Culture ArtsDisparition. Ultime artiste vivant véritablement "bankable" de sa génération, l’artiste, décédé ce vendredi à l’âge de 88 ans, incarnait à lui seul un pont entre l’avant-garde des années 1960 et la création du XXIe siècle.Publié le 13/06/2026 à 07:00L'artiste britannique David Hockney pose devant un détail de son tableau "L'arrivée du printemps à Woldgate, East Yorkshire, en 2011 (vingt-onze)" à la Royal Academy of Arts de Londres, le 16 janvier 2012.ReutersIl était le dernier géant capable de remplir les musées comme une rock star et de faire vibrer le marché de l’art comme aucun autre créateur encore en vie. Avec la disparition de David Hockney, annoncée ce vendredi 12 juin, la sphère artistique perd l’une de ses figures les plus populaires, les plus influentes et les plus cotées de l’époque contemporaine. Pendant plus de six décennies, le peintre britannique aura réussi un exploit rare : conjuguer reconnaissance critique, succès public et records sur le marché de l’art. Ultime artiste vivant véritablement bankable de sa génération, il incarnait à lui seul un pont entre l’avant-garde des années 1960 et la création du XXIe siècle.Né en 1937 à Bradford, dans le Yorkshire, David Hockney s’impose, dès les sixties, comme l’un des visages du pop art britannique. Formé au prestigieux Royal College of Art de Londres, il se distingue rapidement par un style figuratif audacieux à une époque où l’abstraction domine encore les débats artistiques. De son regard libre, son humour et son refus des conventions, il fait une signature. Mais c’est en Californie, où il s’installe à partir de 1964, qu’il forge sa légende. Fasciné par la lumière de Los Angeles, les villas modernistes, les piscines turquoise, il développe une palette éclatante qui tranche avec la grisaille de son Angleterre natale. En 1967, A Bigger Splash devient l’une des images les plus célèbres du XXe siècle : une piscine immobile, l’explosion d’une éclaboussure, et toute une mythologie californienne condensée dans une seule toile. Parmi ses œuvres emblématiques figure également Portrait of an Artist (Pool with Two Figures), tableau entré dans la légende lorsqu’il fut adjugé plus de 90 millions de dollars en 2018, établissant alors un record pour une œuvre d’un artiste vivant. Cette vente consacrait un phénomène unique : Hockney était désormais une marque mondiale, identifiable bien au-delà du cercle des amateurs d’art.Mais réduire David Hockney à ses fameuses piscines serait faire l’impasse sur d’autres facettes, parfois moins connues mais tout aussi fondamentales de son corpus. Le peintre fut ainsi un remarquable portraitiste qui a saisi, avec une précision psychologique rare, ses proches, ses amis, ses compagnons. Il fut aussi un infatigable expérimentateur, qui n’a pas hésité, jusqu’à un âge avancé, à s’approprier les nouvelles technologies. Dès les années 1980, ses photomontages composés de multiples clichés remettent en question la perspective classique. Plus tard, il adopte l’iPhone puis l’iPad comme outils de création, produisant des paysages numériques qui séduisent une nouvelle génération de visiteurs. Son retour régulier dans le Yorkshire lui inspire également de vastes compositions célébrant les saisons anglaises.Ces dernières années, installé entre la Normandie, Londres et le nord de l’Angleterre, vieillissant, geste et verbe ralentis, il a continué d’explorer la couleur, la lumière et les mécanismes de la vision, ne se lassant pas, en lecteur assidu de Proust, de scruter la fuite du temps à travers les paysages qui l'entouraient, comme il nous le confiait il y a cinq ans avec un enthousiasme et une curiosité intacts. Enfin, artiste ouvertement homosexuel à une époque où cela demeurait risqué, Hockney a aussi contribué à rendre visibles les identités et les modes de vie longtemps absents de l’histoire de l’art. Son travail, profondément personnel mais universellement accessible, a touché des millions de personnes à travers le monde. Il laisse derrière lui bien davantage qu’une œuvre : une façon lumineuse de regarder le monde.