Début juin, le représentant des États-Unis pour le commerce extérieur, Jamieson Greer, a indiqué que 60 pays, y compris le Canada, se verront imposer de nouveaux droits de douane parce qu’ils ne luttent pas assez efficacement contre l’importation de biens issus du travail forcé. Cette annonce — survenue après que la Cour suprême a jugé invalide certains droits de douane imposés par le gouvernement Trump — a suscité son lot de perplexité. Mais se pourrait-il que les critiques des États-Unis soient valables ? Magdaline Boutros fait le point.

Les États-Unis luttent-ils plus efficacement que le Canada contre le travail forcé ?

Comparons les statistiques de 2024 et de 2025. Au cours de cette période, la douane aux États-Unis a retenu 12 175 cargaisons soupçonnées d’être liées au travail forcé. On ne sait pas combien d’entre elles ont été définitivement bloquées après le processus d’examen.Mais la majorité de ces interceptions étaient liées à la Loi sur la prévention du travail forcé des Ouïghours (une minorité musulmane persécutée en Chine). Sur les 22 663 gammes de produits stoppées aux douanes en 2024 et 2025 en vertu de cette loi, 14 681 gammes de produits, soit environ 65 %, se sont vu refuser l’accès au marché états-unien.Durant la même période, le Canada n’a bloqué que deux cargaisons issues du travail forcé. L’Agence des services frontaliers du Canada indique qu’elle n’a intercepté et soumis à un processus d’examen que 50 expéditions soupçonnées d’être liées au travail forcé depuis 2020.« Le Canada laisse entrer des produits qui ont été faits par du travail forcé ou du travail des enfants », déplore la sénatrice canadienne Julie Miville-Dechêne, activement engagée dans la lutte contre le travail forcé. « Généralement, ces produits sont moins chers. Donc pour quelques sous d’économie, on est complices. On n’a aucune raison, comme pays riche, de participer à ça. »