16 juin 2026Aujourd'hui à 19:16Mis sous forte pression par Washington, les élus européens ont adopté la suppression des droits de douane sur les produits industriels américains. Le prix à payer pour une stabilité très relative. "Entre le fort et le faible, c'est la liberté qui opprime et c'est la loi qui affranchit", disait l'académicien français Henri Lacordaire. Face aux États-Unis de Donald Trump, l'Union européenne a accepté d'assumer le rôle du faible, en échange de règles censées la protéger. Cette décision a été scellée en juillet dernier par une poignée de main entre Ursula von der Leyen et le Président des États-Unis, dans son golfe écossais de Turnberry. Soumise à une pression maximale par un allié aux airs de suzerain, l'Europe avait accepté avec le sourire que Washington lui impose des droits de douane de 15%. Et (car ce n'était pas suffisant) de réduire à zéro ses propres droits de douane sur les produits industriels américains. L'opération valait-elle le répit obtenu?Oui, trois fois oui, a répondu le Parlement européen, ce mardi. Dans un silence de mort, les eurodéputés ont voté en faveur de la suppression des droits de douane. L'écrasante majorité réunie (444 pour, 152 contre, 54 abstentions) traduit la volonté des groupes politiques de présenter une Europe unie sur un vote aussi sensible. Ne pas adopter ce texte, c'eût été remettre une pièce dans la machine trumpienne, alors que l'Américain menaçait de décocher de nouveaux tarifs douaniers contre les voitures européennes si la mesure n'était pas en place avant le 4 juillet.Un répit très relatifReste à voir combien de temps tiendra ce répit, très relatif. Car Washington n'a pas attendu que l'encre de l'accord de Turnberry soit sèche pour commencer à l'écorcher, en instaurant des tarifs d'exception à 50% sur quelques produits, au motif qu'ils contiennent de l'acier. L'accord en a encore pris un coup quand la Cour suprême des États-Unis a balayé sa base légale: pour maintenir sa politique, l'administration Trump a décidé d'emprunter d'autres chemins légaux, ce qui a entraîné, pour de nouvelles catégories de produits, le franchissement du fameux seuil des 15%. Et, accord, ou pas, Trump ne manque aucune occasion de rappeler qu'il reste Trump, par exemple en menaçant la France de nouveaux tarifs à 100% sur ses vins. Les Européens ont beau rappeler à tue-tête que "un accord reste un accord", personne ne pourra feindre l'étonnement si l'Américain décidait soudain de chercher à obtenir un meilleur "deal".Pour l'heure donc, l'Europe fait profil bas, espérant y gagner en stabilité - sur le terrain commercial et plus généralement dans sa relation avec le tempétueux locataire de la Maison-Blanche. Après avoir montré, avec l'affaire du Groenland, qu'il y avait des limites à ce qu'elle était prête à accepter, elle avale la couleuvre de Turnberry. Et croise les doigts pour ne pas en voir arriver d'autres de sitôt.