© Omar Al GurgSa plus grande passion reste toutefois la photographie. "Je fais de la photo depuis l’âge de 11 ans", lance-t-il fièrement. "Déjà à l’époque, je publiais mes images en ligne pour obtenir le "feedback" de professionnels. Je dévorais des livres de photo et j’essayais de reproduire les images que j’y voyais. J’ai appris le métier entièrement par moi-même.""À l’approche du sommet, la concentration d’oxygène chute à 49%.""Je ne suis pas focalisé sur une chose en particulier, comme l’architecture ou la nature. Ce que j’aime, ce sont les détails. Tout ce qui recèle un tant soit peu du détail m’intéresse, qu’il s’agisse d’un visage, d’un bâtiment, d’un paysage ou de plantes. Je suis toujours attiré par ce qui échappe le plus souvent au regard des autres."Sans nourriture ni eauCet été, Omar Al Gurg publie pour la première fois son propre livre photo: "Kilimanjaro: Everyman’s Mountain". Un récit de voyage photographique consacré à son ascension de la plus haute montagne d’Afrique. L’origine du projet a, elle aussi, quelque chose d’inattendu. "Après une randonnée très éprouvante de huit heures dans les montagnes des Émirats arabes unis, où nous nous sommes retrouvés sans rien à manger ni à boire, mes amis ont plaisanté: si on survit à ça, on peut tout aussi bien faire le Kilimandjaro. Quelques semaines plus tard, nous avions effectivement réservé le voyage", raconte-t-il. "Je ne m’étais absolument pas préparé, et j’ai décidé de partir pour la Tanzanie afin de voir jusqu’où j’irais."Lire aussiÉquipé de trois caméras, Omar Al Gurg a transformé cette expédition de six jours en une épopée visuelle, où se dessine la ligne fragile entre les limites du corps humain et la majesté du monde naturel.Trois caméras dans le sac, il s’attaque à la montagne avec une idée fixe: montrer autre chose. "En ligne, je ne trouvais que des images touristiques de personnes au sommet. Tout ressemblait à des cartes postales. Pourtant, une telle expédition devait offrir bien plus que cela, non? Pendant l’ascension, il prend plus de 1.800 photos; environ 200 seront retenues pour le livre. Au final, rien d’un reportage de montagne classique: plutôt un hommage visuel à un écosystème vivant, en perpétuel mouvement."Je n’étais absolument pas préparé pour cette ascension. J’ai pourtant choisi de me lancer et de voir jusqu’où cela me mènerait."Au départ, Omar Al Gurg n’imaginait pas en faire un "vrai" livre. "Je voulais simplement composer une sorte de récit photo personnel, quelque chose à garder pour moi." Le projet dépasse toutefois peu à peu le cadre du souvenir privé. "J’ai d’abord pensé à un éditeur local, puis cela m’a paru trop limité. Ce serait dommage que le livre ne soit disponible qu’ici, à Dubaï." Une amie lui ouvre alors une porte: la maison d’édition new-yorkaise Rizzoli. "Je leur ai montré le projet et, heureusement, ils ont immédiatement été intéressés par sa publication."Pour les textes du livre, Omar Al Gurg s’entoure de son ami Bruno Bianchini. "Bruno a un master en "sustainability" de Harvard et faisait partie des amis qui ont gravi le Kilimandjaro avec moi. Après l’ascension, nous avons longuement discuté de toute la randonnée; nous avons enregistré cette conversation, et elle est devenue la base du récit de voyage qui accompagne les photos."Lire aussi© Omar Al GurgDésert dans le cielCe récit n’a rien d’une promenade. "Sans préparation solide, c’était dur. Chaque jour devenait plus difficile", confie-t-il. "Le premier jour, étonnamment, a été assez simple. Je me suis vraiment dit: je vais y arriver. Le deuxième jour, en revanche, je suis tombé et j’ai failli me fracturer les côtes. C’est ma caméra, suspendue contre mon corps, qui a heureusement amorti le choc. Mon objectif s’est brisé dans la chute, mes côtes, elles, ont été sauvées."À partir du troisième jour, le décor bascule. "On avait l’impression de marcher dans un désert dans le ciel. Pendant huit heures, on avançait dans un paysage désertique, presque surréaliste, où rien ne semblait changer. Tu regardes devant, tu regardes derrière: tout reste identique. Seuls les nuages bougent. Tu ne vois que tes propres traces et le sac du randonneur devant toi. Ce vide, cette sérénité, je trouvais ça magnifique."Plus l’altitude grimpe, plus le corps encaisse. "Le mal des montagnes a commencé à se faire sentir. À partir de là, c’est devenu un vrai supplice." Et le plus dur n’est pas encore passé: le sommet. "Après ces huit heures de marche dans le désert dans le ciel, on nous a réveillés à 23 heures pour entamer l’ascension nocturne."© Omar Al GurgRespirer avec un seul poumonAutant dire que le groupe ne dort presque pas. "Deux heures, peut-être. Le corps est totalement épuisé; mentalement, pourtant, tu continues d’absorber tout ce que tu apprends en route." En chemin, il comprend aussi comment les paysages du Kilimandjaro se sont formés il y a des millions d’années. "Cette zone désolée s’appelle "The Saddle". Elle s’est créée après l’éruption d’un des volcans, qui a façonné un désert au milieu des montagnes. Et le volcan que nous avons gravi? Techniquement, il est toujours vivant. Il dort mais il n’est pas éteint."À mesure qu’il approche du sommet, l’effort s’intensifie. "Lorsque nous sommes finalement arrivés là-haut, c’était une libération pure. J’ai pleuré. L’effort physique est énorme, le mental compte tout autant. Surtout lorsqu’on t’annonce que le vrai sommet est encore à une heure et demie. Tu crois être arrivé, puis il reste encore trois pics."Au sommet, l’oxygène ne représente plus que 49% de son niveau habituel. La sensation est claire, presque brutale: comme si l’on respirait avec un seul poumon, ce qui rend la montée encore plus difficile. "Un de mes amis était à bout, il s’est évanoui et a fait trois mini-crises cardiaques par manque d’oxygène. Avec un porteur, je l’ai descendu. Au premier camp, nous avons pu l’installer sur une civière; il a ensuite été descendu immédiatement. Heureusement, tout s’est bien terminé pour lui."L’ascension du Kilimandjaro n’a rien d’une promenade. "Sans préparation solide, c’était dur. Chaque jour devenait plus difficile", confie l’architecte et designer émirati.Forêt tropicale brûléeAprès le sommet, le groupe redescend vers la zone de Moorland, dont les plantes et les arbres gigantesques donnent une impression de forêt tropicale. Une partie du paysage y est lourdement marquée par un incendie. "Des apiculteurs ont déclenché un feu en récoltant du miel, et 20 kilomètres de forêt ont brûlé. C’était incroyablement impressionnant de voir à quelle vitesse la nature reprend ses droits, se réanime. Cette résilience, je voulais absolument la montrer dans le livre."Il en résulte un livre photographique où les cinq zones écologiques du Kilimandjaro, des forêts tropicales luxuriantes aux déserts alpins, défilent en images, avec un souffle presque cinématographique. Omar Al Gurg remontera-t-il un jour la montagne? "Le Kilimandjaro, probablement plus jamais", dit-il en riant. "L’Everest Base Camp figure en revanche sur ma liste. Pas seulement pour la nature, surtout pour les gens et la culture qui l’entourent." Une manière de résumer son regard: traquer les détails qui échappent aux autres.Le livre "Kilimanjaro: Everyman’s Mountain", d’Omar Al Gurg et Bruno Bianchini, sort le 11 août aux éditions Rizzoli | www.RizzoliUSA.comLire plusAu sommet de l’aventure en Corée du Sud: le guide ultime pour 2026Pourquoi Thessalonique est la destination ultime pour la gastronomie grecqueUn voyage au Vietnam? Partez à la découverte de son architecture moderniste