Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Intelligence artificielle Intelligence artificielle Intelligence artificielle Tribune Isabelle Feng Juriste La vice-présidente du cercle de réflexion Asia Centre estime, dans une tribune au « Monde », que la Chine de Xi Jinping, en décidant d’annuler de manière rétroactive le rachat par Meta de Manus, la pépite nationale de l’intelligence artificielle, prend le risque d’enfermer ses entreprises dans le piège de l’autarcie technologique. Publié aujourd’hui à 09h00, modifié à 09h38 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés « Je t’aime, moi non plus. » Rien ne saurait mieux résumer que ce refrain bien connu l’entente cordiale sino-américaine sur les investissements transfrontaliers affichée à l’issue de la visite de Donald Trump à Pékin [du 13 au 15 mai]. Face aux caméras, chacun invite chaleureusement l’autre à investir sur son sol. Pourtant, le vernis diplomatique craque déjà sous le poids de la paranoïa sécuritaire. Le 27 avril, par une seule ligne publiée sur le site de sa commission nationale du développement et de la réforme, Pékin a jeté un coup de froid sur le climat déjà glacial des investissements étrangers, en ordonnant l’annulation rétroactive de l’acquisition par Meta de Manus, la pépite chinoise de l’intelligence artificielle (IA). L’empire rouge affirme ainsi son obsession de mettre sous tutelle étatique ses start-up technologiques, quitte à faire fuir les capitaux étrangers qu’il courtise pour ranimer son économie, engluée dans la déflation. Par cet oukase, Pékin a signé la toute première interdiction de fusion-acquisition transfrontalière depuis l’entrée en vigueur, en janvier 2021, de sa loi sur l’examen des investissements étrangers. Que les Etats protègent leurs secteurs stratégiques n’est pas nouveau. Cependant la méthode de Pékin rompt brutalement avec les usages. Lorsque le Comité pour l’investissement étranger aux Etats-Unis avait contraint le groupe chinois Kunlun à revendre ses parts dans l’application Grindr, en 2019, la décision concernait une transaction financière classique sur le sol américain. Quand, en 2025, La Haye a activé une loi d’exception pour retirer le contrôle du fabricant de puces néerlandais Nexperia à sa maison mère chinoise (Wingtech), la mesure était limitée à la zone européenne. Coup de force Or, Manus, assoiffée de capitaux, s’est exilée à Singapour dès mai 2025 pour se conformer au COINS Act. Cette loi américaine sur les investissements sortants, effective depuis janvier 2025, bloque tout investissement dans l’IA en Chine. Lors du rachat par Meta, en décembre, les activités et les employés de Manus se situaient donc entièrement en dehors de la Grande Muraille. Il vous reste 67.68% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.