Dans “L’Illusion de Yakushima”, de Naomi Kawase, la comédienne germano-luxembourgeoise joue une Française venue travailler à Kobe comme médecin et infirmière. Elle nous parle de ce rôle, de voyages et d’émotions. Vicky Krieps, actrice sensible et secrète. Robert Jean-Francois / modds Par Frédéric Strauss Publié le 17 juin 2026 à 10h00 «<em>Quand on vient d’un endroit aussi petit que le Luxembourg, c’est difficile de s’imaginer sur un grand écran », nous disait-elle il y a deux ans, lorsqu’elle fit la couverture de Télérama pour le beau western de Viggo Mortensen, Jusqu’au bout du monde. Si Vicky Krieps est une actrice qu’on a plaisir à rencontrer encore et encore, c’est qu’elle nous amène toujours au cinéma avec son précieux sens du décalage, un art du recul qui n’appartient qu’à elle. La Japonaise Naomi Kawase lui offre avec L’Illusion de Yakushima un univers à son image, sensible et secret, délicat et fort aussi, comme les liens qui s’y racontent face à la maladie. Depuis Berlin, sa ville d’adoption qu’elle espère quitter pour s’installer à Bruxelles, l’actrice revient sur son expérience nippone et sur les échos que ce film a trouvés en elle. Un rôle à cœur ouvert... « En tournant au Japon dans des hôpitaux où des enfants espèrent bénéficier d’une transplantation cardiaque, j’ai fait une expérience si forte qu’il est difficile de la décrire. Voir des bébés qui attendent un nouveau cœur, c’est une vérité qui te remet en place. J’ai compris que je n’avais jamais été sensibilisée à cette réalité, ni à l’école, ni ailleurs. Faire ce film avec Naomi Kawase m’a appris beaucoup. Je joue une Française venue travailler à Kobe comme médecin et infirmière, entre deux métiers. C’est aussi ma place en tant qu’actrice : je suis entre une réalité et une autre, entre la vraie vie et la vie que recrée la fiction. » Pudeur et émotions... « En tant qu’actrice, je me protège des émotions. Je les aborde en y cherchant une dimension spirituelle, quelque chose de plus vaste que moi. Naomi Kawase voit, elle aussi, l’être humain comme un élément d’un univers qui a une dimension beaucoup plus grande, à laquelle il faut s’ouvrir. Dans ma vie personnelle, je parle beaucoup aux arbres. Je suis alors si connectée au moment présent que les émotions deviennent plus relatives. Au Japon, j’ai aimé la pudeur des gens, je peux moi-même être très timide parfois. Mais j’ai senti qu’il y avait dans cette réserve presque un mensonge. Les Japonais qui n’ont rien sont très humbles et ne se plaignent pas. Mais ceux qui ont de l’argent ne sont pas humbles ! La culture de la réserve est donc aussi une manière de réprimer l’expression d’un sentiment de révolte devant l’injustice, qui est très présente au Japon. J’ai eu le sentiment que cette vérité n’était pas dite. » Voyages et nouveaux horizons... « J’aime voyager. Je pense que la vie est un voyage. Je veux aller vers d’autres vérités que la mienne et il faut pour cela se mettre en mouvement. À 20 ans, j’ai quitté le Luxembourg, je suis partie seule en Afrique du Sud, où j’ai travaillé auprès d’enfants atteints du sida. C’était dur mais c’est aussi là que j’ai vu des sourires comme jamais personne ne m’en avait fait. Ce premier voyage m’a permis de prendre la décision de devenir actrice et non pas avocate. Mon métier m’a ouvert d’autres horizons, d’autres voyages. Il y a dix ans, quand j’ai découvert, avec Phantom Thread, la logique purement financière à laquelle obéissait la promotion d’un film aux États-Unis, je n’ai plus eu envie d’y travailler. J’y reviens depuis quelque temps. J’ai tourné dans beaucoup de pays, en France, en Nouvelle-Zélande et récemment en Espagne avec Charlotte Gainsbourg, dans un film très artistique qui parle justement de voyage. J’y joue, en quelque sorte, un paysage. » Vicky Krieps en quelques dates2024 Elle joue avec Viggo Mortensen dans le western que celui-ci réalise, Jusqu’au bout du monde.2023 Elle est Anne d’Autriche dans Les Trois Mousquetaires, de Martin Bourboulon.2022 Prix de la meilleure actrice aux European Film Awards pour Corsage, de Marie Kreutzer.2022 Nommée au César de la meilleure actrice pour Serre moi fort, de Mathieu Amalric. Cinéma Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus