Publié le 05/06/2026 22:52

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Elle n’ira pas en finale de Roland Garros. L’épilogue d’une quinzaine intense pour Marta Kostyuk, tenniswoman ukrainienne de 23 ans. Dès le premier tour, son émotion, celle d’une joueuse de tennis dont le pays est en guerre depuis plus de 4 ans, a fait le tour du monde.

Ce texte correspond à la retranscription d'une partie de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité.Laurent Delahousse : D'abord, félicitations pour cette quinzaine qui a été assez extraordinaire. Ça a été, j'imagine, l'une des semaines les plus intenses pour vous.Marta Kostyuk : Merci, c'est formidable, une belle réussite. Il y a eu énormément de soutien ici à Paris, ça a été formidable.Est-ce que vous vous attendiez, après cette prise de parole lors de la conférence de presse, après le premier tour, à un tel écho, à un tel impact sur les réseaux sociaux ? Est-ce que ça vous a surprise ?Franchement, je ne sais pas. Je ne pense jamais à si j'ai beaucoup d'impact ou pas. J'essaye simplement de parler de choses qui sont importantes pour moi. Au fond de mon cœur, j'ai beaucoup de compassion pour les personnes en Ukraine, avec toute ma famille qui s'y trouve, vous savez. Ça fait très mal et cela ne devrait pas être une vie normale. On ne devrait pas le considérer comme une vie normale. Écoutez, je ne pense pas que la vie que je vis en ce moment soit quelque chose de gagné. Je pense que les gens sont sensibles, [qu'ils savent] qu'il y a des choses terribles qui arrivent dans le monde actuel.Vous avez eu vos parents au téléphone, depuis Kiev ? Quel est le regard sur la situation actuelle ?Oui. Écoutez, ils vivent en Ukraine, ils vivent à Kiev. La situation est difficile, c'est intense. On ne sait pas du tout comment vont se passer la nuit, ni même la journée. Certainement, c'est une vie difficile. Ils ne veulent pas s'en aller.Ils n'ont jamais voulu quitter l'Ukraine ? Ils n'ont jamais voulu fuir ?Mon père n'est jamais parti parce qu'il n'est plus très jeune. Il ne parle aucune autre langue et pour lui c'est difficile de pouvoir s'intégrer dans une autre société avec une autre langue. Ma mère, au début de la guerre, a quitté le pays, puis elle est revenue parce qu'elle ne pouvait pas trouver sa place. Elle voulait entraîner des enfants, elle est entraîneur de tennis. Elle avait tous ses amis et donc également, elle se sentait solidaire de tous les Ukrainiens. Nous sommes comme une nation entière, même si physiquement je ne suis pas très présente. Pour moi, c'est très important de sentir cette unité.On imagine que les résultats des quatre joueuses ukrainiennes présentes lors du troisième tour, ça a une résonance en Ukraine. C'est un message fort.Oui, certainement. Écoutez, là, à nouveau, j'essaie de ne pas trop penser au nombre de personnes que ça va toucher. Je sais que je veux parler de choses importantes et comme je l'ai dit lors de la conférence de presse. Le tennis n'est pas forcément... Moi, c'est ma vie. C'est ce qui est beaucoup plus important pour moi. Et pourtant je voudrais parler de choses plus importantes aussi.Est-ce que parfois vous avez une forme de culpabilité d'avoir la vie que vous avez en dehors de l'Ukraine ou pas du tout ?J'ai eu souvent ce sentiment de culpabilité, particulièrement au début parce que je n'étais pas là-bas, les gens souffraient, ma famille souffre là-bas et moi je suis ici. Et puis je me suis rendu compte que, là encore, je vais avoir beaucoup plus d'impact en étant ici, en en parlant, plutôt que de rester en Ukraine et de faire des choses normales. J'adore jouer au tennis, c'est mon travail, je le fais bien. Pourquoi pas utiliser cette plateforme ?Dans ce journal, on diffuse souvent des reportages sur l'Ukraine. Est-ce que vous estimez que la guerre, depuis quelque temps, est quelque peu oubliée, occultée par une autre actualité ?Je ne sais pas. Je ne sais pas. J'essaye de ne pas y penser. Là encore, j'essaye de parler de choses qui sont très importantes.Volodymyr Zelensky a envoyé un courrier à Vladimir Poutine, ce vendredi 5 juin, en lui demandant de le rencontrer. Est-ce qu'en vous, vous avez toujours cet espoir de paix ?Certainement. Vous ne savez simplement pas quand cela va se passer. On l'a simplement dit, il y a quatre ans, à tous les Ukrainiens et même à moi que nous serions toujours là. Les gens n'imaginaient pas qu'ils étaient capables d'endurer, durant tant de temps, cette terreur. Mais nous luttons pour notre liberté. Nous nous battons pour un monde meilleur. Et la Russie n'a pas envie que nous vivions ici. Donc nous allons nous battre tant qu'il faudra.Lorsque vous décidez, lors d'un tournoi, de ne pas serrer la main à une joueuse russe, en l'occurrence jeudi 4 mai pour Mirra Andreeva, qu'est-ce que cela symbolise pour vous ? C'est un message, c'est un symbole fort, c'est une façon de vous dire que vous êtes une résistante et vous incarnez aussi la nation ukrainienne ?Certainement. Pour moi, le sport, c'est un jeu juste, fair-play, et beaucoup de choses dans le monde ne sont pas fair-play, ne sont pas justes, mais je pense qu'il y a bien des choses qui devraient être justes. Les joueurs ukrainiens et russes n'étaient pas à égalité, ce n'était pas toujours juste, on a toujours été attaqués, toujours dans le stress. Bien entendu, ce ne sont pas eux qui sont responsables, on ne les tient pas responsables de cela. Mais les gens me disent très souvent qu'ils ne peuvent pas arrêter la guerre et qu'ils préfèrent ne pas en parler, ou ne disent pas s'ils sont contre. Pour moi, c'est une question d'humanité. Et ce que l'on pense, eh bien, c'est en tant qu'humain. Je n'ai pas de respect humain pour ces joueurs et je n'ai pas envie de serrer leurs mains. Je voudrais qu'on termine sur ces images, les images de votre quart de finale, quand vous remportez la victoire avec ces applaudissements. Vous dites que vous avez ressenti une émotion très forte, très particulière à ce moment-là. Qu'est-ce que cela représentait pour vous ces applaudissements ? Il y a toutes les nationalités dans le public de Roland-Garros, mais il y avait beaucoup de Français quand même.C'était de la folie. Je crois que ça a été l'une de mes expériences les plus folles de ma vie et toute ma carrière, parce que je ne savais pas que je pouvais avoir un tel impact sur les gens et les atteindre jusqu'au cœur. Et pendant une seconde, quand on traverse ces moments, ça a été un moment dont je me sentais extrêmement fière, pas simplement de moi-même, mais de tous les Ukrainiens pour leur résistance. C'est ce que j'ai dit également quand j'ai parlé. Je suis pleine de gratitude pour les Français, pour leur aide et pour leur compassion.Merci Marta Kostyuk. À l'année prochaine, avec peut-être la finale ?Ah, j'espère !Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité