Alain Boublil se souvient encore très bien du moment où, à la fin des années 1970, il a eu l’idée fantasque d’écrire une comédie musicale à partir des Misérables, le roman de Victor Hugo paru en 1862. « J’étais à Londres, explique depuis Los Angeles le librettiste et parolier français de 85 ans. Après le grand succès de La Révolution française, la première comédie musicale que j’ai créée avec le compositeur Claude-Michel Schönberg, je cherchais un sujet pour une œuvre qui serait entièrement chantée et basée sur une vraie dramaturgie. »C’est en assistant à une représentation d’Oliver !, la comédie musicale de Lionel Bart inspirée du roman de Charles Dickens, qu’un déclic s’est produit. « Vous connaissez The Artful Dodger ? demande Alain Boublil. C’est l’ami d’Oliver, celui qu’on décrit comme le pickpocket le plus habile de Londres. Chaque fois que le garçon qui l’incarnait chantait, je ne pouvais pas m’empêcher de penser à Gavroche. Je me disais que c’était de la folie de faire une comédie musicale avec Les misérables, mais l’idée ne me quittait pas. »À partir de là, Alain Boublil travaille à la transposition de l’une des œuvres les plus imposantes et importantes de la littérature mondiale. Puis, en 1980, au Palais des sports — soit un peu plus d’un an après la création de Starmania au Palais des congrès —, Les misérables voient le jour dans une mise en scène de Robert Hossein. « Ça a été un triomphe, précise Alain Boublil. On a attiré 110 000 spectateurs, ce qui pour Paris, à l’époque, était énorme. »Une histoire miraculeuseEn 1985, grâce au célèbre producteur Cameron Mackintosh, qui était tombé sur un enregistrement de la version française, l’œuvre a droit à une réécriture en profondeur, une adaptation en anglais par Herbert Kretzmer et une mise en scène par Trevor Nunn et John Caird. Immédiatement plébiscité par le public londonien, le spectacle est transféré dans le West End, prend l’affiche sur Broadway en 1987, puis obtient un rayonnement mondial exceptionnel.