Publié le 10/06/2026 09:05

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Mercredi 10 juin, Patrick Kanner, sénateur du Nord et président du groupe socialiste au Sénat, était l'invité politique de franceinfo. Il est notamment revenu sur le projet de loi sur la protection de l’enfance mis sur la table par Sébastien Lecornu, et a également dressé le portrait-robot de son candidat idéal pour la gauche à la présidentielle.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.Alix Bouilhaguet : L'onde de choc se poursuit en France avec la mort de Lyhanna. Est-ce que ce drame indique un problème systémique au sein de la justice ou des défaillances personnelles d'enquêteurs ou de magistrats ?Patrick Kanner : C'est sûrement une défaillance très localisée, mais qui révèle une défaillance systémique. C'est un fiasco judiciaire qui a entraîné la mort d'une enfant de 11 ans et qui aujourd'hui montre que notre justice n'est pas à la hauteur des enjeux, malheureusement, de la multiplication des pédocriminels dans notre pays. Donc il faut réagir. Il faut réagir avec force, avec détermination et avec des moyens.Mardi 9 juin, Sébastien Lecornu a mis sur la table un projet de loi de protection de l'enfance. Il plaide notamment pour la perpétuité pour les violeurs en série d'enfants. Aujourd'hui, c'est vingt ans maximum. Est-ce que déjà, sur cette proposition, vous êtes d'accord ?Ramener les peines à un niveau qui permette d'éviter que des prédateurs soient dans la nature et continuent leur œuvre terrible, bien sûr. Bien évidemment, on y est favorable. Mais on est à la fin de la chaîne. La question, ce n'est pas de constater de nouvelles morts d'enfants dans les mains de ces personnages affreux, mais de pouvoir imaginer toute une procédure en amont qui évite finalement que des enfants deviennent des victimes.J'imagine que dans votre esprit, c'est justement la loi transpartisane. Sébastien Lecornu souhaite aussi raccourcir les délais d'enquête à trois mois pour instruire une plainte qui concerne un enfant. Là, c'est vrai que ça fait écho avec ce qui s'est passé concernant l'affaire Lyhanna. Vous trouvez aussi que c'est une bonne idée ?La protection des enfants, y compris avec ce type de mesures, est une urgence absolue. Mais dans ces cas-là, il ne faut pas que le président de la République nous dise que ce n'est pas un problème de moyens. Si c'est un problème de moyens. Il nous manque de tout dans ce type d'affaires. Il nous manque des pédopsychiatres, il nous manque des magistrats, il nous manque de formation des magistrats aussi par rapport à ce type de situation. Tout doit être mis sur la table, diagnostiqué, il faut qu'il y ait des solutions politiques. Et ces solutions politiques passent, M. Lecornu l'a dit, par des dizaines, des centaines de millions d'euros, mais la vie de nos enfants le justifie.Vous parlez de moyens, l'exécutif, le président de la République et Sébastien Lecornu disent que le budget de la justice était de 7 milliards en 2017 et qu'il sera de 11 milliards en 2027. Donc on ne peut pas dire que le gouvernement n'a rien fait.Effectivement, le gouvernement a développé, et c'est vrai que le budget de la justice a enfin été augmenté, mais ciblé, notamment sur la construction de prisons, qui sont nécessaires. Mais sur ces moyens-là, les moyens de protection de l'enfance, honnêtement, le compte n'y est pas. Donc, il faut aller chercher de l'argent, y compris dans la fiscalité, pour protéger nos enfants les plus fragiles.Concernant encore un dernier point de protection de l'enfance, la durée de prescription des faits pour les viols sur mineurs est aujourd'hui de trente ans après la majorité. Est-ce qu'il faut une imprescriptibilité au nom de la levée de l'amnésie traumatique qui peut arriver tard ?On le voit avec les situations sur d'autres faits d'actualité. Je n'y reviens pas. C'est évident que l'amnésie traumatique doit être prise en considération et donc aboutir à une évolution de la prescription. Mais encore une fois, on est toujours à la fin. Vos questions évoquent la fin de la procédure. Moi, je souhaite des mesures de prévention.Entrons dans ce qui peut se passer avant avec cette loi intégrale transpartisane qui est proposée par les socialistes. Grosso modo, c'est 78 mesures pour une approche plus globale sur les violences faites aux femmes et aux enfants. Prévention, protection, sanction, accompagnement des victimes. Mais selon le Premier ministre et aussi selon Gérald Darmanin, aucune disposition de cette loi n'aurait répondu au drame de Lyhanna.La proposition portée par ma collègue socialiste Céline Thiébault-Martinez doit être inscrite le plus vite possible dans le débat parlementaire.Donc il faut une session extraordinaire, vous dites en septembre ? Parce que Gérard Larcher, le président du Sénat, n'est pas tout à fait favorable à ce qu'il y ait une session extraordinaire en septembre.Quand il s'agit de la protection des enfants, et qu'il y ait une session extraordinaire à l'Assemblée nationale en septembre, c'est possible. Le texte arrivera après les élections sénatoriales chez nous en octobre, c'est possible, le plus vite possible. Le texte du Conseil d'État, Mme Braun-Pivet, la présidente de l'Assemblée nationale, a demandé son examen. 78 mesures, vous l'avez rappelé, dans une loi intégrale, c'est-à-dire une loi à 360°. On examine toutes les situations, en situation intrafamiliale, dans le milieu scolaire, dans le milieu du travail, dans le milieu de la santé. Aujourd'hui, quand on sait que seulement 1% des viols constatés aboutissent à une condamnation, on ne peut pas accepter cela dans un pays comme la France. Donc, ce n'est pas possible d'avoir 70 000 plaintes concernant des enfants qui soient aujourd'hui non traitées par la justice.Elles vont être traitées en urgence d'ici la mi-juillet, c'est ce que Gérald Darmanin souhaite. Il a raison ?Je vais vous donner un exemple très concret. Hier, nous avons auditionné M. Darmanin et M. Nunez au Sénat. 70 000 plaintes ont été constatées et M. Darmanin est incapable, parce qu'il n'y a pas d'élément statistique, de dire combien il y a encore d'enfants mineurs concernés par ces plaintes. Voilà l'état de la justice en matière de protection des enfants dans notre pays. Ce n'est plus acceptable. Moi, je souhaite que l'affaire Lyhanna, que cette petite fille, serve d'exemple pour plus jamais ça. Mais le "plus jamais ça", c'est un objectif. Encore faut-il qu'il y ait une volonté politique pour y parvenir.Cette loi transpartisane qu'on évoque coûte 2,7 milliards d'euros. Les caisses sont vides, ça veut dire qu'on prend où l'argent ?Je vous l'ai dit, la vie de nos enfants n'a pas de prix. Si elle a un coût, allons chercher l'argent là où il existe. Vous savez, sans vouloir faire de la politique politicienne, surtout sur un sujet aussi grave, qu'il y a des ressources dans notre pays qui ne sont pas assez mobilisées.Je ne vous ai pas entendu ce matin demander la tête de Gérald Darmanin ou de Laurent Nunez.Effectivement. Moi, je ne tire pas sur les ambulances. Nous ne sommes pas dans un régime anglo-saxon où les ministres auraient déjà démissionné. Moi, je souhaite que M. Darmanin aille jusqu'au bout de ses responsabilités et qu'il porte les réponses qu'il n'a pas été capable, lui et ses prédécesseurs, d'apporter dans de telles situations.Karim Bouamrane est le deuxième socialiste à se présenter à la présidentielle après Jérôme Guedj. Est-ce que c'est un bon candidat, le maire de Saint-Ouen ?Karim Bouamrane est un très grand maire de Saint-Ouen. C'est vraiment un homme que j'apprécie beaucoup. Il est, sur tous les combats, notamment de la laïcité républicaine, un homme engagé qui a été formidablement réélu dans sa ville il y a maintenant quelques semaines.J'entends venir un "mais" ?Karim Bouamrane est dans la solution de cette grande famille socialiste, cette galaxie socialiste et social-démocrate, écologiste, qui doit avoir un candidat totalement identifié. Il est dans la solution. Est-ce qu'il est la solution ? C'est bien trop tôt pour le dire. Nous avons des procédures de désignation. Mais nous portons en notre sein, dans notre famille, des personnalités extrêmement fortes qui seront utiles pour que la gauche ne disparaisse pas derrière ou Monsieur Mélenchon, la gauche radicale, ou derrière l'extrême droite.Vous parlez de personnalité et vous, vous n'êtes pas candidat ? Pourquoi ne pas vous présenter ?Je n'ajouterai pas de candidatures. Est-ce que je suis dans la solution comme président du groupe socialiste au Sénat ? Sûrement dans la solution. Être dans la solution ne veut pas dire qu'on est pour autant candidat.Donc vous n'êtes pas l'incarnation du candidat. Vous dites qu'il y a plein de candidats. Mais pour vous, c'est qui le meilleur ? Parce qu'il y a un embouteillage de candidats à venir également ?Je vais vous donner le profil chinois. Quelqu'un capable d'être devant M. Mélenchon, qui pour moi est un vote inutile. M. Mélenchon est un vote inutile parce qu'il ne sera jamais capable de battre l'extrême droite s'il devait advenir au premier tour. Être devant M. Mélenchon, pouvoir se qualifier au second tour, garder les voix de gauche autour de lui et aller chercher les voix qui viennent du centre et du centre-droit. Pourquoi je dis cela ? Parce qu'aujourd'hui, la gauche est à 31%, 32% maximum, tout confondu. Je vous rappelle qu'en 2012, quand François Hollande gagne les élections, nous étions à 42% au premier tour, toute la gauche confondue. Donc il nous manque beaucoup encore de moyens pour parvenir à ça.Ce portrait chinois, ça ne peut pas être Raphaël Glucksmann ? C'est lui qui est le mieux placé. Pourquoi pas vous ranger ? Il dit : "Je me donne trois mois pour rassembler". Pourquoi vous ne vous rassemblez pas déjà derrière lui ?Raphaël Glucksmann est dans la solution. Est-il la solution ? C'est une hypothèse de plus en plus crédible. Je vous le concède. Mais aujourd'hui, lui-même disant "dans trois mois je prendrai ma décision", ça signifie qu'il réfléchit encore.Il a fait une erreur ?Je ne crois pas. Il est un homme sincère et je lui souhaite de faire un grand meeting samedi prochain à Aubervilliers.Vous irez ?Je ne pourrai pas y aller pour des raisons très personnelles.Mais sinon, vous auriez pu y aller ?Je lui ai envoyé un petit mot disant que je serais venu le voir avec grand plaisir mais je ne peux pas malheureusement y être, mais que je l'écouterai à distance. En tout cas, sachez qu'en évoquant tous ces noms, nous démontrons que cette gauche-là, cette gauche que j'aime, cette gauche qui est de responsabilité, est capable d'avoir un bon candidat en 2027.Sauf qu'en ce moment, on est noyé dans la primaire qui devient une double primaire. Elle est mort-née, cette double primaire souhaitée par Olivier Faure ?Le premier secrétaire fait une proposition. Elle n'est pas, disons-le, complètement consensuelle. Et puis il y a des personnages politiques qui ne veulent pas y rentrer. Donc il va falloir constater que nous sommes un peu dans une impasse politique et qu'il nous faudra sûrement trouver une autre voie pour déterminer notre candidat le meilleur possible pour être au second tour en 2027.Et l'autre voie, c'est comment ?L'autre voie c'est sûrement d'abord l'étude de l'opinion par les sondages et le consensus. Moi j'appelle au consensus autour de notre futur candidat.