Publié le 06/06/2026 07:00
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Quel est le point commun entre l’Eurovision, le chargeur unique de téléphone et la série "Parlement" ? C’est l’Europe, bien entendu. Sur les antennes de France Télévisions, l’Europe est traitée sous toutes ses formes : fictions, reportages, correspondant à Bruxelles, compétitions sportives… Comment la rédaction traite-t-elle ces sujets européens ?
Simplifier le fonctionnement de l’Union européenne, c’est tout un programme pour les journalistes. Entre ses institutions - Parlement, Commission et Conseil de l’Union européenne - ses négociations, ses décisions et ses règles, il y a de quoi s’y perdre.Or, les décisions européennes sont partout dans notre quotidien : “Le fait qu’il n’y ait plus qu’un seul type de chargeur pour nos téléphones portables, c’est une décision qui a été prise par l’Union européenne. Quand on se rend dans un autre pays d’Europe, aujourd’hui ça coûte le même prix de téléphoner mais il y a quelques années, ce n’était pas le cas : c’est l’Europe qui a décidé d’interdire ces frais supplémentaires”, rappelle François Beaudonnet, rédacteur en chef de la rédaction européenne et ancien correspondant à Bruxelles.“Tous les médias français n’ont pas de correspondant à Bruxelles, en particulier les médias privés", poursuit François Beaudonnet, "Nous, nous tenons à être sur place parce que c’est là que se prennent des décisions qui vont ensuite être importantes pour la vie des citoyens français”. “Les agriculteurs [par exemple] ont compris depuis bien longtemps l'importance pour eux du Mercosur [l'accord de libre-échange entre l'Union Européenne et plusieurs pays d'Amérique du Sud]". “Notre métier consiste à rendre simple ce qui est compliqué, mais important”.Une exigence issue du cahier des charges de France Télévisions. Dans son article 16, il précise : "Dans le but de favoriser une meilleure compréhension du fonctionnement démocratique des institutions européennes, la société s'attache à évoquer les institutions européennes et notamment du Parlement européen ainsi que les réalisations, les innovations et les apports particuliers des différents pays de l'Union européenne." Autrement dit, le service public audiovisuel doit parler de la vie politique européenne. Mais il n'est pas écrit qu'elle doit assurer la promotion des institutions européennes. Les voix critiques sur le Mercosur, par exemple, ont bien été recueillies dans nos JT et émissions, tout comme le désaccord entre l'exécutif français et la Commission européenne sur ce sujet. Autre exemple : le traitement de la négociation entre la Commission européenne et l'administration Trump a fait état des critiques à l'égard d'Ursula Van Der Leyen, présidente de la Commission.Cela ne date pas d'hier : les think tanks et associations pro-européennes reprochent à la télévision (avec un léger avantage à la télévision publique) de ne pas suffisamment couvrir l'actualité politique européenne. En témoigne cet article de la Fondation Robert Schuman en 2009.En 2022, le remplacement d'un des deux correspondants permanents de France Télévisions à Bruxelles, partant à la retraite, par un jeune journaliste sans le statut de correspondant avait conduit une partie de la classe politique à s'indigner dans une tribune du Monde. Une trentaine de députés européens du centre droit à la gauche du spectre politique avaient plaidé pour un renforcement de la couverture politique européenne sur nos antennes. Ils insistaient sur l'importance renforcée de l'échelon européen dans la vie des Français, "depuis la réponse à la pandémie de Covid-19, la mise en place du plan de relance, la réponse à la guerre en Ukraine ou la crise de l’énergie", et sur le rôle des médias dans le décryptage de cette actualité. "Il est plus que jamais nécessaire de renforcer le lien entre les citoyens français et l’Union européenne, d’expliquer, de relater et de décrypter l’actualité et les enjeux européens, pouvait-on lire dans cette tribune. Les médias audiovisuels constituent un élément irremplaçable de cette pédagogie."Or les actualités citées, justement, ont fait l'objet d'une couverture conséquente sur France Télévisions à l'époque. C'est plutôt en dehors de ces crises que l'actualité politique européenne a tendance à disparaître temporairement de nos écrans. De plus, même si l'effectif du bureau de Bruxelles a effectivement diminué, la couverture des sujets européens par le bureau de Bruxelles reste comparable : autour de 13 heures d'antennes et de vidéos pour les réseaux sociaux par an.Certains de nos voisins suivent plus l'actualité politique européenne. Les Allemands, par exemple, avec leur chaîne Phoenix : cette chaîne parlementaire couvre les débats de leurs assemblées mais aussi du Parlement européen. En France, La chaîne parlementaire (LCP, canal 8) dispose certes d'une émission hebdomadaire consacrée à l'Europe. Mais elle traite essentiellement des actualités de l'Assemblée nationale et du Sénat.Ce sont quand même autour de 2500 sujets sur l'Europe qui sont postées sur franceinfo.fr chaque année, rassemblant sujets de JT, émissions de franceinfo radio et articles pour le site web. Soit une moyenne de 5 à 8 contenus par jour... Il s'agit de traiter des institutions, mais aussi des conséquences des politiques européennes. Là où ses détracteurs voudraient voir des micros tendus dans les couloirs du Parlement tous les jours, France Télévisions revendique le fait de parler d'Europe autrement.Traiter l’actualité politique européenne est un travail d’équipe. D’abord entre le correspondant sur place et les rédacteurs en chef à Paris : “Le correspondant, c’est celui qui va alerter, qui sent monter les choses, explique François Beaudonnet. Il doit alerter la rédaction en disant 'attention, préparez-vous, telle décision va être prise sous peu'. Mon rôle de rédacteur en chef de la rédaction européenne est de mettre en contexte, de décrypter et de rendre le plus intelligible possible des décisions qui ne sont pas toujours simples”.Mais l’Europe, ce n’est pas seulement les décisions de l’Union européenne. L’émission “Nous les Européens” invite le téléspectateur à découvrir ses voisins, leurs avancées, leurs solutions sur des problèmes communs à tout le continent. Des sujets aussi divers que “les espèces protégées, faut-il abattre plus de loups, la place de l’agriculture : toutes ces questions qui suscitent des questions, des débats, on les aborde sans a priori”, raconte Éléonore Gay, rédactrice en chef et présentatrice de l’émission.Une volonté qui résonne avec l’article 16 du cahier des charges, qui préconise aussi de diffuser “des reportages ou des témoignages sur les modes de vie, les pratiques culturelles et les modèles socio-économiques de nos voisins”, afin “de renforcer les liens entre les citoyens européens”.Les journalistes cherchent donc à traiter les sujets européens, mais pas seulement l'activité parlementaire elle-même. Ils parlent évidemment d'actualité, en particulier “les événements majeurs qui ont des répercussions sur notre vie quotidienne, comme récemment la crise de l’énergie ou la guerre en Ukraine, et ses impacts sur les questions de défense et sur l’économie de l’Europe” explique Éléonore Gay.Encore plus récemment, à l’heure de la guerre israélo américaine contre l’Iran, "Nous les Européens" s’est rendu en NorvègeIl peut vous falloir quelques instants pour comprendre pourquoi : la Norvège est le pays européen qui produit le plus d’hydrocarbures !L’émission opte donc souvent pour un angle un peu différent, quitte à traverser les frontières de l’Europe. La priorité est d’observer ce qui peut avoir des conséquences sur l’Europe ou la France. Elle raconte : “Un journaliste est parti en Mauritanie couvrir un programme de formation de l’Union européenne : une formation de pêcheurs, sur place, pour leur permettre de bien vivre dans leur pays et pour éviter que les personnes s'embarquent à bord de bateaux très précaires pour rejoindre l’Union européenne”. Un point de vue original sur le sujet, pourtant beaucoup traité, de l’immigration illégale en Europe.La découverte de l'Europe passe même par des formats qui ne concernent pas l'actualité. Comment ne pas parler de la série Parlement, qui suit un jeune assistant parlementaire qui découvre les coulisses des institutions européennes ? La série aborde la complexité du Parlement, son absurdité parfois aussi, entre normes contradictoires et députés dépassés, dans le style de la satire, voire de la farce.Et puis il y a ces liens européens qu’on ne soupçonne pas : avez-vous déjà entendu parler de l’Union Européenne de Radio-télévision, l’UER ? Peut-être pas, mais vous connaissez sans doute un de ses plus grands événements : le concours de la chanson de l’Eurovision, diffusée sur les antennes de France Télévisions depuis 1983 ! Cette association de radiodiffuseurs nationaux européens produit chaque année le concours musical.D’autres collaborations existent entre les médias européens. Sur sa page Vu d’Europe, Franceinfo met à disposition chaque jour des articles de télévisions européennes traduits en français, pour découvrir l’actualité de nos voisins. Cet article lituanien revient par exemple sur l’alerte aérienne qu’a subie sa capitale, Vilnius, après l’entrée d’un drone dans son espace aérien. Cet autre article d’un média ukrainien explique le recrutement par la Russie de citoyens ukrainiens pour perpétrer des attentats.Traiter l’Europe, c’est aussi faire face à ses détracteurs. Les décisions de l’Union européenne sont souvent la cible de campagnes de désinformation. Une réalité dont doivent s'accommoder les journalistes. “C’est une nouveauté dans mon travail, regrette François Beaudonnet, rédacteur en chef Europe. Il y a une part non négligeable de mon temps qui est dédiée à débunker [déconstruire] des désinformations à propos de l’Union européenne”.La vigilance est également de mise dans l’émission “Nous les Européens”, notamment dans les élections politiques opposant des candidats pro et antieuropéens. Récemment, une émission a été consacrée aux élections hongroises, où le candidat pro-européen Péter Magyar a été victime de campagnes de désinformation. “On a parlé des fausses vidéos qui mettaient en scène Péter Magyar, dans lequel on le voyait prononcer un discours mais les mots qui sortaient de sa bouche, il ne les avait jamais dits, ou encore des vidéos créées par l’intelligence artificielle”, raconte Eleonore Gay.






