lui aussi des jeunes. Dans l’exotique Volkswagen Nardo W12 de 2000, un one-off, se trouve nul autre que l’Autrichien Gregor Piëch (32 ans). Il se souvient encore, depuis son enfance, de la légendaire voiture de record — qui, à l’époque, a roulé 24 heures d’affilée à une moyenne de 322,9 km/h. C’était un projet personnel de prestige de son père Ferdinand Piëch, alors patron du Volkswagen Group. L’anecdote veut que Gregor, enfant, ait un jour demandé à son père d’acheter une Bugatti Type 57SC Atlantic, ce qui aurait poussé Ferdinand à se plonger dans la marque. Cela a débouché sur la Veyron de 2005, la supercar ultime, présentée ici par le collectionneur français Antoine Tauvel. Le public se régale lorsque Piëch jr. raconte à Kidston comment lui et sa femme ont déjà fait des sorties avec les deux voitures, l’une dans le sillage de l’autre: lui dans la Volkswagen, elle dans la Bugatti.© Bert VoetDes rejetons des dynasties automobiles les plus influentes du monde: ce n’est pas tout à fait équitable. Après la parade, un jeunot me demande un briquet. Il y a un problème d’allumage sur la BMW 507 de 1958 de l’Américain John Stafford III, apprend-on. Christopher Curran travaille pour cet homme. Il n’a que vingt ans, mais il est déjà lui-même collectionneur — et tiré à quatre épingles. Lui aussi est ici pour la première fois. "C’est beaucoup plus petit que le Pebble Beach Concours d’Elegance en Californie; plus agréable et plus à taille humaine", dit-il. Il vient tout juste d’achever la construction de sa Porsche 356 Convertible D de 1959. "En Farngrün. Ma toute première restauration, j’ai commencé quand j’avais dix ans", raconte-t-il. "Plus que la puissance et la vitesse, j’aime la beauté et l’élégance des voitures classiques. Je les vois comme des œuvres d’art.""Notre groupe se compose désormais d’environ vingt jeunes femmes qui roulent en anciennes, les restaurent, les collectionnent et voyagent avec."Julia GutAvant même de commencer ses études universitaires, il avait déjà sa propre activité. Aujourd’hui, avec brio, il se lance à l’international comme consultant, sourcer, intermédiaire et gestionnaire de collections. "Comme ça, j’ai déjà rencontré beaucoup d’amis formidables partout dans le monde. J’adore venir en Europe; récemment, je suis allé visiter le studio de design de Pininfarina à Turin." Ici aussi, dit-il, il aborde simplement les propriétaires, dit "hi" et fait un petit compliment sur leur voiture. "Ils aiment ça, surtout de la part de jeunes."Mais le pot aux roses se dévoile vite: Curran marche dans les pas de son père et de son grand-père. "J’ai appris à conduire une boîte manuelle à l’époque dans une minuscule BMW Isetta de 1957, l’une des petites voitures les plus originales au monde", rit-il.Des filles au volantÀ la sortie du domaine, de jeunes spotters automobiles se pourlèchent les babines. Entrer n’est pas possible pour eux. Pour une chambre standard à la Villa d’Este, vous payez de 1.500 à 3.000 euros par nuit. Un billet journée donnant accès au concorso le samedi coûte 645 euros — hors TVA, sans nourriture ni boisson. Mais demain, toutes les voitures rouleront bien vers la Villa Erba, où l’on peut entrer pour 55 euros. À l’entrée, les visiteurs font alors la file sur des centaines de mètres. Sur les pelouses, les influenceurs filment en masse. Ici aussi, la Ferrari 250 GTO de 1962 se trouve simplement "dans la nature": un joyau affichant un prix d’environ 70 millions d’euros. Et l’excellent commentaire de Kidston est inclus.Lire aussi© Bert VoetAujourd’hui se tient déjà Amici & Automobili - Wheels & Weisswürscht, un événement où la grande communauté automobile se retrouve. Une version raffinée d’un Cars & Coffee au lac de Côme, en quelque sorte. Ici, la diversité est reine et l’âge moyen du visiteur est nettement plus bas. On y voit des BMW Série 3, 5, 7 et 8 des années 1980 et 1990, mais aussi une rare Volkswagen Golf Country. La Maserati 222 d’un homme âgé agit comme un aimant sur les jeunes."Nous nous sommes alors dit: ajoutons un nouveau volet et invitons aussi des gens sans stiff upper lip."Benjamin VossHead of BMW and Mini Club & community managementAlignées comme des sœurs: une Rolls-Royce Silver Shadow de 1975, une Ford Capri Mk2 de 1977, une Sunbeam Alpine de 1962 et une MGB GT de 1967. Ces voitures appartiennent aux filles derrière @racelikeher, un "Classic Car Girls Club" fondé en 2024 par Julia Gut, 27 ans, de Zurich. Sa page Instagram compte près de 38.000 abonnés. "Notre groupe se compose désormais d’environ vingt jeunes femmes qui roulent en anciennes, les restaurent, les collectionnent et voyagent avec", raconte-t-elle. "Et bien sûr, ces voitures sont à nous — sauf la Rolls, que Laura a en prêt."Cool et affirmées, mais tout de même féminines, Julia et les siennes bousculent ce qui fut jadis un bastion masculin.Le lubrifiant parfaitEn tant que "head of BMW and Mini Club & community management" chez BMW Group Classic, Benjamin Voss est responsable des clubs de marque dans le monde entier, ainsi que d’événements comme celui-ci. Il a aussi été cofondateur des Hofmeisters (généralement écrit HFMSTRS), un groupe informel d’amateurs de BMW né autour de 2021 en Allemagne. Ils se présentent explicitement comme une communauté indépendante et non comme un club automobile traditionnel avec cartes de membre et statuts, même s’ils sont soutenus par BMW."Amici & Automobili - Wheels & Weisswürscht a commencé à peu près au même moment", explique-t-il. "Traditionnellement, la Villa Erba n’était utilisée que pour la journée publique du dimanche. Mais dans la foulée de la pandémie de covid, en 2022, nous n’étions pas certains que les voitures du concours reviendraient effectivement ici. Nous nous sommes alors dit: ajoutons un nouveau volet et invitons aussi des gens sans stiff upper lip."Cinq ans plus tard, l’événement affiche complet avec 9.000 billets. Environ 120 voitures sont exposées, soigneusement sélectionnées parmi 400 candidats venus de toute l’Europe. "Comme BMW et les Hofmeisters les invitent, il y a une majorité de BMW, mais toutes les marques sont les bienvenues", précise Voss. "Avez-vous vu les Alfistisisters? Magdalena et Margarita courent des rallyes avec une Alfa Romeo Giulia de 1964." Que beaucoup de femmes soient présentes ne passe inaperçu pour personne. "Oui, ce groupe grandit. On le voit aussi sur les réseaux sociaux. Elles découvrent elles aussi que les voitures de collection sont cool et fun. Et elles récoltent des sourires partout."Daniel "Rasi" Rasenberger est la force motrice derrière les événements des Hofmeisters. "La culture auto n’est pas morte, mais elle change — et en bien", dit-il. "Un de nos événements n’est plus: des gens qui viennent montrer leur voiture sur un parking et s’assoient les uns à côté des autres. Nous cherchons de beaux lieux, pleins d’atmosphère, et nous n’organisons pas des événements pour des voitures, mais pour des personnes. Nous voulons les connecter, avec la voiture comme lubrifiant. Ici, vous pouvez aussi venir pour l’architecture ou l’art. Nous voulons être colorés et ouverts, aussi envers les femmes et la communauté LGBTQ. Je veux parler ici avec des gens, pas avec des voitures — même si ça arrive aussi de temps en temps." (rires)Qu’est-ce qui rend les voitures si magiques? "Vous achetez un objet de design qui se déplace lui-même", dit-il. "Ce n’est pas une lampe dans votre salon que vous déplacez d’un coin à l’autre. Vous êtes dedans. Vous pouvez y travailler, comprendre la technique, l’améliorer ou la rendre plus belle. Et c’est un objet qui stimule tous les sens."La voiture ancienne comme tremplinLa crainte que l’amour de l’auto s’éteigne à petit feu semble infondée. Sur les réseaux sociaux, on voit aussi des jeunes avec peu de moyens chercher une voiture analogique qui ne soit pas trop vieille. Ils font des balades, organisent des barbecues et partagent leurs histoires d’automobiles. Et BMW embrasse cette culture. "Nos Série 3 et Série 5 des années 1980 et 1990 sont désormais considérées comme très cool", dit Voss. "Nous gagnons certes un peu d’argent sur les pièces, mais le jeune qui roule avec va chez un petit garagiste indépendant et pas chez un concessionnaire BMW. Néanmoins, nous chérissons leur passion et nous les invitons. Nous ne leur vendons peut-être pas une voiture neuve aujourd’hui, mais nous vendons la marque. Leur ancienne peut plus tard être le tremplin vers leur voiture de tous les jours ou leur voiture de société."Cette année, BMW célèbre le quarantième anniversaire de la M3. Avec le lac en arrière-plan, toutes les générations sont alignées ici, y compris l’exemplaire de 2001 qu’Andy, 32 ans, du Luxembourg, a acheté il y a deux ans. "Je ne suis pas vraiment un collectionneur", raconte-t-il. "Mon daily, c’est une Hyundai i20; un petit truc bon marché et pratique qui dort simplement dehors. Mais pour cette BMW, j’ai acheté un garage. Cette voiture est spéciale pour moi. Elle m’emmène à des événements comme celui-ci et ouvre des portes vers plein de belles personnes. Celle-ci, c’est une voiture à garder, oui. Même si je veux encore en ajouter une autre plus tard."Lire plusNos 8 bons plans pour des vacances sportives à DubaïYoungtimers: entre l'oldtimer du prince Laurent et une Porsche sortie de MatrixAny, le "SUV" électrique sur deux roues avec 120 litres pour tout emporter
Concorso d’Eleganza Villa d’Este: le concours de beauté pour voitures de collection se rajeunit
Le Concorso d’Eleganza Villa d’Este est le concours annuel de beauté pour classic cars en Europe. L’événement respire la tradition, mais une jeune génération de petrolheads y revendique désormais sa place.







