La trentième édition de ce festival gratuit s’annonce prometteuse, avec de grandes expositions et des invités prestigieux, dont l’autrice américaine de “Moi ce que j’aime, c’est les monstres”. Le point sur le programme de ces trois week-end de juin. Autoportrait. Illustration Emil Ferris Par Stéphane Jarno Publié le 06 juin 2026 à 13h00 Pour leur trentième anniversaire, les Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens ont mis les petits plats dans les grands. Devenu l’un des événements les plus importants de la scène française, le festival, qui se tient les trois premiers week-ends de juin, a su séduire à la fois — chose rare — les professionnels et le grand public. Derrière ce succès acquis à la force du poignet, une programmation très diverse, qui s’adresse aux enfants comme aux adultes avec un même souci de qualité. Entièrement gratuite pour les visiteurs, cette manifestation n’a pas pour vocation première d’être une pompe à fric et continue de privilégier l’artistique sur le commercial. Avec, comme point fort, des expositions immersives aux scénographies spectaculaires qui rivalisent depuis plusieurs années avec leurs homologues du festival d’Angoulême, ce qui n’est pas rien. Étonnant sur le papier, Amiens n’étant pas un berceau historique de la BD en France, ce résultat s’explique par l’ampleur des moyens humains mis en œuvre. Émanation de l’association fondatrice « On a marché sur la bulle », l’équipe de production s’est professionnalisée au fil des éditions et fait aussi appel à des spécialistes venus du spectacle ou de l’artisanat. Elle peut aussi s’appuyer sur l’Université de Picardie Jules Verne et les étudiants de licence et master suivant la formation aux métiers de la bande dessinée, auxquels sont proposés des travaux pratiques en conditions réelles ! Bref, un écosystème cohérent et apparemment solidaire — y compris au niveau des collectivités territoriales — qui donne aujourd’hui à ce festival une envergure nationale. 70 auteurs et autrices invités L’édition 2026 s’annonce prometteuse, avec notamment de grandes expos consacrées à Lucky Luke, Pénélope Bagieu, Mickey Mouse ou La Bibliomule de Cordoue, des rencontres et des dédicaces avec soixante-dix auteurs et autrices invités (Blutch, Marion Montaigne, Chauzy, Sixtine Dano, Régis Loisel, Florence Dupré La Tour, Guy Delisle, Jul, Elene Usdin, Jean Harambat…) et de nombreuses autres activités et ateliers. Il y a même un escape game ! Last, but not least, deux invités de prestige ont fait le déplacement et s’apprêtent à rencontrer leurs fans, le mangaka Hiro Mashima, l’auteur de Fairy Tail, et Emil Ferris. La venue de l’autrice américaine internationalement reconnue et acclamée pour Moi ce que j’aime, c’est les monstres, qui cette année a dessiné l’affiche du festival, est un petit événement en soi. Elle est au cœur d’une exposition « monstre » — comme il se doit — qui s’annonce déjà comme le moment fort du festival. À lire aussi : La dessinatrice Emil Ferris : “Nous sommes tous des monstres en puissance” Pour que les visiteurs ne se noient pas dans l’« œuvre-monde » qu’est Moi ce que j’aime, c’est les monstres, où Ferris dit « avoir mis toute [sa] vie », les commissaires ont imaginé des parcours thématiques. Roman familial, journal intime, conte gothique, manifeste queer et féministe, galerie de personnages : pour aborder l’univers touffu et foisonnant de ces deux tomes hors norme (près de neuf cents pages !), les entrées ne manquent pas. « La démarche d’Emil Ferris évoque beaucoup celle de Marcel Proust, explique Justin Wadlow, universitaire et co-commissaire de l’exposition. Tout comme l’auteur d’À la recherche du temps perdu, il y a chez Ferris un déclencheur — le virus qui manque de la tuer et la laisse à moitié paralysée —, un sentiment d’urgence, la volonté d’accomplir une œuvre totale et la crainte de ne pouvoir l’achever. Moi ce que j’aime, c’est les monstres est une œuvre intimidante que beaucoup de lecteurs n’ont pas lue in extenso. En fait, elle contient plusieurs livres ; nous avons voulu les distinguer et les rendre accessibles, sans pour autant les séparer. » Emilie Ferris au travail. « La démarche d’Emil Ferris évoque beaucoup celle de Marcel Proust », explique Justin Wadlow, universitaire et co-commissaire de l’exposition dédiée à l’autrice à Amiens. Photo Antoine Tanguay L’exposition se déploie en forme de vagues autour d’une tour centrale où sont reproduites à l’identique, avec force livres, affiches et objets d’époque, la chambre de Karen, le double de papier de l’autrice, et celle d’Anka Silverberg. Rescapée des camps de la mort nazis, cette femme troublante tient un rôle essentiel dans cette fresque qui se déroule à la fin des années 1960, dans les quartiers les plus déshérités de Chicago. Sont aussi évoqués d’autres thèmes récurrents comme l’amour que l’autrice porte aux pulp magazines et aux films d’horreur des années 1950, ou encore sa fascination pour la peinture et les tableaux exposés à l’Art Institute. Grâce aux toiles de maîtres du grand musée de Chicago, Karen s’évade de son quotidien sordide et découvre surtout que d’autres possibles existent. De l’art comme remède à la misère sociale… Décors XXL, création d’objets, reconstitution d’intérieurs, planches originales et agrandissements d’images… le dispositif spectaculaire que l’on doit à la scénographe Alexandra Maringer, qui a beaucoup travaillé pour le cinéma, devrait frapper les esprits et inviter les visiteurs à se glisser dans les pages de cette saga, si impressionnante soit-elle. Nul doute qu’Emil Ferris, qui s’apprête à découvrir cette exposition, sera sensible à la dernière partie, où commissaires et étudiants ont choisi des œuvres de Basquiat, Glen Baxter, Jean-Michel Alberola, Nancy Spero et d’autres dans la collection du Frac Picardie pour dialoguer avec son univers. Entre monstres (sacrés), ils auront sans doute beaucoup de choses à se dire. À lire aussi : Les meilleures BD de 2026… jusqu’ici Livres Bande Dessinée Expositions Festivals Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
À Amiens, Emil Ferris est à l’honneur des Rendez-vous de la BD 2026 avec une exposition spectaculaire
La trentième édition de ce festival gratuit s’annonce prometteuse, avec de grandes expositions et des invités prestigieux, dont l’autrice américaine de “Moi ce que j’aime, c’est les monstres”. Le point sur le programme de ces trois week-end de juin.








