Après 18 ans de loyaux services, Céline Galipeau quitte jeudi son poste de cheffe d’antenne du prestigieux Téléjournal (TJ) de fin de soirée Radio-Canada, et il faut bien l’admettre : comme tous les journaux télévisés du monde, celui-ci semble aussi atteindre l’âge de la retraite.En ce sens que l’ancien rendez-vous de masse quotidien, comme souvent la télé au complet, en fait, est maintenant devenu majoritairement celui des personnes âgées.Les cotes d’écoute du TJ de Radio-Canada dépassent rarement les 300 000 personnes. L’émission de fin de soirée ne se hisse presque plus dans les tops 30 hebdomadaires des plus regardées au Québec francophone. Le phénomène s’observe partout. La moyenne d’âge du TJ de France 2 est de 63 ans. Le développement impérial de la télévision dans l’univers médiatique a accompagné la génération des baby-boomers et pourrait disparaître avec elle.Les jeunes de moins de 35 ans délaissent massivement la télé linéaire au profit des réseaux sociaux, y compris comme sources d’information, et ce, même si Facebook et Instagram bloquent les contenus des médias traditionnels, comme Le Devoir. Le basculement canadien est confirmé dans le dernier Digital News Report (DNR) de l’Institut Reuters pour l’étude du journalisme publié cette semaine.« La plateformisation de l’information est une tendance lourde observée depuis une décennie », explique Craig Robertson, chercheur de l’Institut, joint à Londres, où il travaille à la production annuelle du DNR à l’échelle mondiale. Il a été interviewé avant la diffusion du rapport concernant le Canada.« Je dirais simplement que les inquiétudes sont devenues plus urgentes. Pendant de nombreuses années, beaucoup de gens dans l’industrie des médias se disaient que les jeunes finiraient par vieillir et commenceraient à regarder la télévision ou à acheter des journaux. Chaque fois que j’en ai l’occasion, je le répète : cela n’arrivera pas — et chaque année, nous en accumulons davantage de preuves. »Contenant contre contenuLa rupture ne s’explique pas seulement par l’innovation technologique. La plateformisation (le contenant) se double d’une mutation du type d’information recherché (le contenu).« Il semble qu’il y ait chez les jeunes générations un changement dans la définition même de ce qui constitue une nouvelle et dans leur façon de percevoir l’information », dit le chercheur qui a réalisé son doctorat sur les fondements épistémologiques du journalisme. « Elles conservent bien sûr une conception classique des nouvelles : la politique, les affaires, l’économie, etc. Mais les plus jeunes incluent également beaucoup d’autres choses autour de ces thèmes. »Résultat : pour beaucoup d’entre eux, les informations des sources classiques ressemblent à un univers qui ne leur est pas destiné. « Ils regardent un TJ et se demandent : « Que se passe-t-il ? Qui sont ces gens ? De quoi parlent-ils ? ajoute M. Robertson. C’est notamment ce qui explique la popularité croissante des formats explicatifs et des créateurs sur les réseaux sociaux qui décodent l’actualité pour leur public. »Les info-influenceurs, comme Alexplique ou HugoDécrypte, concentrent cette dynamique innovatrice. Idem pour les segments d’Andrew Chang à CBC ou les productions de Rad, le laboratoire du journalisme de Radio-Canada.