Publié le 06/06/2026 17:25
Mis à jour le 06/06/2026 17:28
Temps de lecture : 4min - vidéo : 5min
Drones autonomes, détection des cibles, analyse du renseignement : l'intelligence artificielle bouleverse déjà les champs de bataille. Face à cette révolution technologique qui redéfinit les conflits modernes, l'armée française accélère sa transformation pour ne pas décrocher dans la course mondiale à l'IA militaire.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.Que ce soit en Ukraine, à Gaza ou en Iran, l'intelligence artificielle a profondément changé la manière de faire la guerre. Et le gouvernement l'affirme, l'armée française est prête pour ce changement. "L'intelligence artificielle est une révolution qui implique de transformer radicalement nos modèles, notre façon de travailler, de penser, et donc d'agir", déclarait le 4 septembre 2025 Sébastien Lecornu, alors ministre des Armées. Alors, l'armée française est-elle vraiment prête pour cette révolution technologique ? À quelques kilomètres de Rennes (Ille-et-Vilaine) sont situés les bâtiments de l'AMIAD, l'Agence ministérielle pour l'intelligence artificielle de défense. Rattachée au ministère des Armées, sa mission est claire : concevoir les technologies militaires du futur. Ce jour-là, exercice de drone, un appareil contrôlé par IA s'entraîne à traquer une cible. "Mon collègue dirige le drone bleu, qui est un drone qui est téléopéré classiquement et se trouve aujourd'hui sur les champs de bataille. Et on a le drone rouge, qui lui est complètement autonome dans sa navigation et dont la politique d'intelligence artificielle va être de suivre le drone bleu", explique Julian, ingénieur principal sur le projet Pendragon.Cet entraînement s'inscrit dans le cadre du projet Pendragon. Objectif : lancer l'année prochaine la production d'une unité de robots autonomes entièrement pilotée par l'intelligence artificielle. Un ensemble de drones et d'engins terrestres capables de mener des missions de reconnaissance mais aussi des opérations de combat. "C'est vraiment une robotisation du champ de bataille et on imagine très bien que pour l'URC, l'Unité Robotique de Combat française, son premier adversaire ce sera une unité robotique de combat d'un pays adverse", indique Julian.En attendant de combattre avec des robots, l'IA doit déjà épauler les militaires sur le terrain, notamment pour mieux repérer l'ennemi. Marie Auffret-Wiener, ingénieure à l'AMIAD, a développé un modèle d'intelligence artificielle capable d'identifier des véhicules adverses dans un rayon de trois kilomètres. "Par exemple, là, on peut en voir un qui est tout camouflé dans les arbres et qu'on aurait vraiment du mal à voir à l'œil nu. L'avantage du modèle, c'est qu'il permet de détecter des véhicules ennemis que les opérateurs pourraient avoir du mal à voir", détaille-t-elle. Dans les prochains mois, ce système doit équiper les blindés de transport de troupes de l'armée. Que ce soit au sol, dans les airs ou en mer, l'intelligence artificielle s'impose partout. Dans les sous-marins, l'IA assiste déjà les oreilles d'or, ces officiers chargés de détecter les navires ennemis grâce aux sons captés sous l'eau. L'IA doit leur permettre d'aller beaucoup plus vite en éliminant très rapidement les fausses pistes. "Aujourd'hui, par l'intelligence artificielle, on vient épauler ces oreilles d'or qui leur permettent de cibler les signaux d'intérêt en se débarrassant de tout ce qui est bruit inutile, et donc de pouvoir travailler et apporter leur expertise sur les quelques signaux qui sont véritablement d'intérêt", affirme Vincent Sébastien, contre-amiral, directeur adjoint de l'AMIAD.Mais ces innovations suffisent-elles à faire de la France un leader de l'IA de défense ? Dans son livre "La guerre à l'ère de l'intelligence artificielle", la chercheuse Laure de Rossi-Rochegonde classe la France dans un second cercle de pays développant l'IA à but militaire, derrière deux géants. "Les États-Unis et la Chine dominent cette nouvelle course aux armements, en grande partie grâce à une industrie privée du numérique importante, très avancée sur le plan technologique et capable d'irriguer le développement d'applications militaires", souligne-t-elle.Aux États-Unis, par exemple, l'entreprise Palantir, à l'origine spécialisée dans la surveillance, fournit aujourd'hui à l'armée américaine le logiciel Maven. Grâce à l'IA, ce système peut identifier une cible et proposer son élimination. "Nous sommes donc passés de l'identification de la cible à l'élaboration d'un plan d'action, puis à son exécution en un seul système. C'est révolutionnaire", annonçait ainsi Cameron Stanley, directeur de l'IA au Département de la Défense des États-Unis. Un dispositif qui peut poser des questions éthiques et que ne possède pas la France. "Vous avez un niveau où vous commencez à planifier des opérations grâce à l'IA et on l'a vu en Iran avec le programme Maven des États-Unis. J'ai envie de dire qu'on n'y est pas encore, mais on commence à y être, on commence à réfléchir à faire la même chose avec Mistral AI par exemple", précise Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l'IRIS et spécialiste de la défense.Mistral AI, la championne française de l'intelligence artificielle jusque-là non spécialisée dans la défense, travaille désormais avec l'armée. Pour ne pas se laisser distancer dans la course mondiale à l'IA militaire, les forces françaises collaborent avec de nombreuses entreprises privées, car les guerres de demain se gagneront grâce à l'intelligence artificielle.Ministère des ArméesMinistère des Armées et Mistral AIAnalyse de l’IFRI (Institut français de relations internationales), "Le recours à l’IA dans le cadre des opérations militaires marginalise la prise de décision humaine".Œil du 20H de France 2 : L'IA militaire, une arme redoutable qui gagne du terrainInterviews :Vincent Sébastien, contre-amiral, directeur adjoint de l’Amiad.Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), spécialiste de défense.Liste non exhaustive








