« On ne naît pas raciste, on le devient » : tel est le refrain de Lilian Thuram dans son combat de longue haleine, aussi ferme que pédagogique, contre le racisme. Dans cette « Échappée », enregistrée en public le 6 juin, au Point Fort d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), il développe, non sans humour et de façon limpide, cette conviction que sa fondation martèle depuis près de deux décennies : « Le racisme est une construction culturelle, politique et économique. »« On ne collabore pas avec la haine », conclut-il, tant sa pédagogie, notamment auprès de la jeunesse, est un appel à connaître les ressorts du racisme pour mieux le combattre, sans concession. Livre fondateur paru en 2020, La Pensée blanche condense toute sa démarche. C’est une invite à prendre conscience de la construction, sur une très longue durée, du préjugé qui a inventé les Blancs comme norme dominante pour banaliser et normaliser oppressions, dominations et discriminations.En feuilletant aussi ses autres ouvrages – notamment Mes étoiles noires (2010), puis son Manifeste pour l’égalité (2012), enfin la récente bande dessinée Notre histoire (2026) –, notre échange a revisité cette « ligne de couleur » qui imprègne l’inconscient des dominations occidentales et qui, sans cesse, renvoie les non-Blancs à leur altérité, les enfermant dans la différence qui leur est assignée.Lilian Thuram en compare le mécanisme à l’intériorisation de la domination masculine, cette supériorité naturelle dont se croient dépositaires les hommes, jusqu’à n’avoir pas conscience du privilège qu’elle leur octroie et des violences qu’elle engendre. Sur le site de sa fondation, Lilian Thuram a inscrit cette citation de l’anthropologue Françoise Héritier : « La question de l’inégalité des sexes est éminemment politique. Ce modèle inégal est la matrice de tous les autres régimes d’inégalité. »Forcément, à quelques jours de l’ouverture de la Coupe du monde, nous avons également parlé football. Nous avons revisité l’itinéraire du joueur international aux 142 sélections en équipe de France, champion du monde en 1998 et champion d’Europe en 2000, depuis la Guadeloupe où il est né en 1972 jusqu’à la banlieue parisienne où il est arrivé à l’âge de 9 ans. Passion que prolongent ses deux fils, Marcus (sélectionné pour la Coupe du monde 2026) et Khéphren, le football est pour lui bien plus qu’une profession : « C’est ma vie, dit-il. Tout ce que je suis, je le dois au football. »Mais une passion qu’il veut intègre, d’où sa critique de sa marchandisation, ce foot saisi et corrompu par le business, et sa colère contre les discriminations qui y persistent. Nous sommes ainsi revenus sur l’affaire des quotas, révélée en 2011 par Mediapart, lors de laquelle il avait pris position à nos côtés. Et nous avons évoqué le récent Foot Manifesto (éditions Divergences, 2026), dirigé par Mickaël Correia et Sébastien Thibault, avec ses « quinze propositions pour sauver le ballon rond », dont la première devait être rédigée par notre confrère de So Foot Christophe Gleizes, toujours détenu en Algérie.