Qu’ont en commun Obsession, Backrooms, Iron Lung et Talk to Me ? En plus d’être tous des films d’horreur au succès tant critique que commercial, ces œuvres ont toutes été réalisées par des artistes qui ont fait leurs armes non pas sur des plateaux traditionnels, mais sur YouTube ou TikTok. Si leur succès en a surpris plus d’un, des experts rencontrés par Le Devoir estiment que le phénomène s’inscrit dans l’évolution de l’industrie du cinéma d’épouvante — et au-delà.

Prenons Curry Barker, dont le nom était auparavant surtout associé aux sketches humoristiques qu’il diffuse sur les réseaux sociaux. Tout a changé le mois dernier, quand Obsession a atteint le grand écran : le réalisateur de 26 ans est désormais vu comme un talent à surveiller. Son film attire si bien les foules qu’il voit ses revenus hebdomadaires au box-office augmenter plutôt que baisser, comme le veut la norme. Le tout en se frottant au plus récent film de la franchise Star Wars.Mais aussi au succès monstre Backrooms, une adaptation par Kane Parsons d’une œuvre d’horreur collective à laquelle il avait déjà consacré une websérie. Il est d’ailleurs rare de voir un film de cette envergure — et distribué à aussi grande échelle — signé par un cinéaste qui n’a que 20 ans, mentionne Charlie Keil, professeur de cinéma à l’Université de Toronto.Selon Éric Falardeau, professeur assistant de cinéma à l’Université Laval, il ne s’agit pas d’un phénomène nouveau, mais plutôt d’une évolution normale du média. « C’est une nouvelle génération qui arrive avec ses codes, mais aussi ses plateformes. On pourrait comparer ça à Sam Raimi au début des années 1980 qui fait Evil Dead », souligne le cinéaste, qui a aussi trempé dans l’épouvante. Ce genre se porte d’ailleurs particulièrement bien à l’observation d’un tel cycle. « Environ à tous les deux ans, on parle d’un renouveau [dans le cinéma d’horreur], parce que c’est un genre qui fonctionne avec tous les types de public, surtout les jeunes. »