Serge Denoncourt n’a pas hésité lorsqu’un producteur lui a proposé de porter sur scène l’œuvre épique d’Alexandre Dumas. « J’aime ça comme un petit gars dans un carré de sable », dit celui qui a monté Les trois mousquetaires en 2015. « Mais les théâtres n’ont plus les sous pour faire ça. Ça n’existe plus beaucoup, des classiques, avec une grosse distribution, en costumes. Pour les acteurs et moi, ça permet de travailler une langue, une époque, où les personnages sont très loin de nous dans leur façon de parler, de se tenir. Donc de travailler une espèce de théâtralité. » Alors que la tendance est plutôt de vouloir se reconnaître dans les pièces, le metteur en scène « pense que les deux sont intéressants : de ramener les choses à nous dans certains spectacles, mais aussi de raconter des histoires très éloignées de nous, où l’on “joue à”, dans le vrai sens du mot ».Le roman du XIXe siècle a été maintes fois transposé, entre autres dans un film français qui a ranimé, en 2024, l’engouement pour l’œuvre. Pour Mikhaïl Ahooja, qui incarne le rôle-titre, « Dumas nous fait toujours revenir à l’enfance ». « Ce sont des histoires qui nous forgent et qui restent avec nous tout le long de notre vie. Et je pense que lorsqu’on y retourne, ça nous ramène à quand on nous racontait des contes, petits. Et Le comte de Monte-Cristo, c’est tellement une vengeance grandiose, ce qu’on rêverait tous de faire à nos ennemis, qu’il y a comme une catharsis très satisfaisante pour le public dans sa représentation sur scène », ajoute le comédien.Dans son adaptation de ce récit feuilletonesque, Denoncourt s’est concentré « sur le génie de Dumas à conter une histoire », retranchant tout « ce qui n’était pas nécessaire ». Alors qu’il s’apprête à marier Mercédès (Mélissa Désormeaux-Poulin), le jeune Edmond Dantès est faussement accusé de trahison. Il croupira quatorze ans dans la terrible prison du château d’If, avant de s’évader grâce à l’aide d’un codétenu, qui lui révèle la cachette d’un super trésor. Devenu richissime, il va orchestrer, sous l’identité du comte de Monte-Cristo, la chute successive des trois hommes qui l’ont piégé (Maxime Denommée, Kevin Houle, Maxime de Cotret), dont l’un a entre-temps épousé le grand amour de Dantès.Une machination ingénieuse et rocambolesque. « Ces personnages-là ne peuvent exister que dans un roman ou une pièce. On se dit au moins une fois par répétition : “Ça se peut pas ça, hein ?” », note en riant le metteur en scène, qui vit un été chargé, puisqu’il montera aussi, en juillet, la création à sketches Tout sur le sexe.La vengeance dans la peauIl s’agit ici de la huitième collaboration entre les deux artistes depuis 2011. Serge Denoncourt, qui avait repéré le talent, le charisme de Mikhaïl Ahooja dès l’école de théâtre, lui avait offert l’un de ses premiers rôles. « Lorsqu’un acteur te comprend et que tu obtiens des résultats, tu as envie que cette relation ne se passe pas seulement sur un show, mais sur plusieurs, pour pouvoir aller plus loin dans le travail. Alors, je trouvais qu’on était pas mal rendus à travailler sur un grand premier rôle. Et je dois diriger Mikhaïl deux fois moins qu’il y a 10 ans : il sait déjà que [telle chose], je n’aimerai pas ça, ou que c’est [à tel endroit] que je veux aller. »« Parce que j’ai fait l’école Serge Denoncourt », blague l’interprète. Leur relation a évolué avec le temps. « Cela a commencé dans une espèce d’esprit de mentorat, à 23 ans. Mais dans les trois ou quatre derniers spectacles, c’est beaucoup plus collaboratif parce que je me le permets. Je sais ce qu’il aime. J’ai plus confiance en moi, j’ose davantage prendre ma place, et Serge m’accepte là-dedans. »
«Le Comte de Monte-Cristo»: la revanche des classiques
Le metteur en scène Serge Denoncourt et le comédien Mikhaïl Ahooja s’attaquent à une version scénique de l’œuvre de Dumas.











